VII
Ces choses se passaient à Rome
sous le consulat de M. de Norvins, le célèbre historien de Napoléon. Quand la
sentence de mort lui fut communiquée, M. de Norvins voulut, avant l'exécution,
faire subir un dernier interrogatoire au condamné.
On amena donc M. Chay au préfet
impérial.
M. de Norvins écrit non seulement
fort bien les langues française et italienne, mais il comprend aussi les divers
idiomes de nos provinces méridionales. Il entendit parfaitement ce que lui disait
le malheureux artiste. La bonne foi, la candeur, l'innocence du chasseur
provençal, éclatèrent bientôt dans ce nouveau tribunal.
Il y eut sursis et instruction
nouvelle, basée sur l'itinéraire de chasse fourni par le voyageur ; et, au bout
de ces longueurs nécessaires, arriva un inévitable acquittement.
M. de Norvins, que cette odyssée
d'un artiste marseillais à la poursuite de l'oiseau augural avait fait sourire
d'abord et puis rêver, s'intéressa vivement à M. Chay et lui fit donner une
bonne place dans l'administration.
L'artiste chasseur est
tranquillement resté à Rome jusqu'en 1814.
A la paix, il vint reprendre son
poste à Marseille ; et depuis, campagnard sédentaire, célibataire de plus en plus
joyeux, il laisse couler sa vie entre le violoncelle et le fusil à deux coups.
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