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I
En 1775, l'évêque de Lisieux, Mgr Jacques-Marie de Caritat
de Condorcet, forme le noble et généreux dessein de fonder, à ses frais, une
Ecole de Charité pour l'instruction gratuite des jeunes garçons de la ville et
des fauxbourgs de Lisieux.
A cet effet, le 29 septembre de la dite année, le zèlé
prélat fait l'acquisition d'une maison sise rue du Bouteiller, paroisse
Saint-Germain, bornée d'un bout par la dite rue et d'autre bout par les remparts
de la ville. Cette maison, payée par l'évêque la somme de 7,860 livres, est
destinée à établir des Frères des Ecoles chrétiennes.
Ce n'est qu'un an plus tard, le 21 septembre 1776, devant
Daufresne, notaire à Lisieux, qu'a lieu un traité de convention pour
l'établissement de trois Frères "Saint-Yon" dans la ville épiscopale.
Ce traité est conclu entre Mgr de Condorcet et Frère Ennuce, ancien directeur
de la maison de Saint Omer et autres, de l'Institution des Ecoles chrétiennes,
au nom et comme fondé de la procuration générale et spéciale de Frère Florence,
supérieur général, et Frère Philippe de Jésus, secrétaire du dit Institut,
faisant pour l'absence de Frère Exupère, premier assistant, et de Frère
Anaclet, second assistant. - Voici les conditions et conventions arrêtées entre
les deux parties :
1° Il sera fourni par le seigneur évêque une maison
convenable et commode pour loger les trois frères et y tenir les écoles,
lesquelles écoles seront aussi par lui fournies de tous les meubles nécessaires
tant à l'usage des maîtres qu'à celui des écoliers ;
2° Pour l'entretien de la maison et des meubles, il sera
laissé et fourni par l'évêque, une rente annuelle de cent livres au moins.... ;
3° Pour la nourriture et entretien des trois Frères, il
leur sera payé annuellement la rente de 2.250 livres placées à cet effet, sur
le clergé de France, au denier 25, par l'évêque.... ;
4° Il sera donné en outre, par l'évêque une somme de 800
livres une fois payée, pour le premier voyage et l'ameublement de chacun des trois
Frères ;
5° Les meubles ne pouvant toujours durer, ceux que l'évêque
aura donnés aux Frères seront censés usés au bout de 30 ans, et qu'ainsi ceux
qui se trouveront dans la maison, après ce laps de temps, leur
appartiendront... ; - Et dans le cas où les Frères viendraient à quitter la
ville soit avant ou après les 30 années expirées, ou que cet établissement ne
pourrait avoir lieu dans la suite, par quelque révolution imprévue, l'évêque
veut que la maison qu'il fournira soit vendue et que le prix avec les capitaux
des rentes qu'il fournira également, l'une de 100 livres, et l'autre de 900
livres, aillent au bénéfice savoir, moitié, de la communauté des Filles de la Providence de cette ville, et l'autre moitié au profit de la maison du bon Pasteur de la même
ville ;
6° Les Frères ne seront tenus de recevoir des écoliers
avant l'âge de 7 ans accomplis, ni d'en admettre plus de 60 dans les classes
des écrivains, ni plus de 80 dans les autres ;
7° Ils feront entendre la messe à leurs écoliers, tous les
jours d'école ; les fêtes et dimanches, ils assisteront avec eux à la messe de
la paroisse, supposé qu'on leur assigne dans l'église une place à cet effet, et
les mêmes jours de dimanches et fêtes, ils leur feront le catéchisme
l'après-midi, puis les conduiront à vêpres, le tout suivant l'usage de leur
institution. - Ils feront les écoles selon la méthode universellement pratiquée
parmi eux, l'on ne pourra rien y changer, non plus qu'à leurs règles et à leur
régime, afin qu'ils puissent conserver l'uniformité qu'ils regardent comme un
des principaux soutiens de leur société ;
8° Ils ouvriront les écoles dès le 1er avril prochain,
parce que les rentes précitées coureront à leur profit dès le 1er janvier aussi
prochain.....
Ce traité est fait et passé à Lisieux, au château des
Loges, le samedi 21 septembre 1776.
Le 8 octobre suivant, le supérieur général de l'Institut approuve le contrat
ci-dessus.
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