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Armand Silvestre
La Plante enchantée

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I

A mon ami Mariani

Or, l’aventure se passa précisément en 1547, l’année où mourut le très galant roi François Ier. On ne peut douter de la véracité d’une histoire dont la date est précisée aussi nettement.

Donc, en ce temps-là, vivait, dans le castel seigneurial de Cantezac, en mon bon pays de Gascogne, où les nuits sont si belles, et les femmes plus belles encore que les nuits, damoiselle Izoline de Cantezac, fille du dernier seigneur de ce nom, noblement trépassé à Pavie, orpheline et n’ayant pour tuteur qu’un vieil oncle imbécile, et renommée, dans le pays même, pour l’éclat de ses charmes.

Jamais fille du pays du soleil n’en avait gardé, en soi, plus de rayons, et c’était un enchantement que toute sa personne, depuis ses cheveux noirs moirés comme des ailes de corneille, jusqu’à ses pieds petits et cambrés où se lisait toute l’aristocratie de la race ; fort pieuse avec cela, douce aux pauvres, sans grande volonté que celle de ne chagriner personne ; et tout le monde se découvrait sur son chemin, le dimanche, quand elle allait à la messe des pauvres gens, son livre d’heures sous le bras ; car la chapelle du château était fermée – et le château, lui-même, en ruines – le dernier seigneur de Cantezac n’ayant rapporté, de notre défaite en Espagne, que l’honneur, quand on ramena pieusement sa dépouille au caveau de ses aïeux, attention pieuse de sa fille, mais à laquelle avaient passé les ressources dernières de la maison.

Belle et pauvre, très belle et très pauvre, bien que les hommes de ce temps-là fussent bien moins âprement intéressés que nos odieux contemporains, en la fleur virginale de sa vingtième année, damoiselle Izoline n’avait point encore trouvé de mari. Ce n’était pas d’ailleurs la faute du vieux baron des Engrumelles, habitant une seigneurie voisine, et qui bravement s’était proposé pour cet honneur. Mais, bien qu’indulgente à tout le monde, Izoline n’avait pu s’empêcher de lui sourire au nez.

Le bonhomme avait passé la soixante-dizaine et avait mené une vie qui ne conserve pas, ayant fort aimé les dames et paraissant fort incapable de les aimer encore autrement qu’en madrigaux. Voyez-vous ce rocantin, de belle mine d’ailleurs encore, - car il avait été fort beau dans sa jeunesse, voire dans son âge mûr, - confisquer à son profit ce trésor de grâces dont il ne saurait jamais que faire ! La nouvelle Ruth refusa donc les offres de ce nouveau Booz, préférant son veuvage anticipé à cet hyménée pour rire.

N’était-elle donc pas aimée de quelque beau garçon de la contrée et de noblesse suffisante pour être jugé digne d’elle ? Mon Dieu, oui et non. Le comte Adalbert de Haultminage en était féru autant qu’homme, ayant d’ailleurs quelque ambition, peut être amoureux. Car, il le faut bien dire, les vrais amants, les amants de race, ceux d’où sortent les Pâris, les Roméos et les Des Grieux, n’ont pas le temps d’aspirer en même temps aux honneurs. Un homme qui prétend aimer les femmes ne doit pas penser à autre chose. Il a d’ailleurs largement de quoi occuper son temps ; se dévouer, souffrir, et être heureux tour à tour – ce qui est toute la vie – avec leurs caprices. Hé ! ce n’est pas un métier de paresseux, et on y chercherait inutilement des loisirs pour occuper des fonctions publiques.

Eh bien, non ! cet Adalbert n’était pas de cette gent héroïque d’amoureux sans merci. Certes, il trouvait Izoline merveilleusement belle et aurait peut-être, au besoin, donné sa vie pour elle (le beau mérite quand on aime !), mais il aurait voulu, en même temps qu’être son époux, jouir dans le monde de quelque renommée et occuper quelque belle place. Sa mère, dame Bertrande, l’avait élevé dans ces idées et l’y entretenait encore. Il fallait donc que le mariage fût, pour lui qui n’avait qu’une aisance modeste de gentilhomme, une source d’influence et de richesse ; et voilà comment, tout en aimant de son mieux la damoiselle de Cantezac, il s’abstenait soigneusement de demander sa main.

Et Izoline ? Mon Dieu, je dois convenir qu’elle trouvait absolument à son goût le comte Adalbert ; mais, en fait de maris, on me permettra de dire que le jugement des jeunes filles manque d’autorité ; d’ailleurs elle était fière, et ce n’est pas elle qui eût pu faire les premières démarches pour se rapprocher de lui.




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