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| Honoré de Balzac Aventures administratives d’une idée heureuse IntraText CT - Lecture du Texte |
Aventures administratives d’une idée heureuse
recueillies et publiées
par le futur auteur de l’histoire
de la succession du marquis de Carabas
dans le fief de Cocquatrix
- La France,
monsieur le marquis, est, dit-on, un des pays où les bonnes idées trouvent le
plus flatteur accueil. Elles y sont bien, de prime abord, un peu bafouées ;
mais la raillerie est une espèce d'épreuve que les indigènes ont imaginé de
leur faire subir. Y résistent-elles, le peuple ne tarde pas à s'en coiffer, à
les gruger, à les adopter, à les ouvrir, à s'en nourrir ; semblable à votre
singe Baboûn, qui ne manque jamais de houspiller ses noix avant de les
croquer...
- Ohé ! prends tes bottes, allons en France !
- Monseigneur. dit le chat, il serait prudent de nous fourrer le cou, afin que
le couteau dont ce peuple se sert pour éprouver les hommes glisse sur notre
chignon, et ne nous défasse pas trop, si l'on voulait nous raser...
- Qu'est-ce à dire ?
- Une bagatelle, monsieur le marquis. Les Français emploient 1e ridicule pour
douaner les bonnes idées qu'on leur apporte, et la guillotine pour plomber les
hommes qu'ils exportent. Le ridicule et la guillotine sont deux institutions
qui aident à gouverner et administrer le pays merveilleusement. Vous aurez
mainte occasion de vous en apercevoir.
- Tu es un chat aussi prudent que bien botté.
(Histoire
de la succession du marquis de Carabas dans le fief de Cocquatrix. Tome
XXIII, chap. MCCCIV. Editio princeps, Leyde, Elzevir, avec fig. 1499, texte
latin de von Felinus. Ouvr. rare.)