|
SCÈNE 1
Émilie, Osman
ÉMILIE
(entrant seule)
C'est Osman qui me suit, ne lui cachons plus rien!
Pour arrêter son feu, découvrons-lui le mien!
OSMAN
(entrant, à Émilie)
Chercherez-vous toujours et l'ombre et le silence!
ÉMILIE
Je voudrais de mes maux cacher la violence.
OSMAN
Ciel! Qu'entends-je!
ÉMILIE
Apprenez mon destin rigoureux!
Dans le séjour témoin de ma naissance
J'épousais un amant digne de ma constance;
Sur un bord solitaire on commençait les jeux,
Lorsque des ravisseurs perfides
S'avancent le fer à la main.
La terreur un instant ferme mes yeux timides,
Ils ne s'ouvrent qu'aux cris d'un corsaire inhumain.
Bientôt les vents et le ciel même,
Complices de son crime, éloignent ses vaisseaux,
Et je me vois captive sur les eaux,
Près de ce que j'abhorre, et loin de ce que j'aime.
OSMAN
Qu'en peignant vos malheurs vous redoublez mes maux!
Dissipez vos ennuis sur cet heureux rivage.
ÉMILIE
J'y subis, sous vos lois, un second esclavage.
OSMAN
Me reprocherez-vous de gêner vos désirs?
L'unique loi qu'ici vous prescit ma tendresse,
C'est de permettre aux plaisirs
De vous y suivre sans cesse.
Répondez à mes voeux, couronnez mes soupirs!
ÉMILIE
Contre mes ravisseurs, ardent à me défendre,
Mon amant a risqué ses jours.
Lorsque, pour prix de son secours,
Peut-être un coup fatal l'a forcé de descendre
Dans l'affreuse nuit de tombeau,
Mon coeur ingrat d'un feu nouveau
Se laisserait surprendre?
OSMAN
Ah! Que me faites-vous entendre?
C'est trop m'accabler par vos pleurs,
Cessez d'entretenir d'inutiles douleurs!
Il faut que l'amour s'envole,
Dès qu'il voit partir l'espoir.
A l'ennui la constance immole
Le coeur qui s'en fait un devoir.
Je vous quitte, belle Émilie.
Songez que le noeud qui vous lie
Vous cause chaque jour des tourments superflus!
Vous aimez un objet que vous ne verrez plus.
|