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2ème tableau
Scène 1
La Bastille Saint-Denis
JEHAN MAILLARD
(aux soldats du poste)
Paris semble dormir
Ici, tout est tranquille.
Mais la trahison marche autour de nous sans bruit.
Interdisez à tous les portes de la ville.
Soldats, veillez-bien cette nuit.
(une ronde sort du poste)
EUSTACHE
(conduisant Josseran de Mâcon)
Par ici, monseigneur.
Pour le Roi de Navarre,
Au Prévôt de Paris vous parlerez ce soir;
J'ai su le préparer à vous bien recevoir
Il tente de lutter, mais la constance est rare:
Marcel doit succomber, et vous allez le voir.
(Josseran entre dans la maison
après avoir jeté une bourse à Eustache)
Eh! c'est parfait!
Et je sens que la somme
Est ronde
Maintenant, puisse venir notre homme!
Par l'enfer, s'il allait hésiter!...
Le voilà
Nous le tenons!
(avec ironie)
Bonsoir maître!
ÉTIENNE MARCEL
(brusquement)
Tais-toi!
EUSTACHE
Messire Josseran, l'envoyé du Navarrois, est là!
Vous avez peur!
Prévôt, faites ce qu'il va dire,
Et vous serez ce soir gouverneur de Paris;
Sinon, par le Dauphin demain vous serez pris,
Et pendu haut et court!
ÉTIENNE MARCEL
(avec mépris et durement)
Ah! va-t'en!
EUSTACHE
(avec affectation)
Bonsoir, maître
(seul)
Il me méprise, mais j'en ris!
L'estime, le mépris, et l'amour, et la haine,
Bagatelles!
(avec un grand salut vers la porte)
Bonsoir!
Le monde est mon domaine,
J'y moissonne partout!
(Il fait sauter la bourse
et l'engouffre dans l'une de ses poches.)
Fou, qui me donne tort:
Le parti du plus sage est celui du plus fort.
(Robert parait et se dirige vers la maison basse.)
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