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| Christofle de Bordeaux Deux discours sur les faits miraculeux IntraText CT - Lecture du Texte |
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LE PREMIER DISCOURS
LE faict est, que six jeunes hommes, despartis de Lorraine, sur les frontieres d'Allemagne, auparavant que Luther eut semé son heresie et venus audit païs, s'estant resolus d'aller en pelerinage à S. Michel du Mont de la Mer, comme de fait il y en va encores plusieurs desdits païs par chacun an : le complot estant fait, et le jour du partement pris, il ne faut douter qu'avant que de partir, et qu'eux (comme estans enfans de bonne maison) ils ne meissent ordre à leur pouvoir de ce qui leur estoit necessaire par le chemin, specialement d'argent, de quoy ils ne manquerent : car, comme, dit est, il ne faut douter qu'ils ne fussent de qualité. Or les voilà partis sains, gaillards et dispos, et en bonne conche, comme on dit : ils traversent leur païs, la Champagne, la Brie, voyent Paris, qu'ils estiment un païs, eu esgard à celuy de leur habitation : sortis de Paris, ils commencent à entrer en Normandie, taschans tousjours à gagner chemins. Mais la fortune advint, que comme entre les viateurs ou voyageurs, il s'en trouve tousjours quelqu'un d'esclopé ou desbauché, soit de lassitude ou autrement : ainsi advint à ceste petite troupe, l'un desquels, et le plus jeune, se trouva tellement debilité, qu'il ne luy estoit plus possible d'aller avant, tant il se trouvoit malade. Ses compagnons estonnez, et ne sçachans que faire pour luy subvenir, voicy un homme incognu, monté sur un cheval d'assez bonne taille, qui s'accostant desdits Pelerins, et voyant cestuy qui estoit malade, leur dit : Messieurs, à ce que je voy, voilà un de vos gens qui est en mauvais estat pour cheminer, voulez-vous achepter mon cheval, il est fort bon, et si je vous en feray prix raisonnable, je n'en ai pas beaucoup affaire, voyez, il est sain et net : Vous ne pouvez faillir quand il vous aura servy vostre voyage, d'en retirer vostre argent. Les jeuues hommes voyans ce remede, et qu'aussi bien il en eut fallu prendre un de loüage, conviennent de prix avecques ledit homme, ne pensans que ledit cheval eut esté vollé et desrobé comme il estoit, et l'ayant payé ils montent leur pauvre compagnon dessus, qui se trouva quelque peu soulagé. Ils s'en vont resjouissans ensemble le long du chemin : le voleur ayant leur argent se retire de leur compagnie, et prend un autre chemin incogneu, craignant d'estre descouvert et attrapé. Or comme une fortune ne vient jamais seule, le malheur voulut, pour ces jeunes enfans, que passans à travers d'une petite ville avecques ledit cheval, et mesme devant la maison et hostellerie où ledit cheval avoit esté vollé et desrobé ; quelques uns des voisins ce voyans, et recognoissans ledit cheval, en advertissent soudain le maistre du logis, qui va apres, accompagné des Officiers de la Justice, qui ayant rencontré les Pelerins, s'attaquent premierement à celuy qui estoit monté sur ledit cheval, qui estoit le pauvre malade : ils sont appellez larrons, volleurs, et qu'ils ont desrobbé ce cheval à cest honneste homme, et qu'ils seront pendus : ils s'excusent, et disent qu'ils n'ont point desrobé ledict cheval, ains qu'ils l'ont achepté et payé. Leurs excuses ne sont point receuës, ils sont menez prisonniers et interrogez : ils desnient tousjours avoir desrobé ledict cheval, ains l'avoir achepté d'un passant, et l'avoir bien payé. Il est ordonné qu'ils auront la question, pour cela ils persistent à leur denegation : Or à faute de trouver leur garend, ils sont condamnez d'estre tous six pendus et estranglez, combien qu'ils fussent innocens du faict. Celuy qui estoit malade, dict lors en plorant : Messieurs, le cheval a esté achepté pour moy, que estoit malade, pour me soulager en chemin : quant à moy je prendray la mort en gré, moyennant que donniez congé à mes compagnons, qui n'y ont aucune coulpe non-plus que moy : je requiers misericorde pour eux, mettez-les en liberté, s'il vous plaist. La Justice ayant grande compassion de ces jeunes hommes, furent d'advis d'intheriner la requeste, ce qu'ils firent, et donnerent liberté aux cinq autres, qui prennent un douloureux congé de leur compagnon, qui les prie qu'à leur retour en leur pays, ils ne declarent point à ses parens la fortune à luy advenüe, ains qu'ils disent qu'ils l'ont laissé malade en quelque hospital, où ils croyent qu'il soit mort. Cecy ne peut avoir esté dict sans grande effusion de larmes, tant d'un costé que d'autre. Les cinq compagnons se retirent en un certain lieu, attendant la fin de leur pauvre compagnon, qui le jour de l'execution, est mené au supplice demy mort, tant de l'apprehension d'icelle, que de sa maladie, de laquelle il n'estoit encore bien guary. Estant parvenu au lieu de la justice, il est monté en l'eschelle, priant Dieu, et Monsieur Sainct Michel, remonstrant tousjours son innocence. Nostre Seigneur ayant pitié de luy, comme il a tousjours soing des pauvres innocens, et lors qu'il estoit sur le poinct de perdre la vie ; cependant que l'executeur preparoit son faict pour l'expedier, voicy un pigeon blanc, ou plustost un Ange, qui descend visiblement du Ciel, qui se met sur l'espaule droicte de l'enfant innocent ; et ne le peut-on faire sortir de là ; empeschant par puissance invisible l'execution. Ce que le peuple voyant, crioit incessamment, que l'enfant est innocent du mal dont il est accusé, et que l'on luy fait tort : Et voyant que le pigeon ou colombe n'abandonnoit point l'enfant, ils se veulent mutiner contre la justice, si on ne le descend. Il est descendu et ramené, ayant toujours le pigeon sur son espaule, jusque à ce qu'il soit delivré à pur et à plein. Le conseil est tenu, ou après avoir long temps debattu et veu l'assistance dudict pigeon, qui ne l'abandonnoit point ; en fin il fut conclud à son absolution, qui fut intherinée, et delivré à pur et à plein, et declaré innocent, luy et ses compagnons, qui sçachans cela le vindrent trouver bien joyeux, et remercians Dieu de la misericorde qu'il leur avoir faict, de les avoir preservez de la mort, et gardé leur innocence : ensemble Monsieur Sainct Michel, qui avoit eu soing d'eux, et avoit assisté leur pauvre compagnon, lors qu'il estoit sur le poinct de perdre la vie à tort et sans occasion, estant innocent ; comme de faict estoient sesdits compagnons. Leur absolution ne fut plustost publiée, que la coulombe ou pigeon se disparut. Les enfans s'estans r'assemblez, s'en vont achever leur voyage, bien joyeux d'avoir eschappé telle fortune. L'hoste eust son cheval pour tous ses frais et despens.
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ENSUIT LA CHANSON
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