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AVERTISSEMENT DE LA DEUXIÈME ÉDITION
Cette fantaisie accueillie avec
faveur, je puis bien le dire, par des lettrés délicats et prudents, n'a pas été
comprise de tous dans l'entourage de M. Renan.
Au dessert d'un banquet celtique, l'illustre vieillard,
couronné de ses Bretons familiers, a cru devoir protester contre les pages
qu'on va lire. Son charmant petit discours m'a étonné. Comme me voilà méconnu
par un maître que je goûte fort !
La dédicace pourtant, l'épigraphe empruntée à Sainte-Beuve,
et l'atmosphère de chaque phrase indiquent nettement mon idée. J'essaie
un dialogue dans la manière qu'a imaginée Platon pour peindre mieux, chez son
maître Socrate, l'attache des idées et de l'homme. Fût-il jamais divertissement
plus intellectuel ?
Dernièrement, j'en causais avec mon ami Simon : «Ces
susceptibilités, m'a-t-il dit, je les crois excessives, mais leur sincérité les
fait trop légitimes pour que vous n'en teniez pas compte». Sur son avis, j'ai donc effacé quelques lignes d'une oeuvre que tous
deux, d'ailleurs, nous trouvons respectueuse pour un maître sans qui plusieurs
façons de sentir et de penser ne seraient pas.
«Vous parlez de Renan, me disait encore Simon, sans
préoccupation de lui plaire ou de lui déplaire, simplement en familier de son
oeuvre. A mon avis, vous n'avez pas dépassé votre droit de critique et
d'humoriste. Mais ce ton, fort reçu envers les morts, sied-il avec les vivants
? On s'accorde, pour l'ordinaire, à parler de ceux-ci avec habileté, et
de ceux-là seuls avec sincérité. C'est affaire d'éthique personnelle».
M.B.
Paris,
1890.
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