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Six
mois après ces événements, le mariage, si étrangement interrompu, d’Harry
Ford et de Nell, se célébrait dans la chapelle de Saint-Gilles. Après que le
révérend Hobson eut béni leur union, les jeunes époux, encore vêtus de noir,
rentrèrent au cottage.
James
Starr et Simon Ford, désormais exempts de toute inquiétude, présidèrent
joyeusement à la fête qui suivit la cérémonie et se prolongea jusqu’au
lendemain.
Ce
fut dans ces mémorables circonstances que Jack Ryan, revêtu de son costume de
piper, après avoir gonflé d’air l’outre de sa cornemuse, obtint ce
triple résultat de jouer, de chanter et de danser tout à la fois, aux
applaudissements de toute l’assemblée.
Et,
le lendemain, les travaux du jour et du fond recommencèrent, sous la direction
de l’ingénieur James Starr.
Harry
et Nell furent heureux, il est superflu de le dire. Ces deux cœurs, tant
éprouvés, trouvèrent dans leur union le bonheur qu’ils méritaient.
Quant
à Simon Ford, l’overman honoraire de la Nouvelle Aberfoyle, il comptait
bien vivre assez pour célébrer sa cinquantaine avec la bonne Madge, qui ne
demandait pas mieux, d’ailleurs.
«
Et après celle-là, pourquoi pas une autre ? disait Jack Ryan. Deux
cinquantaines, ce ne serait pas trop pour vous, monsieur Simon !
—
Tu as raison, mon garçon, répondit tranquillement le vieil overman. Qu’y
aurait-il d’étonnant à ce que sous le climat de la Nouvelle-Aberfoyle,
dans ce milieu qui ne connaît pas les intempéries du dehors, on devînt deux
fois centenaire ? »
Les
habitants de Coal-city devaient-ils jamais assister à cette seconde cérémonie ?
L’avenir le dira.
En
tout cas, un oiseau, qui semblait devoir atteindre une longévité
extraordinaire, c’était le harfang du vieux Silfax. Il hantait toujours
le sombre domaine. Mais après la mort du vieillard, bien que Nell eût essayé de
le retenir, il s’était enfui au bout de quelques jours. Outre que la
société des hommes ne lui plaisait décidément pas plus qu’à son ancien
maître, il semblait qu’il eût gardé une sorte de rancune particulière à
Harry, et que cet oiseau jaloux eût toujours reconnu et détesté en lui le
premier ravisseur de Nell, celui à qui il l’avait disputée en vain dans
l’ascension du gouffre.
Depuis
ce temps, Nell ne le revoyait qu’à de longs intervalles, planant
au-dessus du lac Malcolm.
Voulait-il
revoir son amie d’autrefois ? voulait-il plonger ses regards pénétrants
jusqu’au fond de l’abîme où s’était englouti Silfax ?
Les
deux versions furent admises, car le harfang devint légendaire, et il inspira à
Jack Ryan plus d’une fantastique histoire.
C’est
grâce à ce joyeux compagnon qu’on chante encore dans les veillées
écossaises la légende de l’oiseau du vieux Silfax, l’ancien
pénitent des houillères d’Aberfoyle.
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