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Texte
Le département de l'Orne possède plusieurs sources minérales. Nous avons
fait connaître en l'an XI la fontaine de la Herse ; l'an dernier nous avons
publié l'analyse des eaux de la fontaine de l'Epine ou de la Roche, près la
ville de Mortagne, et donné des détails sur les fontaines minérales des
environs de Laigle. Il existe encore dans le département plusieurs autres
sources de ce genre, telles que celles de Larré, de St-Barthelemi près Alençon,
de la Ferrière-Béchet, de Rânes, de Vrigni, du Hamel dans la commune de
Brullemail, de la Béchetière, voisine de la précédente, de St-Evroul-en-Ouche,
du Breuil dans la commune de Moulins-la-Marche, de Gauville-en-Gauvillois, de
la Sauvagère, de Curé dans la commune de St-Mars-de-Coulonges, etc., etc. Mais
les seules eaux thermales que l'on trouve dans le département de l'Orne sont
celles de Bagnoles, dans l'arrondissement de Domfront.
Cette fontaine, qu'on a mal-à-propos indiquée comme ayant sa source dans la
commune de Tessé-la-Madeleine, canton de Juvigni-sous-Andaine, sourd dans la
commune de Couterne, canton de la Ferté-Macé, à quelques pas seulement et sur
la rive gauche (à 10 mètres au-dessus du niveau de l'eau) de la petite rivière
de Vée, qui, venant de la forêt de Dieu-Fit et ayant traversé la forêt
d'Andaine, partage les deux communes. Une partie de l'établissement appartient
à la commune de Tessé : ce sont les bâtimens du directeur des bains, la salle à
manger, les cuisines, les remises, les écuries et le jardin. Les bains
ordinaires, dans lesquels est la fontaine, les bains pour les pauvres, la
chapelle et deux bâtimens destinés au logement des baigneurs sont situés dans
la commune de Couterne. Au surplus la Vée est si peu considérable que la
communication des deux rives n'en souffre nullement. La gorge où sont situés
les bains, et que traverse la Vée, a environ de 60 à 400 mètres de largeur.
Cette gorge est très-pittoresque ; elle est resserrée par des roches
très-élevées, dont plusieurs sont tapissées de lierre et couronnées d'arbustes,
et dans les crevasses desquelles le jomarin et les bruyères offrent leurs
nuances tranchantes et riches d'effet. Au pied de ces roches quelques poiriers,
des pommiers, des châtaigniers, des hêtres se sont enracinés, subsistent,
prospèrent, et contribuent, avec la Vée qui coule rapidement, à entretenir une
fraîcheur très-agréable et très-salutaire. Dans cette gorge fort étroite on a
tiré du peu de terrain qui est praticable, un parti avantageux : des
promenades, un chemin commode, des arbres alignés, et même un jardin, ajoutent
à l'agrément de la position.
Le nom de Bagnoles s'écrivait aussi Bagnols, Bagnolles et même Baignolles ;
mais c'est à tort que, dans les cartes de Cassini, cette fontaine est appelée
Bognolle : il est évident que c'est une erreur de copiste ou de graveur. Le nom
de Bagnoles, qui est fort ancien, dérive d'un mot de la basse latinité, que
l'on trouve dans le Glossaire de Ducange : Bagnum pour Balneum se
rencontre dans quelques vieilles chartes. C'est delà que sont venus notre verbe
Baigner et nos substantifs Baigneur et Baignoire. La plupart des dénominations
ayant été, ainsi qu'il est très-convenable, la désignation, la définition même
des principales qualités des choses ou des lieux auxquels on les imposait, il
n'est pas étonnant qu'on ait appelé Bagnols (département de la Lozère),
Bagnères-de-Luchon (département de la Haute-Garonne), Bagnères-de-Bigorre
(département des Hautes-Pyrénées), et Bagnols ou Bagnoles (département de
l'Orne), etc., les emplacements où étaient situées des fontaines minérales
propres à procurer des bains de santé aux malades. Baden en Allemagne et Bath
en Angleterre offrent de nouvelles preuves de cette assertion. Au surplus je
trouve que les noms que je viens de citer désignent tous des bains thermaux ou Bains
par excellence.
Quoiqu'on ne fasse remonter qu'à une époque assez rapprochée de nos jours la
découverte des propriétés et par conséquent la renommée de la fontaine de
Bagnoles, je me crois fondé à assurer très-positivement que cette fontaine,
désignée depuis très-longtems par un nom dérivé de la latinité du moyen âge, a
dû être très-anciennement connue comme propre à fournir des bains salutaires.
Il est très-possible que, depuis, elle ait éprouvé du discrédit, ou plutôt que,
dans nos tems d'anarchie féodale, elle n'ait pu être fréquentée, à cause du peu
de sureté qu'offraient les routes et sur-tout le séjour des forêts : elle aura
été oubliée pendant plusieurs siècles.
On a dit, d'après quelques traditions locales, que, vers le milieu du XVI.e
siècle, un vieux cheval poussif abandonné, et tourmenté de douleurs, s'étant
retiré vers la fontaine de Bagnoles, s'y était baigné fréquemment, dirigé sans
doute par cet instinct qui souvent sert les animaux beaucoup mieux que ne nous
conseille notre raison,
Cette fière raison dont on fait tant de bruit.
Le cheval ressentit bientôt les bons effets de cette eau salutaire. Il
recouvra la santé, reprit de l'embonpoint et redevint, pour ceux qui l'avaient
abandonné souffrant et peu propre au service, un serviteur pour lequel
l'accueil ainsi que les soins furent proportionnés à l'utilité qu'on s'en
promettait.
On induisit probablement par analogie que, l'eau de Bagnoles ayant guéri le
cheval délaissé, il était très-présumable qu'elle ne serait pas moins bonne
pour les hommes, auxquels on administre d'ailleurs si souvent des remèdes de
chevaux, et qui parfois ne s'en tirent pas moins d'affaire.
L'anecdote du cheval malade se trouve rapportée dans une petite brochure
assez insignifiante (in-8.° de 52 pages), qui parut en 1740 à Alençon chez M.
Malassis aîné, sous le titre de "Traité des eaux minérales de Baignoles,
contenant une explication méthodique sur toutes leurs vertus, leur situation et
la route pour y arriver de toutes parts, par M.*****." Cet ouvrage, qui
est dédié à la faculté de médecine de Paris, divisé en six parties ou
chapitres, et accompagné d'un discours préliminaire, a été attribué à Hélie de
Cerny, lieutenant-général du bailliage de Falaise ; et nous avons lieu de
croire qu'il est de lui.
Dès le mois d'avril 1737 on avait fait réimprimer dans le Journal de Verdun
(page 273) un Avis sur les avantages des eaux minérales de Baignolle,
en prévenant qu'il paraîtrait incessamment un Traité de ces eaux, qui est
probablement celui d'Hélie de Cerny, puisqu'il fut publié trois ans après cette
annonce.
Le même Journal renferme "trois Lettres sur les eaux de Baignoles,
contenant plusieurs expériences faites sur ces eaux" (juin 1750, page 442
; juillet 1750, page 39 ; et juillet 1751, page 49). On prétend dans ces
Lettres que les eaux de Bagnoles étaient connues depuis près de deux siècles
dans la Bretagne et la Normandie, et qu'elles sont supérieures à celles de
Cauterets pour la guérison de toutes les maladies auxquelles on emploie ces
dernières.
Quel que soit le mérite de la tradition relative au cheval poussif, qui n'est
pas plus absurde que tant d'autres, voici les seuls renseignements certains que
je puisse offrir : Bagnoles est situé sur un terrain qui, en 1666, fut réuni au
domaine de la Couronne par l'intendant d'Alençon (M. De Marle). Ce terrain fut
régi pendant vingt-cinq ans par les receveurs du domaine établis à Falaise,
depuis 1666 jusqu'en 1691, époque à laquelle M. Hélie, qui était Secrétaire du
Roi du Grand Collége, s'en rendit adjudicataire moyennant 150 francs de rente.
Le 10 juin 1687, un arrêt du Conseil-d'Etat avait concédé cette fontaine à deux
entrepreneurs associés, dont le premier s'appelait J. B. Legeai.
M. Hélie fit construire vers 1692, sur la rive gauche de la Vée et par
conséquent dans la commune de Couterne, les bains, une chapelle et quelques bâtimens
qui ont subsisté jusque vers la fin du dernier siècle. Son fils, Hélie de
Cerny, auteur de la brochure dont nous avons parlé plus haut, entretint ce
local avec une décence, un ordre et un soin qu'il est bon de rappeler. En 1740,
quatre personnes étaient employées au service des bains, des traiteurs y
servaient à manger ; les maîtres, leurs domestiques et leurs chevaux y
trouvaient comme aujourd'hui ce qui pouvait leur convenir.
Ce fut deux ans après la construction dont je viens de parler, que M. Geoffroy,
doyen de la faculté de médecine de Paris, dans un voyage qu'il fit en Normandie
(en 1694), eut occasion de visiter Bagnoles et d'en examiner les eaux. Il
assure (tome I, page 62 de sa Matière médicale, de Aquis sulphureis)
qu'elles sont saturées d'un soufre très-abondant. M. Geoffroy fils les examina
aussi, le 6 septembre 1749, jour auquel il observa que le thermomètre de
Réaumur, qu'il y avait plongé, s'y élevait de 21 à 22 degrés, ce qui fesait 11
degrés au-dessus de la température des caves de l'observatoire de Paris. Il
assure, d'après les expériences qu'il fit, que ces eaux, qu'il faut ranger
parmi les eaux tièdes, ne contiennent point de fer, ni de sels acides ou
alkalins assez sensibles pour être remarqués ; qu'elles sont seulement sulfureuses,
légèrement alkalines. Nous verrons plus tard que cet examen n'est pas exact.
Le docteur Poissonnier, qui avait beaucoup travaillé sur les eaux minérales,
a fait aussi l'éloge de celles de Bagnoles.
La nouvelle réputation de Bagnoles, quoiqu'il résulte de vieux titres que
cette fontaine était connue sous le nom actuel en 1611, ne date que de 1687,
époque de la concession de Legeai. On n'en doutera pas lorsque l'on saura qu'on
ne trouve aucune mention de cette source thermale dans les "Observations sur
les eaux minérales de plusieurs provinces de France, faites à l'Académie des
sciences en 1670 et 1671 (Paris, de l'imprimerie royale, 1675 ; in-12, 1
volume)." Le docteur Du Clos, qui est l'auteur de cet ouvrage, y cite des
sources aujourd'hui fort obscures, situées à peu de distance de Bagnoles,
telles que Bourberouge, Méniltove et Pont-Normand, près Mortain (département de
la Manche) : il n'aurait certainement pas oublié Bagnoles, si cette source eût
alors joui de quelque réputation.
Le terrain où la fontaine de Bagnoles est située paraît en général
ferrugineux, et, comme le soufre est minéralisateur du fer, il n'est pas
étonnant que le sol, ainsi que ses eaux, participe aussi aux principes
sulfureux. A trois kilomètres plus haut, au nord--nord-ouest de Bagnoles, sur
la rive droite et à quelque distance de la Vée, on trouve une source
ferrugineuse que Cassini désigne sous le nom de fontaine minérale.
A quelques pas au-dessus des bains est située, au-dessous d'un étang que
traverse la Vée, la Forge de Bagnoles, qui en 1611 fut bâtie des deniers de
l'Etat dans un endroit nommé la Fosse-Noire. En 1667, elle était encore
possédée par le Roi. Elle fut depuis engagée par M.lle D'Orléans, le 9 mai
1703, à un M. Le Débotté des Jugeries ; elle a passé ensuite par diverses mains
jusqu'en celles de M. de Rédern, seigneur prussien naturalisé français, qui en
est propriétaire depuis plusieurs années.
En 1740, la fontaine de Bagnoles, qui maintenant sourd dans un petit bassin
couvert, sortait du pied des rochers, au même endroit ; le volume d'eau était
alors gros comme la cuisse. On assure qu'un directeur de cet établissement,
voulant augmenter la quantité de ces eaux, fit creuser la fontaine à une assez
grande distance, y réunit quelques filets d'eau moins saturée de principes
salutaires, et altéra par ce mélange la vertu de ses eaux minérales.
Quoiqu'il en soit, à la fin XVII.e siècle (en 1694), le docteur Geoffroy,
dont nous avons parlé précédemment, trouva, par le thermomètre de Florence
alors en usage, que la chaleur des eaux de Bagnoles s'élevait à plus de 8
degrés au-dessus de la situation de l'air. L'auteur de la brochure, dont j'ai
fait mention plus haut, trouva le même degré lorsqu'il "vérifia le fait
avec un thermomètre de Bomare pris chez l'abbé Nollet." Suivant M. Monnet
qui en a parlé dans ces derniers tems, le degré de chaleur de ces eaux ne
s'élève que de 20 à 22 degrés du thermomètre de Réaumur. M. Perrier, médecin à
Domfront, et M. Le Roy, pharmacien de la même ville, tous deux bien capables
d'apprécier le mérite de la fontaine de Bagnoles, s'y rendirent en thermidor de
l'an VI (vers le 1.er août 1798) ; ils trouvèrent qu'à dix heures du matin
l'eau pesait 21 degrés et demi, et 22 à deux heures de l'après-midi : c'est
deux ou trois degrés de plus qu'à Bagnères de Luchon. Ces observations
s'accordent avec celles de M. Geoffroy fils que nous avons rapportées.
L'eau de la fontaine de Bagnoles, que les plus longues sécheresses ne
sauraient tarir, est aussi limpide et aussi transparente que l'eau distillée ;
l'odeur qu'elle exhale est faible et n'annonce que très peu la présence du
soufre qu'elle contient. La saveur en est moins stiptique que nauséabonde ; au
reste ces qualités m'ont paru très-peu prononcées. Le fond de la fontaine est
couvert d'un peu de matière jaunâtre qui paraît être une terre ocreuse et qui
est insipide. L'auteur du Traité y avait trouvé "quantité de petites
pierres blanches qui, desséchées et mises dans l'eau froide, la font bouillir
sans se fondre, comme de la chaux." L'expression dont il se sert est
très-impropre : il a voulu dire bouillonner au lieu de bouillir.
Nous avons dit que la fontaine minérale de Bagnoles est située dans la
commune de Couterne et que plusieurs édifices de l'établissement appartiennent
à la commune de Tessé-la-Madeleine. Nous indiquerons quelle est la distance
approximative de cette source aux principales villes et aux principaux bourgs
voisins. Elle est éloignée d'Alençon de 55 kilomètres (11 lieues de poste) ; de
Domfront, de 25 kilomètres (5 lieues) ; d'Argentan, de 40 kilomètres (9 lieues)
; de la Ferté-Macé, de 8 kilomètres (1 lieue et demie) ; de
Juvigni-sous-Andaine, de 9 kilomètres (2 lieues), et du bourg de Couterne, de 8
kilomètres (1 lieue et demie). Comme la route n'est pas facile à suivre
exactement, et que d'ailleurs l'établissement est placé au fond d'une gorge,
entre des bruyères et des bois peu fréquentés où l'on risque de s'égarer, il
est prudent de s'y faire accompagner par un conducteur des environs, et de s'y
rendre à cheval, à cause du mauvais état des chemins qui y aboutissent, dès
qu'on a quitté les grandes routes.
L'établissement de Bagnoles est composé de huit bâtimens dont voici le
détail : 1.° les bains distribués en deux pièces principales pour les deux
sexes ; 2.° les bains des pauvres ; 3.° la salle à manger ; 4.° la cuisine ;
5.° les écuries et les remises ; 6.° et 7.° les chambres et les logemens ; 8.°
la chapelle. On peut recevoir à Bagnoles cinquante personnes. C'est à ce nombre
tout au plus que s'est élevé, dans les tems de leur plus grande fréquentation,
celui des malades qui recherchaient ces bains depuis la mi-mai jusqu'à la
mi-septembre à-peu-près, suivant la chaleur ou le refroidissement de la saison.
On peut se procurer des logemens plus ou moins commodes, depuis 1 franc jusqu'à
4 francs par jour. Le prix de la table est de 4 à 6 francs.
Le gibier du pays est justement renommé, et la Vée offre d'excellentes
écrevisses, des perches et des truites délicates, et même quelques brochets
échappés de l'étang voisin.
Les eaux de Bagnoles ont peu de vertu lorsqu'on en use comme boisson. Elles
sont bien préférables en bains, en bourbes et en douches. Les différens
médecins qui les ont examinées dans leurs principes et leurs effets, sont
d'accord à cet égard.
On prescrit ordinairement trente bains consécutifs à raison de deux par
jour. Les mois que l'on préfère pour les prendre sont juin et juillet jusqu'au
15, la fin d'août et le commencement de septembre. Les bains naturels coûtent
75 centimes ; les bains pour lesquels on fait chauffer l'eau, 1 franc ; et les
douches, 30 centimes.
L'auteur du Traité anonyme que nous avons eu occasion de citer, prétend que
la chaleur des eaux de Bagnoles ne diffère que très-peu de celle des eaux de
Bourbonne-les-Bains (département de la Haute-Marne), de Barèges (département
des Hautes-Pyrénées), et de Vichi (département de l'Allier). Suivant cet auteur
et M. Geoffroy fils, on trouve dans les eaux minérales de Bagnoles "une
teinture de soufre martial, coloré d'un vitriol de pareille nature ; ce qui
fait penser que le vitriol acide du soufre, agissant sur le soufre et alkali de
Mars, cause une fermentation qui produit la chaleur de ces eaux. Le vitriol
agissant réciproquement sur le baume ou soufre alkalisé d'icelui, redouble la
fermentation et entretien la chaleur de ces eaux par cette fermentation qui
forme un continuel mouvement, et réunissant intimement les parties volatiles et
spiritueuses de leurs sels, imprime à l'eau une chaleur et une qualité
pénétrantes."
Voici ce qu'en dit M. Monnet, savant distingué : "Jamais eau ne mérita
moins le nom de minérale que celle de Bagnoles : quoique ces eaux soient mises
au rang des thermales, elles ne sont néanmoins que des eaux pures un peu
chargées de fer, et même plus pures que ne le sont les eaux de source
ordinaires du pays. Aussi le goût de ces eaux n'est-il autre que celui d'une
eau commune chaude et refroidie ; elles ne diffèrent en rien des autres eaux
potables." Ce qui viendrait à l'appui de cette assertion, c'est que le
Conseil de santé de Paris fit, il y a quinze à vingt ans, transférer ailleurs
des militaires blessés et malades que l'on y avait d'abord placés.
S'il faut en croire au contraire l'auteur anonyme du Traité, qui est au
surplus terminé par une attestation très-favorable du docteur Gondonnière,
alors intendant des eaux minérales de Bagnoles (c'est le titre qu'il prend), et
médecin de l'Hôtel-Dieu de la ville de Falaise ; s'il faut s'en rapporter à ces
deux observateurs, qui ont été à portée de juger les bons effets de l'eau de
Bagnoles : employée extérieurement, elle a la propriété de fortifier ; elle
guérit les humeurs froides et scrophuleuses, les foulures, les entorses, la
gale ; le rachitisme, en rétablissant la circulation des humeurs ; les
rhumatismes, la sciatique, la goutte naissante, les douleurs, les affections
soporeuses, l'apoplexie, la paralysie, l'épilepsie, les affections
scorbutiques, les suites de couches, les chloroses et la jaunisse. Si on s'en
sert intérieurement, elle est salutaire pour les asthmatiques.
Plusieurs médecins distingués conseillent encore aujourd'hui dans plusieurs
maladies l'usage de ces eaux qu'ils regardent comme salutaires. Je citerai
entr'autres M. Piette, de Lassai (département de la Maïenne), médecin
très-instruit, praticien consommé, observateur judicieux, et sous tous les
rapports très-capable de juger le mérite des eaux de Bagnoles qu'il fréquente
annuellement. Un autre médecin dont le mérite est bien reconnu aussi, M.
Perrier, de Domfront, assure que c'est avec succès qu'on les emploie en bains
chauds pour guérir les maladies cutanées ; en douches, pour remédier à la
paralysie, au tremblement des membres, à la contraction des nerfs, aux entorses
et aux contusions.
Quant à l'usage intérieur,
regardé comme curatif des maladies de poitrine, des asthmes, etc., il est
généralement considéré comme insuffisant et par conséquent comme dangereux, en
ce qu'il peut entretenir dans une fausse sécurité et donner une espérance
illusoire à des malades qui, ne recourant pas assez promtement à des remèdes
héroïques, donnent au mal le tems de faire des progrès très-funestes.
Je regrette beaucoup que M. de la
Tour, d'Alençon, pharmacien et chimiste distingué, n'ait pas entrepris
l'analyse des eaux de Bagnoles. Il est très-capable de faire ce travail de
manière à n'être pas obligé de le recommencer. Il en résulte de quelques notes
qu'il a bien voulu me communiquer sur une analyse incomplète dont je lui avais
soumis le procès-verbal, 1°. que ces eaux contiennent des muriates à base
terreuse, puisque la dissolution d'argent a donné un précipité blanc mat ; mais
l'examinateur avait négligé de dire quelles sont les bases salifiées par
l'acide muriatique ; 2°. que l'infusum de noix de gale, soit aqueux, soit
alcoolique, a démontré la présence du fer ; 3°. que les pièces d'argent
décapées ont manifesté, par la teinte noirâtre qu'elles ont prise, du souffre
en dissolution. Il est fâcheux que cette analyse n'ait pas été complétée : elle
eût servi à faire mieux apprécier la qualité des eaux minérales de Bagnoles, et
à rectifier les opinions, soit de M. Monnet et des autres adversaires de ces
eaux, soit de MM. Geoffroy et de plusieurs médecins instruits qui les ont
vantées beaucoup et n'ont pas cessé d'en prescrire l'usage recommandé par des
cures nombreuses. Alors peut-être ces eaux recouvreraient la réputation
dont elles ont autrefois joui. Elles rendraient de grands services ; et, comme
elles sont à proximité de la capitale et de plusieurs villes considérables,
elles seraient probablement très-fréquentées.
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