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| Jules François Félix Husson Champfleury, alias Fleury Confessions de Sylvius: la bohème amoureuse IntraText CT - Lecture du Texte |
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V Où l'on voit que l'histoire de madame Putiphar n'est pas un conte.
Le lendemain, Sylvius alla chez
Théodore ; Clémence et Adèle s'y trouvaient. La promenade des Ormes entoure d'une ceinture la petite ville de L***, perchée sur la montagne comme un nid d'aigle sur un rocher. De jour, on y rencontre quelques bourgeois qui s'inquiètent beaucoup si le vent vient de Saint-Quentin ou de Reims ; mais, les soirs d'été, elle est beaucoup plus fréquentée. Des ombres doubles, marchant lentement, parlant bas ou ne parlant pas, errent vaguement, en s'attachant à ne pas rencontrer d'autres ombres. Ce soir-là, Sylvius était assis sur un banc de pierre, près de Clémence ; de cet endroit, qu'on appelle la Pointe, parce que la montagne forme là un angle et domine la vallée, on entend le bavardage des grenouilles, qui tiennent des conférences le long des marais avant de s'endormir. Sylvius s'inquiétait beaucoup plus de la campagne et des bruits vagues de la nature que de Clémence ; il lui parlait, mais sans essayer la moindre galanterie. Il eût préféré avaler des sabres ! - Clémence se montrait résignée à ces malencontreux discours, où elle ne trouvait pas le plus petit brin d'amour. Elle riait quand son amant disait quelque plaisanterie qu'elle ne comprenait pas. Ces promenades se continuèrent ainsi pendant trois semaines. - Il faut en finir..., dit un
jour Théodore à son ami ; tu viendras demain chez moi avec Clémence. Elle se
plaint à Adèle de ton peu de galanterie ; je n'ai jamais vu de garçon tel que
toi. Le jeudi, Sylvius alla attendre Clémence à la porte de l'atelier de couture, et tous deux se rendirent au lieu indiqué. Théodore avait très-bien fait les choses. Un petit souper était préparé. Au dehors, la pluie battait les vitres et le feu rayonnait dans l'âtre. Les deux amants se mirent à table avec les meilleures dispositions, - dans un fauteuil. En homme qui comprend les délicatesses de l'amour, Théodore n'avait servi qu'un verre, qu'un couvert et qu'un plat. Clémence, peu habitué à pareil festin, fut gourmande comme une chatte. Sylvius était aimable ! - Il ouvrit le deux battants des portes de son esprit. Pour la première fois, il osa tutoyer Clémence. Il était étonné de sa hardiesse, ne pensant plus aux bouteilles qui avaient le corps vide. - M'aimes-tu, Clémence ? dit-il, tout à coup. La conversation était montée à un
diapason convenable, il n'y avait qu'à continuer ; mais Sylvius fit comme les
gens qui grimpent à une échelle très-élevée : il leur reste à monter deux ou
trois échelons, ils seront arrivés au but. Tout à coup, le vertige les prend,
ils tombent. Sylvius secoua ses cheveux, se dégagea de l'unique fauteuil, prit
une chaise et se plongea la tête dans les mains. Clémence, tout habituée qu'elle
était aux façons originales de son amant, crut à un accès et lui tira
les cheveux pour lui faire lever la tête. Théodore, entendant parler, vint
à leur rencontre. Sylvius fit entendre un
grognement équivoque et emmena Clémence au plus vite. En se couchant, il se
donna douze coups de poing sur la poitrine. Le lendemain, il courut chez son
ami :
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