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Si,
par quelque puissance surhumaine, des ingénieurs eussent pu enlever d’un
bloc et sur une épaisseur de mille pieds toute cette portion de la croûte
terrestre qui supporte cet ensemble de lacs, de fleuves, de golfes et les
territoires riverains des comtés de Stirling, de Dumbarton et de Renfrew, ils
auraient trouvé, sous cet énorme couvercle, une excavation immense, et telle
qu’il n’en existait qu’une autre au monde qui pût lui être
comparée, — la célèbre grotte de Mammouth, dans le Kentucky.
Cette
excavation se composait de plusieurs centaines d’alvéoles, de toutes
formes et de toutes grandeurs. On eût dit une ruche, avec ses nombreux étages
de cellules, capricieusement disposées, mais une ruche construite sur une vaste
échelle, et qui, au lieu d’abeilles, eût suffi à loger tous les
ichthyosaures, les mégathériums, et les ptérodactyles de l’époque
géologique !
Un
labyrinthe de galeries, les unes plus élevées que les plus hautes voûtes des
cathédrales, les autres semblables à des contrenefs, rétrécies et tortueuses,
celles-ci suivant la ligne horizontale, celles-là remontant ou descendant
obliquement en toutes directions, — réunissaient ces cavités et
laissaient libre communication entre elles.
Les
piliers qui soutenaient ces voûtes, dont la courbe admettait tous les styles,
les épaisses murailles, solidement assises entre les galeries, les nefs
elles-mêmes, dans cet étage des terrains secondaires, étaient faits de grès et
de roches schisteuses. Mais, entre ces couches inutilisables, et puissamment
pressées par elles, couraient d’admirables veines de charbon, comme si le
sang noir de cette étrange houillère eût circulé à travers leur inextricable
réseau. Ces gisements se développaient sur une étendue de quarante milles du
nord au sud, et ils s’enfonçaient même sous le canal du Nord. L’importance
de ce bassin n’aurait pu être évaluée qu’après sondages, mais elle
devait dépasser celle des couches carbonifères de Cardiff, dans le pays de
Galles, et des gisements de Newcastle, dans le comté de Northumberland.
Il
faut ajouter que l’exploitation de cette houillère allait être
singulièrement facilitée, puisque, par une disposition bizarre des terrains
secondaires, par un inexplicable retrait des matières minérales à
l’époque géologique où ce massif se solidifiait, la nature avait déjà multiplié
les galeries et les tunnels de la Nouvelle-Aberfoyle.
Oui,
la nature seule ! On aurait pu croire, tout d’abord, à la découverte de
quelque exploitation abandonnée depuis des siècles. Il n’en était rien.
On ne délaisse pas de telles richesses. Les termites humains n’avaient
jamais rongé cette portion du sous-sol de l’Écosse, et c’était la
nature qui avait ainsi fait les choses. Mais, on le répète, nul hypogée de
l’époque égyptienne, nulle catacombe de l’époque romaine, n’auraient
pu lui être comparés, — si ce n’est les célèbres grottes de
Mammouth, qui, sur une longueur de plus de vingt milles, comptent deux cent
vingt-six avenues, onze lacs, sept rivières, huit cataractes, trente-deux puits
insondables et cinquante-sept dômes, dont quelques-uns sont suspendus à plus de
quatre cent cinquante pieds de hauteur.
Ainsi
que ces grottes, la Nouvelle-Aberfoyle était, non l’œuvre des
hommes, mais l’œuvre du Créateur.
Tel
était ce nouveau domaine, d’une incomparable richesse, dont la découverte
appartenait en propre au vieil overman. Dix ans de séjour dans l’ancienne
houillère, une rare persistance de recherches, une foi absolue, soutenue par un
merveilleux instinct de mineur, il lui avait fallu toutes ces conditions
réunies pour réussir, là où tant d’autres auraient échoué. Pourquoi les
sondages, pratiqués sous la direction de James Starr, pendant les dernières
années d’exploitation, s’étaient-ils précisément arrêtés à cette
limite, sur la frontière même de la nouvelle mine ? cela était dû au hasard,
dont la part est grande dans les recherches de ce genre.
Quoi
qu’il en soit, il y avait là, dans le sous-sol écossais, une sorte de
comté souterrain, auquel il ne manquait, pour être habitable, que les rayons du
soleil, ou, à son défaut, la clarté d’un astre spécial.
L’eau
y était localisée dans certaines dépressions, formant de vastes étangs, ou même
des lacs plus grands que le lac Katrine, situé précisément au-dessus. Sans
doute, ces lacs n’avaient pas le mouvement des eaux, les courants, le
ressac. Ils ne reflétaient pas la silhouette de quelque vieux château gothique.
Ni les bouleaux ni les chênes ne se penchaient sur leurs rives, les montagnes
n’allongeaient pas de grandes ombres à leur surface, les steamboats ne
les sillonnaient pas, aucune lumière ne se réverbérait dans leurs eaux, le
soleil ne les imprégnait pas de ses rayons éclatants, la lune ne se levait
jamais sur leur horizon. Et pourtant, ces lacs profonds, dont la brise ne
ridait pas le miroir, n’auraient pas été sans charme, à la lumière de
quelque astre électrique, et, réunis par un lacet de canaux, ils complétaient
bien la géographie de cet étrange domaine.
Quoiqu’il
fût impropre à toute production végétale, ce sous-sol eût, cependant, pu servir
de demeure à toute une population. Et qui sait si, dans ces milieux à
température constante, au fond de ces houillères d’Aberfoyle, aussi bien
que dans celles de Newcastle, d’Alloa ou de Cardiff, lorsque leurs
gisements seront épuisés, — qui sait si la classe pauvre du Royaume-Uni
ne trouvera pas refuge quelque jour ?
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