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Texte
En ces dernières années, on a cherché à établir très documentairement les
origines des Flaubert et particulièrement de Gustave Flaubert. Le premier, un
érudit de Rouen qui n’est pas oublié, M. F. Clérembray, dans Flaubertisme et
Bovarysme, publié en 1912, souleva la question de façon sérieuse, que vint
bientôt appuyer la brochure publiée en 1913 par M. Reibel, vétérinaire à
Villenauxe, dans la région même, sous le titre : Les Flaubert, vétérinaires
champenois, éditée à Troyes. L’étude de M. A. Chamboseau au Mercure de
France (1er janvier 1922) apporta encore de nouveaux éclaircissements que vient
corroborer une nouvelle et très intéressante étude de M. J. Chevron, parue dans
le fascicule d’octobre-décembre de la Revue historique de la Révolution
française, sous le titre A propos des ancêtres champenois de Gustave
Flaubert au XVIIIe siècle. Citons aussi le Gustave Flaubert
champenois, de Ch. Gaudier, paru en 1913.
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La famille des Flaubert ou des Flobert, on rencontre souvent les deux
orthographes, est certainement une des plus vieilles familles de la Champagne,
et le nom y est très répandu. On a trouvé des Flaubert dans plus de soixante
paroisses de la Marne et de l’Aube. Les Flaubert, devenus normands, qui nous
intéressent, sont originaires du canton d’Anglure qui se trouve tout à
l’extrémité du département de la Marne, sur la lisière du département de
l’Aube. C’est un coin de la Champagne pouilleuse traversé par l’Aube, par la
Seine et par le canal de la Seine à l’Aube. Anglure, qui est le chef-lieu de
canton, avec son église du XIVe siècle dédiée à Saint-Sulpice et à
Saint-Antoine, avant 1789, formait une châtellenie féodale, dont le vieux
château avec ses deux tours se dressait dans une île de l’Aube. Tout ce canton
d’Anglure, qui était plus un pays de culture que de vignoble, était surtout une
région d’élevage dont les centres étaient Marcilly-sur-Seine, pays d’élevage de
chevaux ou existe encore le haras de Barbanthall et Saint-Just, avec son petit
hameau de Le Sauvage, gros bourg où se fait un grand trafic de chevaux. Rien
d’extraordinaire à ce que, dans ce canton, existât de nombreuses familles de
maréchaux-experts et de vétérinaires-jurés comme le furent les Flaubert,
surtout quand eurent été créées les écoles de Lyon et d’Alfort, en 1760 et en 1767.
De là, ces vétérinaires rayonnaient sur de nombreux villages agricoles :
Bagneux, un pays assez marécageux où demeurèrent les Flaubert pendant une
partie du XVIIIe siècle, Chesles, Baudemont, Celle-sous-Chantemerle, La
Chapelle-Lasson, Granges-sur-Aube. Esclavolles, Conflans-sur-Seine, une grosse
bourgade dont l’église était dédiée à Saint-Etienne, Saint-Quentin-le-Verger,
Villiers-aux-Corneilles, aujourd’hui sur le canton d’Ecury-sur-Coole. Presque
partout, il se trouvait un vétérinaire royal.
Dès 1669, le syndic de Bagneux, le village qui fut un des pays d’élection des
Flaubert, était un nommé Denis Flaubert, dont le fils était un des plus forts
et des plus grands conscrits de la paroisse, et à ce titre fut désigné pour
servir dans la milice. Déjà la réputation de grandeur et de force des Flaubert
était établie. En 1676, en 1677, en 1692, on trouve encore, nous apprend M.
Chevron, des Flaubert qui sont syndics de Bagneux. Un autre, Nicolas Flaubert,
procureur du Roy en l’Hôtel-de-Ville de Troyes, à la date de 1696, quoique
n’étant pas noble, fait enregistrer ses armoiries qu’un Armorial de Champagne
décrit ainsi : D’azur, à un chevron d’or, accompagné de deux « flammes » du
même et flanqué d’un lis de jardin aussi d’or, soutenu d’un croissant de même et
aussi au chef de gueules, chargé de deux étoiles d’or. Ces « flammes d’or »
étaient de grosses lancettes de vétérinaires, ce qui prouve que les Flaubert
pratiquaient déjà leur art. L’aïeul le plus reculé de Gustave Flaubert, son
bisaïeul, semble avoir été Constant-Jean-Baptiste Flaubert, né à Bagneux, le 14
octobre 1722, et qui avait un frère aîné Michel, né en 1731 et qui devait
mourir le 3 février 1759. Il n’avait pas le titre de vétérinaire, mais, comme
son frère, celui de maréchal-ferrant expert. Il se maria deux fois, à
Marguerite Laurent, puis à Hélène Marcilly. Ses trois fils, le trio bien
connu des vétérinaires champenois, étaient issus de son premier mariage :
Jean-Baptiste, Nicolas et Antoine Flaubert.
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Jean-Baptiste Flaubert, le grand-oncle du romancier, était né dans le village
de Saint-Just-Sauvage, qui se trouve actuellement sur le canal de la
Haute-Seine et qui fut, dans le Comté de Champagne, le siège d’une baronnie
puissante. Il a gardé des temps anciens une église du XVe siècle, avec un
portail sculpté et un cimetière où l’infortuné maréchal Brune dort son dernier
sommeil.
Jean-Baptiste Flaubert était né là, le 15 août 1750, et était entré, aux frais
de sa famille, le l4 mars 1774, à l'Ecole vétérinaire d’Alfort, qui avait été
fondée en 1767. Il en était sorti en 1776 et, l’année suivante, il avait été
envoyé combattre une épidémie à Fayl-Billot.
Ce fils aîné de Constant-Jean-Baptiste Flaubert exerçait son art, comme on
disait alors, au village de Bagneux mais il céda la place à son frère Nicolas
Flaubert quand celui-ci sortit, à son tour, de l’Ecole d’Alfort, en 1780, et
alla s’installer à Nogent-sur-Seine. Pour quelle cause, quatre ans plus tard,
les deux frères, en 1784, firent-ils un nouveau chassé-croisé ? Toujours est-il
que Jean-Baptiste revint dans ce petit village champenois de Bagneux, où il
demeura jusqu’à sa mort en 1832, et que son frère Nicolas Flaubert alla le
remplacer à Nogent-sur-Seine.
Jean-Baptiste devait être un vétérinaire expérimenté, car une lettre conservée
aux Archives départementales de la Marne, datée de 1792, atteste qu’il fut
appelé à la Fère-Champenoise pour lutter contre une épidémie de morve. Une
commission d’inspection avait été nommée, qui visitait avec soin les écuries,
examinait les animaux et marquait d’une lettre au fer rouge les bêtes malades.
Jean-Baptiste Flaubert ordonna même d’abattre une jument morveuse, appartenant
à un sieur Claude Sertin, et en dressa un procès-verbal d’autopsie, reproduit
dans l’étude si intéressante de M. A. Chevron.
Jean-Baptiste Haubert avait épousé une femme Hélène Marchand, qui, lors des
débuts de la Révolution, fut accusée de fanatisme et de propagande religieuse,
motifs qui décidèrent le comité de surveillance de Sézanne, une petite ville
voisine, à la faire arrêter, le 23 fructidor, an II. Nanti d’un certificat de
civisme, Nicolas Flaubert n’avait point été incriminé, mais il fut dénoncé par
un de ses concitoyens, Gédéon-Louis Jolly, et il fut arrêté sous le prétexte
qu’il avait tiré des coups de fusil sur plusieurs personnes. On l’accusait
aussi d’aller à l’église, d’y entraîner les enfants, d’y « entonner des chants
dans un langage barbare, incompréhensible ». Comme on l’a vu, il n’en avait pas
été de même pour sa femme Hélène Marchand. On l’avait accusée de prêcher sur
les places, de parcourir les rues et les carrefours en chantant des cantiques,
de remplacer le curé à l’occasion. Un extrait du registre de la Société
populaire de Saint-Just représente Mme Jean-Baptiste Flaubert comme jouant le
rôle de Théos, allant même jusqu’à interdire la célébration des fêtes
décadaires. Ce mot de Théos ne s’applique point à une sorte de divinité
antique, comme l’ont cru certains biographes de Flaubert. Il s’agit tout
simplement d’une comparaison avec le rôle joué alors, à la même époque, par la
célèbre visionnaire normande, Catherine Théot, folle mystique, qui se disait
l’Eve nouvelle, et qui se livrait à dés manifestations bizarres, dans
lesquelles on voulut compromettre un instant Robespierre.
Incarcérée, elle fut mise sous mandat d’arrêt et ses papiers furent placés sous
scellés. Toutefois, elle s’était défendue avec véhémence, aidée par son mari.
L’accusation fléchit et elle fut remise en liberté. La vaillante Hélène
Marchand eut cinq enfants. Le dernier fut Hilaire-Jean-Baptiste Flaubert, né à
Nogent-sur-Seine, le 4 juin 1784. Lui aussi fut vétérinaire, étudia à l’Ecole
d’Alfort, de 1808 à 1811, fit la campagne de Russie comme vétérinaire du 2e
Cuirassiers. On le retrouve ensuite à Arcis-sur-Aube, en 1815 ; à Aubigny-sur-Marne
en 1816, vétérinaire au 2e dragons 1820 et vétérinaire civil à Arcis, en 1824.
Le deuxième enfant d’Hélène Marchand fut Jean-Baptiste-Constant Trobert (?),
Flaubert, né à Bagneux, le 28 décembre 1819, élève de l’Ecole d’Alfort, de 1839
à 1843, vétérinaire au 13e d’Artillerie, en 1845, puis au 12e Chasseurs, le 11
mars 1847, qui vécut longtemps en Algérie.
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Le second fils de Constant-Jean-Baptiste Flaubert fut Nicolas Flaubert, le
grand-père direct de Gustave Flaubert. Lui aussi, était né à Saint-Just, le 15
août 1754 et il était entré à l’Ecole d’Alfort, le 2 novembre 1775, protégé
vivement par un M. Daucourt, qui favorisa aussi son frère Antoine. Sorti en
1780, établi à Bagneux, Nicolas Flaubert n’avait pas reçu un diplôme qui
permettait aux anciens élèves d’Alfort, établis en Champagne, d’exercer aussi
la profession de maréchal et de tenir boutique ouverte, sans être obligés de se
faire recevoir dans les communautés de maîtrises et jurandes. Il présenta une
requête dans ce sens, à l’intendant de Champagne, Rouillé d’Orfeuil, et reçut
enfin ce diplôme spécial, le 8 octobre 1780. Dans une enquête demandée par la
ministre de Calonne, sur les vétérinaires de Champagne, on trouve dans une
réponse du subdélégué de Sézanne, que Nicolas Flaubert était âgé d’environ 30
ans ; qu’il était marié depuis environ un an ; qu’en ce moment, il habitait
Maizières-la-Grande-Paroisse, dans l’élection et le diocèse de Troyes. « On n’a
rien à lui reprocher sur sa conduite ». Il se rendait utile, en effet, dans
Bagneux et aux alentours. On paraissait content de ses talents, « sauf qu’il
travaillait à trop grands frais. » Après avoir résidé à Maizières, il avait été
s’installer à Nogent-sur-Seine, à la place de son frère aîné. Ce grand-père de
Gustave Flaubert était un fort bel homme, qu’un passeport dépeint comme ayant «
5 pieds 3 pouces, le visage rond, les cheveux et sourcils bruns, les yeux
bleus. » Il avait épousé Marie-Apolline Millon, dont il eut deux enfants.
Pourvu d’une commission de Bertier, intendant de la généralité de Paris,
Nicolas Flaubert en obtint une nouvelle pour visiter les chevaux et les
bestiaux appartenant au gouvernement, placés chez les paysans champenois. On
lui devait à ce sujet quelqu’argent, sur lequel il reçut un acompte de 51
livres.
En 1793, Nicolas Flaubert est nommé maréchal-des-logis pour le transport des
subsistances militaires (Entreprise Claude Moreau), aux appointements de 90
livres. Il était en tenue militaire et avait un cheval pour service. Une
adresse à la Convention, à la date du 14 janvier 1794, les dénonça comme
malversation dans leur entreprise et voilà Nicolas Flaubert et Claude Moreau
arrêtés et traduits devant le Tribunal révolutionnaire.
Nicolas Flaubert se défendit vigoureusement, appuyé par sa femme,
Marie-Apolline Millon, conseillée par J.-B. Personne, Deputé du Pas-de-Calais,
ancien avoué à Saint-Omer. Elle s’entremit vaillamment et recueillit de
nombreuses signatures pour une pétition où signèrent plus de 100 communes de
tout ce coin de Champagne. Cependant, la procédure du Tribunal révolutionnaire
rendit inefficaces tous les efforts faits pour rendre le malheureux Flaubert à
sa famille. Le procès se termina le jeudi 27 février 1794 par un jugement
condamnant le principal accusé, Claude Moreau, à la peine de mort, qu’il
subit le jour même. Le même jugement avait déclaré Flaubert innocent et il
allait être mis en liberté, quand une « dénonciateur » acharné l’accusa de «
propos inciviques ». Le Moniteur Universel (14 ventôse 1794), dit en
effet que Flaubert fut convaincu d’avoir tenu des propos inciviques et
contre-révolutionnaires.
Cette dénonciation contre Nicolas Flaubert suffit à motiver sa condamnation à
la déportation dans la même audience du 9 ventôse. Frappé si inopinément, cet
homme, qui avait une grande force d’âme, adressa au député Personne, une
protestation, où il rappelle les pétitions faites en sa faveur, lues à la barre
de la Convention et déposées au Comité de Législation. Il ajoute qu’il a sauvé
de la gourme et de la morve plus de 145 chevaux. « Je réclame donc votre zèle,
dit-il, moins pour moi que pour ma femme et mes enfants. »
Sa femme ! C’était aussi une compagne très vaillante, qui osa se présenter à la
Convention et y lire une éloquente supplique en faveur de Nicolas Flaubert,
enfermé depuis dix-sept mois dans les cabanons de Bicêtre. Sa demande fut
renvoyée au Comité de Sûreté générale le 30 nivôse de l’an III. Entre temps, le
Conseil général de Nogent-sur-Seine, qui avait dénoncé primitivement Flaubert,
revint sur ses opinions premières et constata que la présence d’un artiste
vétérinaire comme Nicolas Flaubert, était absolument nécessaire. Tous les
jours, en effet, les chevaux des maîtres de postes, achetés trois ou quatre
mille livres, périssaient sans secours.
Les directeurs et professeurs de l’École nationale d’Alfort signèrent aussi une
protestation appuyée par Godin, Chabert, Flandrin, Barruel, Dechaux, en date du
4 brumaire, an III. Enfin, le 3 pluviôse, an III (23 janvier 1795), le Comité de
Législation ordonna la mise en liberté du citoyen Nicolas Flaubert. Il rentra
alors à Nogent. De son mariage avec Marie-Apolline Millon, il eut deux enfants,
dont Achille-Cléophas Flaubert, le futur médecin et chirurgien de l’Hôtel-Dieu
de Rouen, baptisé à Maizières-la-Grande-Paroisse, alors de l’élection et
diocèse de Troyes et de nos jours, du canton de Romilly-sur-Seine, dans l’Aube,
le 15 novembre 1784, ayant pour parrain Achille-Rosalie-Félicité Pétel et pour
marraine M. M. Guillard. Le grand-père Flaubert était venu à Rouen, le 10
février 1842, lors du mariage de son fils Achille-Cléophas, avec Mlle Feuriot.
Il habita alors chez son fils qui demeurait rue du Petit-Salut, 8. Son herbier
existe à l’ancien Musée d’Art normand.
Agé de 57 ans, 8 mois, 12 jours, Nicolas Flaubert mourut à Nogent-sur-Seine,
dans sa maison, n° 186, rue de l’Hospice, le 7 mai 1814, à 6 heures du matin.
Sa mort fut déclarée par son gendre, François Parain, orfèvre à Nogent, le père
Parain qu’on voit figurer dans la Correspondance. Mme Nicolas Flaubert,
née Million vécut encore dix-huit ans et mourut à 77 ans, aussi à
Nogent-sur-Seine, rue de l’Étape-au-Vic, le 2 mai 1832, chez son petit-gendre
Louis-Théodore Bonenfant qui déclara son décès. A cette date, Gustave Flaubert,
qui avait alors onze ans, put très bien connaître sa grand-mère.
Il y eut un troisième fils de ce Constance-Jean-Baptiste Flaubert, ce fut
Antoine Flaubert, né le 15 mars 1759, à Bagneux, et qui fut, comme ses deux
autres frères, vétérinaire. Il avait fait ses études à l’Ecole d’Alfort, où il
était entré le 14 juillet 1777, comme élève boursier, entretenu sur les fonds
de la province de Champagne, mais, avec engagement pris par son père, qu’il
exercerait dans l’élection de Champagne. On possède aux Archives
départementales de la Marne les notes que le directeur Bourgelat adressait
à l’intendant de Champagne, Rouillé d’Orfeuil. On y voit que la pension d’élève
d’Alfort revenait à 120 livres : l’uniforme, les livres, les scalpels, le
tablier de cuir : en tout, 242 livres. Bien qu’il fût souvent souffrant,
Antoine Flaubert était fort assidu à ses études. Cependant en 1780, le
directeur se plaint qu’il s’est « dérangé ». « La maladie qu’il a éprouvé,
dit-il, était la suite de son libertinage et des fréquentation des mauvais
lieux de Paris ». Antoine Flaubert n’en fut pas moins diplômé, le 1er mars
1781. Dans une note, on voit qu’il s’établit à Arcis-sur-Aube, qu’il était
marié depuis deux ans, qu’il n’avait point d’enfants, et qu’il aurait bien
voulu joindre à son métier de vétérinaire, une boutique de maréchalerie,
n’ayant aucune gratification, pension ou logement, fournis par
l’administration.
Il ne faudrait pas croire que Gustave Flaubert ne connut pas ces origines
champenoises et nogentaises de sa famille. Tous les deux ans, au moins, en
effet, la famille, entière, se rendait à Nogent-sur-Seine. « C’était un grand
voyage a écrit Mme Francklin-Grout, la nièce de Gustave Flaubert, qu’on faisait
en chaise de poste, à petites journées, comme au bon vieux temps. Cela avait
laissé d’amusants souvenirs à mon oncle ». Il se rendit ainsi à Nogent aux
vacances de 1832 ; en 1833, après avoir passé par Fontainebleau ; en 1835, en
1841, en 1845, d’où il écrit à Alfred Le Poitevin. Ils étaient alors reçus chez
l’oncle Parain « qui avait épousé la soeur de mon grand-père, dit Mme
Francklin-Groult ». L’oncle Parain venait aussi très souvent à Croisset où il
passait une partie de l’année, déjeunant fort légèrement et allant fumer sa
pipe dans le Pavillon. Souvent l’oncle Parain envoyait des caisses de
friandises aux enfants Flaubert.
Il y a de tout ça dans L’Education sentimentale, pour laquelle Flaubert
avait fait un voyage en 1864, le long de la Seine, Corbeil, Melun, Montereau,
Sens. Une lettre bien curieuse qu’il écrivit en 1869 à son cousin, Louis
Bonenfant, montre que celui-ci lui avait adressé des notes sur Nogent-sur-Seine
et que la petite cousine Emilie lui avait transmis un « vocabulaire nogentais
». Il nous semble bien que le nom du personnage principal de L’Education
sentimentale, Moreau, n’est qu’un souvenir du pauvre Claude Moreau,
commissionnaire aux armées, qui avait été incarcéré dans les prisons de la
Terreur, en même temps que le grand-père Nicolas Flaubert et avait été
guillotiné... On voulut faire changer ce nom de Moreau, sous prétexte qu’il
existait encore peut-être des descendants à Nogent, Gustave Flaubert ne voulut
jamais y consentir !...
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