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| Armand Silvestre La Plante enchantée IntraText CT - Lecture du Texte |
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Les noces furent luxueuses à l’envi. Ce fut une Saint-Barthélemy de volailles dans toute la région, et jamais tant de truffes ne montrèrent au soleil leur museau noir et appétissant. On mangea trois jours durant, et on but autant de nuits au château des Engrumelles. Le baron appelait-il Bacchus au secours de Vénus ? C’eût été, en tout cas, une bêtise, car je ne connais pas de plus grands ennemis. Une chose que les vrais amoureux dont je parlais plus haut n’ont surtout pas le temps d’être, c’est gourmands. Mais qu’Izoline était jolie dans son costume blanc de mariée, le premier jour ; et comme vêtue de neige fleurie dans ses admirables robes de brocart et de velours de grande dame, aux agapes des jours suivants ! Une délicieuse mélancolie était en elle, et les plaisanteries paillardes qui circulaient autour des tables ne la faisaient pas plus sourire le troisième jour que le premier, ce qui parut un indice rassurant au comte Adalbert, qui avait été invité, avec toute la noblesse de la contrée. Celui-ci trouvait de plus en plus que sa mère avait eu raison, et, avec une indiscrétion méchante, il se réjouissait intérieurement aux mines apoplectiques du baron, rouge comme une pivoine et gonflé comme un muid. Et le dimanche qui vint après, Adalbert se rassura davantage encore, lui qui rôdait toujours autour du château, en voyant passer, sous les tilleuls parfumés, Izoline de plus en plus mélancolique et, derrière elle, le baron de plus en plus essoufflé et la suivant à très grand’peine. - Holà, holà ! ma mie, disait celui-ci, vous courez comme une biche ; attendez un instant ! J’ai une nouvelle à vous annoncer ! Le comte Adalbert, qui décidément n’avait pas sucé l’extrême délicatesse avec le lait maternel, se blottit, ce jour-là, contre la muraille pour écouter ce que le baron allait annoncer à sa jeune épouse. - Ma mie, reprit le baron en soufflant comme un soufflet de forge, dans quelques heures je vais vous faire voir un héros. Et comme elle ne répondait pas, ayant sans doute son rêve ailleurs, il continua : - Oui, madame, et douce amie ; mon vaillant ami, mon ancien frère d’armes, bien qu’ayant vingt ans de moins que moi, le noble Miguel Antonio Etchegobar, un des rares Espagnols ayant le coeur d’un Français, parti il y a douze ans avec l’intrépide Pizarre à la conquête des mondes nouveaux, et qui à peine de retour, traverse les Pyrénées pour me venir embrasser. Çà, qu’on massacre la basse-cour pour le bien recevoir, et qu’on monte, du cellier, mon Villaudric de la grande année ! Et vous, ma mie, allez vous vêtir de vos ajustements les plus somptueux ; je suis fier de présenter ma jeune femme à mon vieil ami, et je veux qu’il la trouve belle ! - Imbécile, pensa en lui-même le comte Adalbert furieux. Mais enfin, celui-là a la cinquantaine et Izoline m’aime, j’en suis certain maintenant. C’est toujours moi qu’elle regardait, à table, au moment de sa grande tristesse, et son regard était plein de muets reproches. Ah ! si ces deux vieilles futailles pouvaient éclater à force de boire, et crever toutes les deux ! Et il rentra pour faire part à sa mère ce pieux souhait.
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