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Midi
sonnait à la vieille horloge de bois de la salle, lorsque James Starr et ses
deux compagnons quittèrent le cottage.
La
lumière, pénétrant à travers le puits d’aération, éclairait vaguement la
clairière. La lampe d’Harry eût été inutile alors, mais elle ne devait
pas tarder à servir, car c’était vers l’extrémité même de la fosse
Dochart que le vieil overman allait conduire l’ingénieur.
Après
avoir suivi sur un espace de deux milles la galerie principale, les trois
explorateurs — on verra qu’il s’agissait d’une
exploration — arrivèrent à l’orifice d’un étroit tunnel.
C’était comme une contre-nef dont la voûte reposait sur un boisage,
tapissé d’une mousse blanchâtre. Elle suivait à peu près la ligne que traçait,
à quinze cents pieds au-dessus, le haut cours du Forth.
Pour
le cas où James Starr eût été moins familiarisé qu’autrefois avec le
dédale de la fosse Dochart, Simon Ford lui rappelait les dispositions du plan
général, en les comparant au tracé géographique du sol.
James
Starr et Simon Ford marchaient donc en causant.
En
avant, Harry éclairait la route. Il cherchait, en projetant brusquement de vifs
éclats lumineux vers les sombres anfractuosités, à découvrir quelque ombre
suspecte.
«
Irons-nous loin ainsi, vieux Simon ? demanda l’ingénieur.
—
Encore un demi-mille, monsieur James ! Autrefois, nous aurions fait cette route
en berline, sur les tramways à traction mécanique ! Mais que ces temps sont
loin !
—
Nous nous dirigeons donc vers l’extrémité du dernier filon ? demanda
James Starr.
—
Oui. ! Je vois que vous connaissez encore bien la mine.
—
Eh ! Simon, répondit l’ingénieur, il serait difficile d’aller plus
loin, si je ne me trompe ?
—
En effet, monsieur James. C’est là que nos rivelaines ont arraché le
dernier morceau de houille du gisement ! Je me le rappelle comme si j’y
étais encore ! C’est moi qui ai donné ce dernier coup, et il a retenti
dans ma poitrine plus violemment que sur la roche ! Tout n’était plus que
grès ou schiste autour de nous, et, quand le wagonnet a roulé vers le puits
d’extraction, je l’ai suivi, le cœur ému, comme on suit un
convoi de pauvre ! Il me semblait que c’était l’âme de la mine qui
s’en allait avec lui ! »
La
gravité avec laquelle le vieil overman prononça ces paroles impressionna
l’ingénieur, bien près de partager de tels sentiments. Ce sont ceux du
marin qui abandonne son navire désemparé, ceux du laird qui voit abattre la
maison de ses ancêtres !
James
Starr avait serré la main de Simon Ford. Mais, à son tour, celui-ci venait de
prendre la main de l’ingénieur, et la pressant fortement :
«
Ce jour-là, nous nous étions tous trompés, dit-il. Non ! La vieille houillère
n’était pas morte ! Ce n’était pas un cadavre que les mineurs
allaient abandonner, et j’oserais affirmer, monsieur James, que son
cœur bat encore !
—
Parlez donc, Simon ! vous avez découvert un nouveau filon ? s’écria
l’ingénieur, qui ne fut pas maître de lui. Je le savais bien ! votre
lettre ne pouvait signifier autre chose ! Une communication à me faire, et cela
dans la fosse Dochart ! Et quelle autre découverte que celle d’une couche
carbonifère aurait pu m’intéresser ?...
—
Monsieur James, répondit Simon Ford, je n’ai pas voulu prévenir un autre
que vous...
—
Et vous avez bien fait, Simon ! Mais dites-moi comment, par quels sondages,
vous vous êtes assuré ?...
—
Écoutez-moi, monsieur James, répondit Simon Ford. Ce n’est pas un
gisement que j’ai retrouvé...
—
Qu’est-ce donc ?
—
C’est seulement la preuve matérielle que ce gisement existe.
—
Et cette preuve ?
—
Pouvez-vous admettre qu’il se dégage du grisou des entrailles du sol, si
la houille n’est pas là pour le produire ?
—
Non, certes ! répondit l’ingénieur. Pas de charbon, pas de grisou ! Il
n’y a pas d’effets sans cause...
—
Comme il n’y a pas de fumée sans feu !
—
Et vous avez constaté, à nouveau, la présence de l’hydrogène protocarboné
?...
—
Un vieux mineur ne s’y laisserait pas prendre, répondit Simon Ford.
J’ai reconnu là notre vieil ennemi, le grisou !
—
Mais si c’était un autre gaz ! dit James Starr. Le grisou est presque
sans odeur, il est sans couleur ! Il ne trahit véritablement sa présence que
par l’explosion !...
—
Monsieur James, répondit Simon Ford, voulez-vous me permettre de vous raconter
ce que j’ai fait... et comment je l’ai fait... à ma façon, en
excusant les longueurs ? »
James
Starr connaissait le vieil overman, et savait que le mieux était de le laisser
aller.
—
Monsieur James, reprit Simon Ford, depuis dix ans, il ne s’est pas passé
un jour sans qu’Harry et moi, nous ayons songé à rendre à la houillère
son ancienne prospérité, — non, pas un jour ! S’il existait encore
quelque gisement, nous étions décidés à le découvrir. Quels moyens employer ?
Les sondages ? Cela ne nous était pas possible, mais nous avions
l’instinct du mineur, et souvent on va plus droit au but par
l’instinct que par la raison. — Du moins, c’est mon idée...
—
Que je ne contredis pas, répondit l’ingénieur.
—
Or, voici ce qu’Harry avait une ou deux fois observé pendant ses excursions
dans l’ouest de la houillère. Des feux, qui s’éteignaient soudain,
apparaissaient quelquefois à travers le schiste ou le remblai des galeries
extrêmes. Par quelle cause ces feux s’allumaient-ils ? Je ne pouvais et
je ne puis le dire encore. Mais enfin, ces feux n’étaient évidemment dus
qu’à la présence du grisou, et, pour moi, le grisou, c’était le
filon de houille.
—
Ces feux ne produisaient aucune explosion ? demanda vivement l’ingénieur.
—
Si, de petites explosions partielles, répondit Simon Ford, et telles que
j’en provoquai moi-même, lorsque je voulus constater la présence de ce
grisou, vous vous souvenez de quelle manière on cherchait autrefois à prévenir
les explosions dans les mines, avant que notre bon génie, Humphry Davy, eût inventé
sa lampe de sûreté ?
—
Oui, répondit James Starr. vous voulez parler du « pénitent » ? Mais je ne
l’ai jamais vu dans l’exercice de ses fonctions.
—
En effet, monsieur James, vous êtes trop jeune, malgré vos cinquante-cinq ans,
pour avoir vu cela. Mais moi, avec dix ans de plus que vous, j’ai vu
fonctionner le dernier pénitent de la houillère. On l’appelait ainsi
parce qu’il portait une grande robe de moine. Son nom vrai était le «
fireman », l’homme du feu. A cette époque, on n’avait d’autre
moyen de détruire le mauvais gaz qu’en le décomposant par de petites
explosions, avant que sa légèreté l’eût amassé en trop grandes quantités
dans les hauteurs des galeries. C’est pourquoi le pénitent, la face
masquée, la tête encapuchonnée dans son épaisse cagoule, tout le corps
étroitement serré dans sa robe de bure, allait en rampant sur le sol. Il
respirait dans les basses couches, dont l’air était pur, et, de sa main
droite, il promenait, en l’élevant au-dessus de sa tête, une torche
enflammée. Lorsque le grisou se trouvait répandu dans l’air de manière à
former un mélange détonant, l’explosion se produisait sans être funeste,
et, en renouvelant souvent cette opération, on parvenait à prévenir les
catastrophes. Quelquefois, le pénitent, frappé d’un coup de grisou, mourait
à la peine. Un autre le remplaçait. Ce fut ainsi jusqu’au moment où la
lampe de Davy fut adoptée dans toutes les houillères. Mais je connaissais le
procédé, et c’est en l’employant que j’ai reconnu la présence
du grisou, et, par conséquent, celle d’un nouveau gisement carbonifère
dans la fosse Dochart. »
Tout
ce que le vieil overman avait raconté du pénitent était rigoureusement exact.
C’est ainsi que l’on procédait autrefois dans les houillères pour
purifier l’air des galeries.
Le
grisou, autrement dit l’hydrogène protocarboné ou gaz des marais,
incolore, presque inodore, ayant un pouvoir peu éclairant, est absolument
impropre à la respiration. Le mineur ne saurait vivre dans un milieu rempli de
ce gaz malfaisant, — pas plus qu’on ne pourrait vivre au milieu
d’un gazomètre plein de gaz d’éclairage. En outre, de même que
celui-ci, qui est de l’hydrogène bicarboné, le grisou forme un mélange
détonant, dès que l’air y entre dans une proportion de huit et peut-être
même de cinq pour cent. L’inflammation de ce mélange se fait-elle par une
cause quelconque, il y a explosion, presque toujours suivie
d’épouvantables catastrophes.
C’est
à ce danger que pare l’appareil de Davy, en isolant la flamme des lampes
dans un tube de toile métallique, qui brûle le gaz à l’intérieur du tube,
sans jamais laisser l’inflammation se propager au-dehors. Cette lampe de
sûreté a été perfectionnée de vingt façons. Si elle vient à se briser, elle
s’éteint. Si, malgré les défenses formelles, le mineur veut
l’ouvrir, elle s’éteint encore. Pourquoi donc les explosions se
produisent-elles ? C’est que rien ne peut obvier à l’imprudence
d’un ouvrier qui veut quand même allumer sa pipe, ni au choc de
l’outil qui peut produire une étincelle.
Toutes
les houillères ne sont pas infectées par le grisou. Dans celles où il ne
s’en produit pas, on autorise l’emploi de la lampe ordinaire. Telle
est, entre autres, la fosse Thiers, aux mines d’Anzin. Mais, lorsque la
houille du gisement exploité est grasse, elle renferme une certaine quantité de
matières volatiles, et le grisou peut s’échapper avec une grande
abondance. La lampe de sûreté seule est combinée de manière à empêcher des
explosions d’autant plus terribles, que les mineurs qui n’ont pas
été directement atteints par le coup de grisou, courent risque d’être
instantanément asphyxiés dans les galeries remplies du gaz délétère, formé
après l’inflammation, c’est-à-dire d’acide carbonique.
Tout
en marchant, Simon Ford apprit à l’ingénieur ce qu’il avait fait
pour atteindre son but, comment il s’était assuré que le dégagement du
grisou se faisait au fond même de l’extrême galerie de la fosse, dans sa
portion occidentale, de quelle façon il avait provoqué à l’affleurement
des feuillets de schistes quelques explosions partielles, ou plutôt certaines
inflammations, qui ne laissaient aucun doute sur la nature du gaz, dont la
fuite s’opérait à petite dose, mais d’une manière permanente.
Une
heure après avoir quitté le cottage, James Starr et ses deux compagnons avaient
franchi une distance de quatre milles. L’ingénieur, entraîné par le désir
et l’espoir, venait de faire ce trajet sans aucunement songer à sa
longueur. Il réfléchissait à tout ce que lui disait le vieux mineur. Il pesait,
mentalement, les arguments que celui-ci donnait en faveur de sa thèse. Il croyait,
avec lui, que cette émission continue d’hydrogène protocarboné indiquait,
avec certitude, l’existence d’un nouveau gisement carbonifère. Si
ce n’eût été qu’une sorte de poche, pleine de gaz, comme il
s’en rencontre quelquefois entre les feuillets, elle se fût promptement
vidée, et le phénomène eût cessé de se produire. Mais loin de là. Au dire de
Simon Ford, l’hydrogène se dégageait sans cesse, et l’on en pouvait
conclure à l’existence de quelque important filon. Conséquemment, les
richesses de la fosse Dochart pouvaient n’être pas entièrement épuisées.
Toutefois, s’agissait-il d’une couche dont le rendement serait peu
considérable, ou d’un gisement occupant un large étage du terrain
houiller ? c’était là, véritablement, la grosse question.
Harry,
qui précédait son père et l’ingénieur, s’était arrêté.
«
Nous voici arrivés ! s’écria le vieux mineur. Enfin, grâce à Dieu,
monsieur James, vous êtes là, et nous allons savoir... »
La
voix si ferme du vieil overman tremblait légèrement.
« Mon
brave Simon, lui dit l’ingénieur, calmez-vous ! Je suis aussi ému que
vous l’êtes, mais il ne faut pas perdre de temps ! »
A
cet endroit, l’extrême galerie de la fosse formait en s’évasant une
sorte de caverne obscure. Aucun puits n’avait été foncé dans cette
portion du massif, et la galerie, profondément ouverte dans les entrailles du
sol, était sans communication directe avec la surface du comté de Stirling.
James
Starr, vivement intéressé, examinait d’un œil grave l’endroit
où il se trouvait.
On
voyait encore sur la paroi terminale de cette caverne la marque des derniers
coups de pic, et même quelques trous de cartouches, qui avaient provoqué
l’éclatement de la roche, vers la fin de l’exploitation. Cette
matière schisteuse était extrêmement dure, et il n’avait pas été
nécessaire de remblayer les assises de ce cul-de-sac, au fond duquel les
travaux avaient dû s’arrêter. Là, en effet, venait mourir le filon
carbonifère, entre les schistes et les grès du terrain tertiaire. Là, à cette
place même, avait été extrait le dernier morceau de combustible de la fosse
Dochart.
«
C’est ici, monsieur James, dit Simon Ford en soulevant son pic,
c’est ici que nous attaquerons la faille, car, derrière cette paroi, à
une profondeur plus ou moins considérable, se trouve assurément le nouveau
filon dont j’affirme l’existence.
—
Et c’est à la surface de ces roches, demanda James Starr, que vous avez
constaté la présence du grisou ?
—
Là même, monsieur James, répondit Simon Ford, et j’ai pu l’allumer
rien qu’en approchant ma lampe, à l’affleurement des feuillets.
Harry l’a fait comme moi.
—
A quelle hauteur ? demanda James Starr.
—
A dix pieds au-dessus du sol », répondit Harry.
James
Starr s’était assis sur une roche. On eût dit que, après avoir humé
l’air de la caverne, il regardait les deux mineurs, comme s’il se
fût pris à douter de leurs paroles, si affirmatives cependant.
C’est
que, en effet, l’hydrogène protocarboné n’est pas complètement
inodore, et l’ingénieur était tout d’abord étonné que son odorat,
qu’il avait très fin, ne lui eût pas révélé la présence du gaz explosif.
En tout cas, si ce gaz était mêlé à l’air ambiant, ce n’était
qu’à bien faible dose. Donc, pas d’explosion à craindre, et
l’on pouvait sans danger ouvrir la lampe de sûreté pour tenter
l’expérience, ainsi que le vieux mineur l’avait déjà fait.
Ce
qui inquiétait James Starr en ce moment, ce n’était donc pas qu’il
y eût trop de gaz mélangé à l’air, c’était qu’il n’y en
eût pas assez, — et même pas du tout.
«
Se seraient-ils trompés ? murmura-t-il. Non ! Ce sont des hommes qui s’y
connaissent ! Et pourtant !... » Il attendait donc, non sans une certaine
anxiété, que le phénomène signalé par Simon Ford s’accomplît en sa
présence. Mais, à ce moment, il paraît que ce qu’il venait d’observer,
c’est-à-dire cette absence de l’odeur caractéristique du grisou,
avait été aussi remarquée par Harry, car celui-ci, d’une voix altérée,
dit :
«
Père, il semble que la fuite du gaz ne se fait plus à travers les feuillets de
schiste !
—
Ne se fait plus ! :.. » s’écria le vieux mineur.
Et
Simon Ford, après avoir hermétiquement serré ses lèvres, aspira fortement du
nez, à plusieurs reprises.
Puis,
tout d’un coup, et d’un mouvement brusque :
«
Donne ta lampe, Harry ! » dit-il.
Simon
Ford prit la lampe d’une main qui s’agitait fébrilement. Il dévissa
l’enveloppe de toile métallique qui entourait la mèche, et la flamme
brûla à l’air libre.
Ainsi
qu’on s’y attendait, il ne se produisit aucune explosion; mais, ce
qui était plus grave, il ne se fit pas même ce léger grésillement, qui indique
la présence du grisou à faible dose.
Simon
Ford prit le bâton que tenait Harry, et, fixant la lampe à son extrémité, il
l’éleva dans les couches d’air supérieures, là où le gaz, en raison
de sa légèreté spécifique, aurait dû plutôt s’accumuler, en si minime
quantité que ce fût.
La
flamme de la lampe, droite et blanche, ne décela aucune trace d’hydrogène
protocarboné.
«
A la paroi ! dit l’ingénieur.
—
Oui ! » répondit Simon Ford, en portant la lampe sur cette partie de la paroi à
travers laquelle son fils et lui avaient, la veille encore, constaté la fuite
du gaz.
Le
bras du vieux mineur tremblait, tandis qu’il essayait de promener la
lampe à la hauteur des fissures du feuillet de schiste.
«
Remplace-moi, Harry », dit-il.
Harry
prit le bâton et présenta successivement la lampe aux divers points de la paroi
où les feuillets semblaient se dédoubler... mais il secouait la tête, car ce
léger craquement, particulier au grisou qui s’échappe, n’arrivait
pas à son oreille.
L’inflammation
ne se fit pas. Il était donc évident qu’aucune molécule de gaz ne fusait
à travers la paroi.
«
Rien ! » s’écria Simon Ford, dont le poing se tendit sous une impression
de colère plutôt que de désappointement.
Un
cri s’échappa alors de la bouche d’Harry.
«
Qu’as-tu ? demanda vivement James Starr.
—
On a bouché les fissures du schiste !
—
Dis-tu vrai ? s’écria le vieux mineur.
—
Regardez, père ! »
Harry
ne s’était pas trompé. L’obturation des fissures était nettement
visible à la lumière de la lampe. Un lutage, récemment pratiqué et fait à la
chaux, laissait voir sur la paroi une longue trace blanchâtre, mal dissimulée
sous une couche de poussière de charbon.
«
Lui ! s’écria Hardy. Ce ne peut être que lui !
—
Lui ! répéta James Starr.
—
Oui ! répondit le jeune homme, cet être mystérieux qui hante notre domaine,
celui que j’ai cent fois guetté sans pouvoir l’atteindre,
l’auteur, dès à présent certain, de cette lettre qui voulait vous
empêcher de venir au rendez-vous que vous donnait mon père, monsieur Starr,
celui, enfin, qui nous a lancé cette pierre dans la galerie du puits Yarow ! Ah
! aucun doute n’est plus possible ! La main d’un homme est dans
tout cela ! »
Harry
avait parlé avec une telle énergie, que sa conviction passa instantanément et
tout entière dans l’esprit de l’ingénieur. Quant au vieil overman,
il n’était plus à convaincre. D’ailleurs, on se trouvait en
présence d’un fait indéniable : l’obturation des fissures à travers
lesquelles le gaz s’échappait librement la veille.
« Prends ton pic, Harry, s’écria Simon Ford. Monte sur mes épaules, mon garçon ! Je
suis assez solide encore pour te porter ! »
Harry
avait compris. Son père s’accota à la paroi. Harry s’éleva sur ses
épaules, de manière que son pic pût atteindre la trace suffisamment visible du
lutage. Puis, à coups redoublés, il entama la partie de roche schisteuse que ce
lutage recouvrait.
Aussitôt
un léger pétillement se produisit, semblable à celui que fait le vin de
Champagne lorsqu’il s’échappe d’une bouteille,— bruit
qui, dans les houillères anglaises, est connu sous le nom onomatopique de «
puff ».
Harry
saisit alors sa lampe, et il l’approcha de la fissure...
Une
légère détonation se fit entendre, et une petite flamme rouge, un peu bleuâtre
à son contour, voltigea sur la paroi, comme eût fait un follet de feu
Saint-Elme.
Harry
sauta aussitôt à terre, et le vieil overman, ne pouvant contenir sa joie,
saisit les mains de l’ingénieur, en s’écriant :
«
Hurrah ! hurrah ! hurrah ! monsieur James ! Le grisou brûle ! Donc, le filon
est là ! »
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