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| Gorge Dubosc Le Sucre de pommes de Rouen IntraText CT - Lecture du Texte |
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Texte Comme un hommage à notre excellent concitoyen, le chimiste Georges-A. Le Roy, le Laboratoire municipal, qu’il avait si longtemps dirigé, a eu la bonne idée de publier un très curieux et amusant opuscule qu’il avait récemment écrit sur Le Sucre de pommes de Rouen, autrefois et à présent, illustré de quelques planches intéressantes (1). Esprit curieux, original, très épris de lettres et des choses du passé, comme le constate L. Deffoux dans l’un des derniers fascicules du Mercure de France, G.-A. Le Roy aimait ces sujets amusants et populaires, touchant aux sciences, mais qui restent agréables et savoureux dans les détails.
Ses recherches sur le sucre de pommes rouennais, un sujet qui aurait aussi tenté la plume de notre vieil ami Raoul Aubé, sont très piquantes, mélangeant l’érudition avec l’histoire anecdotique et l’analyse chimique. Le sucre de pommes, vieille réputation rouennaise, a des preuves de noblesse et peut les produire, tout comme le Nougat de Montélimar, les Dragées de Verdun, les Bêtises de Cambrai, les Confitures de Bar, les Mirabelles de Sedan, les Moyeux et Epines-Vinette de Dijon, le Cotignac d’Orléans, les Pâtes d’abricot de Clermont ou de Riom, toutes ces friandises, douceurs et sucreries, «spécialités» du terroir français, comme disent maintenant les « guides » qui en inventeraient au besoin.
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La réputation du sucre de pommes de Rouen est pourtant fort ancienne et
remonte presque au temps des entrées des rois et des souverains, auxquels les
échevins rouennais offraient des «repas de confitures» et des sucreries, comme
ces «chariots en sucre» qui tentaient si vivement la gourmandise de Louis XIII
enfant, à son entrée à Rouen. La coutume de présenter des sucres de pommes aux
souverains dura longtemps, puisqu’on voit l’impératrice Marie-Louise, lors de
son séjour à Rouen en 1813, recevoir un assortiment de sucres de pommes, acheté
chez Dubuc. La célébrité du sucre de pommes de Rouen est même rappelée par
Gustave Flaubert, dans sa fameuse Lettre au conseil municipal. A propos d’une
pièce de son ami Louis Bouilhet, Le Charivari, écrit-il, « publia une
caricature ou Hélène Peyron recevait les hommages des Rouennais lui apportant
des sucres de pommes. » Et le premier citron à Rouen fut confit.
SACCHARUM DE MALIS
SUCRE DE POMMES
Préparation
suivant l’usage de Pommes de Reinettes…………………… autant qu’on veut.
Dans cette recette du véritable «sucre de pommes de Rouen», avec raison, G.-A. Le Roy, qui a approfondi cette opération, fait remarquer que les termes ad electuarii solidi consistentiam montrent bien que l’électuaire de pommes concentré, dont parle Nicolas Lémery pourrait être considéré déjà comme un véritable « sucre de pommes ».
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Historien
minutieux, G. A. Leroy qui s’attache à suivre l’évolution du sucre de pommes à
travers les âges, estime que de l’officine des pharmaciens, des apothicaires et
des épiciers, le bâton de sucre de pommes, tel que le décrivait Mesaize, était
passé dans les ateliers des confiseurs et des officiers de bouche qui l’avaient
débarrassé de tout principe médicamenteux. Il le prouve par une citation d’un
autre écrivain culinaire bien connu, le sieur de la Varenne, dont Le
Cuisinier françois fut si souvent réédité de 1653 à 1726. Il donne sous la
dénomination de Cotignac, une formule qui ressemble étrangement à celle
du Sucre de pomme rouennais. Voila comment il rapporte cette
préparation.
SUCRE DE POMMES DE REINETTES
Vous coupez 50 belles pommes de reinettes par morceaux, après les avoir
pelées ; vous en séparez le coeur et les mettez sur le feu, avec suffisante
quantité d’eau pour qu’elles puissent y tremper ; vous les faites bouillir
jusqu’à ce que la pomme s’écrase en marmelade. Quand elles sont à ce point,
vous les jetez sur un tamis posé sur une terrine et vous en exprimez le suc ;
vous le mesurez et vous le mettez à part.
C’est la dernière formule du véritable sucre de pommes fait avec des pommes normandes, formule qui fut, en réalité, appliquée jusque vers 1830. Mais, à cette époque, écrit G. A. Le Roy, les difficultés de préparation du sucre de pommes amenèrent peu à peu à abandonner partiellement, puis totalement l’emploi du jus de pommes. Et G.-A. Le Roy cite ses auteurs. Voici le Confiseur national et universel, par Wirth, ancien confiseur (Paris, Baudouin, 1836), à l’article sucre de pommes.
Il n’entre plus
de pommes dans cette préparation. Autrefois, on faisait une décoction de ces
fruits pour la faire, ce qui donnait du vrai sucre de pommes ; mais on a
reconnu qu’elles étaient sinon inutiles, du moins embarrassantes sous le
rapport de la composition et de la fermeté des bâtons, qui étaient dépourvus de
la consistance qu’on leur donne aujourd’hui.
Autrefois le sucre de pommes de Rouen, se faisait de la manière suivante (suit le procédé de Machet, décrit ci-dessus et ses variantes) mais depuis certains praticiens ont supprimé le sucre de la pomme parce qu’il offrait trop d’inconvénients pour la cuisson du sucre au cassé.
Dans la fabrication moderne l’emploi du sucre de pommes n’existe plus, qu’à l’état de souvenir.
*
Comme on le voit, il n’existe réellement pas de sucre de pommes et notre ami Le Roy qui aimait bien les expressions rares dit que le sucre de pommes était apomique, avec l’alpha privatif n’est-ce pas ? Parfois ajoute-t-il avec la prudence habile qu’il dissimulait sous sa faconde habituelle, quelques fabricants ajoutent une très minime proportion de jus de pommes, mais en quantités bien inférieures à celle du vrai sucre de pommes d’antan. C’est sans doute pour s’abriter derrière le vieux dicton bien connu :
Pour un sucre de pommes où y a des pommes
Au fond, le sucre
de pommes était comme le sucre d’orge des écoliers qui n’a jamais existé, où
l’orge ne joue aucun rôle de près ou de loin. Pommet, marchand, épicier et
droguiste, qui a écrit en 1685, une amusante Histoire générale des drogues
simples et composées, ne parle pas du sucre de pommes, mais il parle du
sucre d’orge. « Il est difficile à faire, tant pour le faire cuire que pour le
mettre en bâtons tortillés, dit-il, en ce qu’il faut être juste à la cuisson et
subtil pour le mettre ainsi en petits bâtons ». Est-ce à cause des difficultés
de ce tour de main qu’il a décoré ces pauvres sucres d’orge, des noms grecs d’Alphoenix
ou d’Epenides ? « Le sucre d’orge ajoute-t-il, est d’une belle couleur
d’ambre sec, n’adhérant pas aux dents et coloré avec du safran ». On prétend
qu’on lui a donné le nom de sucre d’orge, non pas par ce qu’il y a de l’orge,
mais parce qu’il est d’une couleur jaune comme l’orge. (Histoire générale
des drogues simples et composées, par Pommet, T. I., p. 107).
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Bien plus, G.-A.
Le Roy, qui ne connaissait point de difficultés, a procédé en son laboratoire à
plusieurs séries d’essais de préparation du sucre de pommes « vrai », en
suivant la recette latine de Mezaise et la formule très développée de Machet,
indiquée plus haut. Transformé, pour quelques instants, en apothicaire
méticuleux, G.-A. Le Roy a pu fabriquer des bâtons de sucre de pommes, vrai,
qui ont résisté à l’opacification et aux déformations spontanées. Le sucre de
pommes vrai est resté, quoiqu’on en ai dit, transparent et indemne. « Tel est
le bâton du poids de ½ kilogramme disait notre regretté ami, que j’ai pu
présenter à la Société des Experts Chimistes, à titre de spécimen et aux fins
éventuelles de dégustation, comparativement avec un autre bâton de sucre de
pommes factice acheté chez un confiseur rouennais. Il est facile ainsi de
constater toutes les différences de goût et d’arôme présentés par chacun de ces
spécimens de comparaison ». Et il faut conclure que la comparaison est tout à
l’avantage du sucre de pommes vrai. Au temps jadis des Corporations, alors que
triomphait la gelée de pommes que Cideville envoyait tous les ans depuis 1742
au vieux Fontenelle, on aurait certainement inventé une fonction de
Goûteur-Suceur – Dégustateur du sucre de pommes ! Aujourd’hui, le chef de
laboratoire et dénonciateur des fraudes qu’était Georges-A. Le Roy conclut
qu’il est très difficile de différencier chimiquement les sucres de pommes
vrais d’avec les sucres de pommes factices, même aidé par la dégustation.
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