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CONCLUSIONS
Ces huit jours écoulés, tandis que sur la ligne de Brest à Paris, en compagnie de mon familier Simon, je m'éloignais de Perros-Guirec, nous
songeâmes tous deux, pour charmer la lenteur du trajet, à la mort de M. Renan :
- Le monde en deviendra plus triste et plus vulgaire, me
disait Simon, mais la légende de Renan, que dès aujourd'hui nous voyons se
faire, s'épanouira largement. Or, rien de plus curieux que la formation d'une
légende. Pourquoi ces traits qui s'effacent et ces autres qui s'accusent ?
C'est un type humain qui se crée sous nos yeux, plus vivant qu'aucun
chef-d'oeuvre volontaire, par la collaboration de tous.
- Je prévois, lui répondis-je, que la légende de Renan sera poussée à la
fadeur. Son attitude d'écrivain trompe sur le fond même de sa pensée. Les plus avisés de ses admirateurs littéraires se plaisent à oublier
qu'il est franchement anticlérical dans la conversation et que, sur cinq ou six
points les plus importants de la pensée humaine, il est affirmatif et net
autant qu'aucun esprit réputé vigoureux et brutal.
- Ah ! disions-nous l'un et l'autre, que la mort de M. Renan sera
intéressante !
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