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Il y avait à la citadelle
de Montaignac, engagée au milieu des fortifications de la seconde enceinte, une
vieille construction qu’on appelait «la chapelle.»
Consacrée jadis au
culte, «la chapelle» restait sans destination. Elle était humide à ce point
qu’elle ne pouvait même servir de magasin au régiment d’artillerie; les affûts
des pièces y pourrissaient plus vite qu’en plein air. Une mousse noirâtre y
couvrait les murs jusqu’à hauteur d’homme.
C’est cet endroit que
le duc de Sairmeuse et le marquis de Courtomieu avaient choisi pour les séances
de la commission militaire.
Tout d’abord, en y
pénétrant, Maurice et l’abbé Midon sentirent comme un suaire de glace qui leur
tombait sur les épaules. Une anxiété indéfinissable paralysa un instant toutes
leurs facultés.
Mais la commission ne
siégeait pas encore, ils purent se remettre et regarder...
Les dispositions
prises pour transformer en tribunal cette salle lugubre attestaient la
précipitation des juges et la volonté d’en finir promptement et brutalement.
On devinait le mépris
absolu de toute forme et l’effrayante certitude du résultat.
Un vaste lit de camp,
arraché à quelque corps de garde et apporté pendant la nuit par des soldats de
corvée, figurait l’estrade. Il avait fallu le caller d’un côté pour faire
disparaître l’inclinaison.
Sur cette estrade
étaient placées trois tables grossières empruntées à la caserne, drapées de
couvertes à cheval en guise de tapis. Des chaises de bois blanc attendaient les
juges; mais au milieu étincelait le siège du président, un superbe fauteuil
sculpté et doré, envoyé par M. le duc de Sairmeuse.
Plusieurs bancs de
chêne disposés bout à bout, sur deux rangs, étaient destinés aux accusés.
Enfin, des cordes à
fourrage tendues d’un mur à l’autre et fixées par des crampons, divisaient en
deux la chapelle. C’était une précaution contre le public.
Précaution superflue,
hélas!...
L’abbé Midon et
Maurice s’étaient attendus à trouver une foule trop grande pour la salle, si
vaste qu’elle fût, et ils trouvaient presque la solitude.
C’est qu’ils avaient
compté sans la lâcheté humaine. La peur, infâme conseillère, retenait au fond
de leur logis les gens de Montaignac.
Il n’y avait pas
vingt personnes en tout dans la chapelle.
Contre le mur du
fond, dans l’ombre, une douzaine d’hommes se tenaient debout, pâles et roides,
les yeux brillant d’un feu sombre, les dents serrées par la colère... c’étaient
des officiers à la demi-solde. Trois autres hommes vêtus de noir causaient à
voix basse près de la porte. Dans un angle, des femmes de la campagne, leur
tablier relevé sur leur tête, pleuraient, et leurs sanglots rompaient seuls le
silence... Celles-là étaient les mères, les femmes ou les filles des accusés...
Neuf heures
sonnèrent. Un roulement de tambour fit trembler les vitres de l’unique
fenêtre... Une voix forte au dehors cria: «Présentez... armes!» La commission
militaire entra, suivie du marquis de Courtomieu et de divers fonctionnaires
civils.
Le duc de Sairmeuse
était en grand uniforme, un peu rouge peut-être, mais plus hautain encore que
de coutume. De tous les autres juges, un seul, un jeune lieutenant paraissait
ému.
—La séance est
ouverte!... prononça le duc de Sairmeuse, président.
Et d’une voix rude,
il ajouta:
—Qu’on introduise les
coupables.
Il n’avait même pas
cette pudeur vulgaire de dire: les accusés.
Ils parurent, et un à
un, jusqu’à trente, ils prirent place sur les bancs, au pied de l’estrade.
Chanlouineau portait
haut la tête et promenait de tous côtés des regards assurés. Le baron
d’Escorval était calme et grave, mais non plus que lorsqu’il était, jadis,
appelé à donner son avis dans les conseils de l’Empereur.
Tous deux aperçurent
Maurice, réduit à s’appuyer sur l’abbé pour ne pas tomber. Mais pendant que le
baron adressait à son fils un simple signe de tête, Chanlouineau faisait un
geste qui clairement signifiait:
—Ayez confiance en
moi... ne craignez rien.
L’attitude des autres
conjurés annonçait plutôt la surprise que la crainte. Peut-être n’avaient-ils
conscience ni de ce qu’ils avaient osé, ni du danger qui les menaçait...
Les accusés placés,
ce qui demanda un peu de temps, le capitaine rapporteur se leva.
Son réquisitoire,
d’une violence inouïe, ne dura pas cinq minutes. Il exposa brièvement les
faits, exalta les mérites du gouvernement de la Restauration et conclut à la
peine de mort contre les trente accusés.
Lorsqu’il eut cessé
de parler, le duc de Sairmeuse interpella le premier conjuré du premier banc:
—Levez-vous...
Il se leva.
—Votre nom? vos
prénoms? votre âge?...
—Chanlouineau
(Eugène-Michel), âgé de vingt-neuf ans, cultivateur-propriétaire.
—Propriétaire de
biens nationaux...
—Propriétaire de
biens qui, ayant été payés en bon argent, gagné à force de travail, sont à moi
légitimement.
Le duc de Sairmeuse
ne voulut pas relever le défi, car c’en était un, par le fait.
—Vous avez fait partie
de la rébellion? poursuivit-il.
—Oui.
—Vous avez raison
d’avouer, car on va introduire des témoins qui vous reconnaîtront.
Cinq grenadiers
entrèrent; qui étaient de ceux que Chanlouineau avait tenus en respect pendant
que Maurice, l’abbé Midon et Marie-Anne montaient en voiture.
Ces militaires
affirmèrent qu’ils remettaient très-bien l’accusé, et même, l’un d’eux entama
de lui un éloge intempestif, déclarant que c’était un solide gaillard, d’une
bravoure admirable.
L’oeil de
Chanlouineau, pendant cette déposition, dut révéler quelque chose de ses
angoisses. Les soldats parleraient-ils de cette circonstance de la voiture?
Non, ils n’en parlèrent pas.
—Il suffît!...
interrompit le président. Et se tournant vers Chanlouineau:
—Quels étaient vos
projets? interrogea-t-il.
—Nous espérions nous
débarrasser d’un gouvernement imposé par l’étranger, nous voulions nous
affranchir de l’insolence des nobles et garder nos terres...
—Assez!... Vous étiez
un des chefs de la révolte?
—Un des quatre chefs,
oui...
—Quels étaient les
autres?
Un sourire inaperçu
glissa sur les lèvres du robuste gars, il parut se recueillir et dit:
—Les autres étaient
M. Lacheneur, son fils Jean et le marquis de Sairmeuse.
M. le duc de
Sairmeuse bondit sur son fauteuil doré.
—Misérable!... s’écria-t-il,
coquin!... vil scélérat!... Il avait empoigné une lourde écritoire de plomb
placée devant lui, et on put croire qu’il allait la lancer à la tête de
l’accusé...
Chanlouineau
demeurait seul impassible au milieu de cette assemblée, extraordinairement émue
de son étrange déclaration.
—Vous m’interrogez,
reprit-il, je réponds. Faites-moi mettre un bâillon, si mes réponses vous
gênent... S’il y avait ici des témoins pour moi, comme il y en a contre, ils
vous diraient si je ments... Mais tous les accusés qui sont là peuvent vous
assurer que je dis la vérité... N’est-ce pas, vous autres?...
A l’exception du
baron d’Escorval, il n’était pas un accusé capable de comprendre la portée des
audacieuses allégations de Chanlouineau; tous cependant approuvèrent d’un signe
de tête.
—Le marquis de
Sairmeuse était si bien notre chef, poursuivit le hardi paysan, qu’il a été
blessé d’un coup de sabre en se battant bravement à mes côtés...
Le duc de Sairmeuse
était plus cramoisi qu’un homme frappé d’un coup de sang, et la fureur lui
enlevait presque l’usage de la parole.
—Tu ments, coquin,
bégayait-il, tu ments!
—Qu’on fasse venir le
marquis, dit tranquillement Chanlouineau, on verra bien s’il est ou non blessé.
Il est sûr que
l’attitude du duc eût donné à penser à un observateur. C’est qu’il doutait en
ce moment, plus encore que la veille en apercevant la blessure de Martial. On
l’avait cachée, il était impossible de l’avouer maintenant.
Heureusement pour M.
de Sairmeuse, un des juges le tira d’embarras.
—J’espère, monsieur
le président, dit-il, que vous ne donnerez pas satisfaction à cet arrogant
rebelle, la commission s’y opposerait...
Chanlouineau éclata
de rire.
—Naturellement,
fit-il... Demain j’aurai le cou coupé, une blessure est vite cicatrisée, rien
ne restera donc de la preuve que je dis. J’en ai une autre par bonheur,
matérielle, indestructible, hors de votre puissance, et qui parlera quand mon
corps sera à six pieds sous terre.
—Quelle est cette
preuve? demanda un autre juge, que le duc regarda de travers.
L’accusé hocha la
tête.
—Je ne vous la
donnerais pas, répondit-il, quand vous m’offririez ma vie en échange... Elle
est entre des mains sûres qui la feront valoir... On ira au roi, s’il le
faut... Nous voulons savoir le rôle du marquis de Sairmeuse en cette affaire...
s’il était vraiment des nôtres ou s’il n’était qu’un agent provocateur.
Un tribunal soucieux
des règles immuables de la justice, ou simplement préoccupé de son honneur, eût
exigé, en vertu de ses pouvoirs discrétionnaires, la comparution immédiate du
marquis de Sairmeuse.
Et alors, tout
s’éclaircissait, la vérité se dégageait des ténèbres, l’étonnante calomnie de
Chanlouineau se trouvait confondue.
Mais la commission
militaire ne devait point agir ainsi.
Ces hommes, qui
siégeaient en grand uniforme, n’étaient pas des juges chargés d’appliquer une
loi cruelle, mais enfin une loi!... C’étaient des instruments commis par les
vainqueurs pour frapper les vaincus au nom de ce code sauvage que deux mots
résument: vae victis!...
Le président, le
noble duc de Sairmeuse, n’eût consenti à aucun prix à mander Martial. Les
officiers, ses conseillers, ne le voulaient pas davantage.
Chanlouineau avait-il
prévu cela? ... On est autorisé à le supposer. Eût-il, sans une sorte
d’intuition des faits, risqué un coup si hasardeux!...
Quoi qu’il en soit,
le tribunal, après une courte délibération, décida qu’on ne prendrait pas en
considération cet incident qui avait remué l’auditoire et stupéfié Maurice et
l’abbé Midon.
L’interrogatoire se
poursuivit donc avec une âpreté nouvelle.
—Au lieu de désigner
des chefs imaginaires, reprit le duc de Sairmeuse, vous eussiez mieux fait de
nommer le véritable instigateur du mouvement, qui n’est pas Lacheneur, mais
bien un individu assis à l’autre extrémité de ce banc où vous êtes, le sieur
Escorval.
—M. le baron
d’Escorval ignorait absolument le complot, je le jure sur tout ce qu’il y a de
plus sacré, et même...
—Taisez-vous!...
interrompit le capitaine rapporteur, songez, plutôt que d’abuser la commission
par des fables ridicules, songez à mériter son indulgence!...
Chanlouineau eut un
geste et un regard empreints d’un tel dédain, que son interrupteur en fut
décontenancé.
—Je ne veux pas
d’indulgence, prononça-t-il... J’ai joué, j’ai perdu, voici ma tête...
payez-vous... Mais si vous n’êtes pas plus cruels que les bêtes féroces, vous
aurez pitié de ces malheureux qui m’entourent... J’en aperçois dix, pour le
moins, parmi eux, qui jamais n’ont été nos complices et qui certainement n’ont
pas pris les armes... Les autres ne savaient ce qu’ils faisaient... Non, ils ne
le savaient pas!...
Ayant dit, il se
rassit, indifférent et fier, sans paraître remarquer le frémissement qui, à sa
voix vibrante, avait couru dans l’auditoire, parmi les soldats de garde et
jusque sur l’estrade.
La douleur des pauvres
paysannes en était ravivée, et leurs sanglots et leurs gémissements
emplissaient la salle immense.
Les officiers à la
demi-solde étaient devenus plus sombres et plus pâles, et sur les joues ridées
de plusieurs d’entre eux, de grosses larmes roulaient.
—Celui-là,
pensaient-ils, est un homme!
L’abbé Midon s’était
penché vers Maurice.
—Evidemment,
murmurait-il, Chanlouineau joue un rôle... Il prétend sauver votre père...
Comment?... Je ne comprends pas.
Les juges, cependant,
s’étaient retournés à demi, et tous inclinés vers le président, ils
délibéraient à voix basse, avec animation.
C’est qu’une
difficulté se présentait.
Les accusés, pour la
plupart, ignorant leur mise en accusation immédiate, n’avaient pas pensé à se
pourvoir d’un défenseur.
Et cette circonstance,
amère dérision! effrayait et arrêtait ce tribunal inique, qui n’avait pas
craint de fouler aux pieds les plus saintes lois de l’équité, qui s’était
affranchi de toutes les entraves de la procédure.
Le parti de ces juges
était pris, leur verdict était comme rendu à l’avance, et cependant ils
voulaient qu’une voix s’élevât pour défendre ceux qui ne pouvaient plus être
défendus.
Mais par une sorte de
hasard, trois avocats choisis par la famille de plusieurs accusés se trouvaient
dans la salle.
C’était ces trois
hommes que Maurice en entrant avait remarqués, causant près de la porte de la
chapelle...
Cela fut dit à M. de
Sairmeuse; il se retourna vers eux en leur faisant signe d’approcher; puis,
leur montrant Chanlouineau:
—Voulez vous,
demanda-t-il, vous charger de la défense de ce coupable?
Les avocats furent un
instant sans répondre. Cette séance monstrueuse les impressionnait vivement, et
ils se consultaient du regard.
—Nous sommes tout
disposés à défendre le prévenu, répondit enfin le plus âgé, mais nous le voyons
pour la première fois, nous ignorons ses moyens de défense, un délai nous est
indispensable pour conférer avec lui...
—Le conseil ne peut
vous accorder aucun délai, interrompit M. de Sairmeuse, voulez-vous, oui on
non, accepter la défense?...
L’avocat hésitait,
non qu’il eût peur, c’était un vaillant homme, mais parce qu’il cherchait
quelque argument assez fort pour troubler la conscience de ces juges.
—Et si nous
refusions?... interrogea-t-il.
Le duc de Sairmeuse
laissa voir un mouvement d’impatience.
—Si vous refusez,
dit-il, je donnerai pour défenseur d’office à ce scélérat, le premier tambour
qui me tombera sous la main.
—Je parlerai donc,
dit l’avocat, mais non sans protester de toutes mes forces contre cette façon
inouïe de procéder...
—Oh!... faites-nous
grâce de vos homélies... et soyez bref.
Après
l’interrogatoire de Chanlouineau, improviser là, sur-le-champ, une plaidoirie,
était difficile. Pourtant le courageux défenseur puisa dans son indignation des
considérations qui eussent fait réfléchir un autre tribunal.
Pendant qu’il
parlait, le duc de Sairmeuse s’agitait sur son fauteuil doré, avec toutes les
marques de la plus impertinente impatience...
—C’est bien long,
prononça-t-il, dès que l’avocat eut fini, c’est terriblement long!... Nous n’en
finirons jamais, si chacun des accusés doit nous tenir autant!...
Il se retournait déjà
vers ses collègues pour recueillir leur opinion, quand se ravisant tout à coup
il proposa au conseil de réunir toutes les causes, à l’exception de celle du sieur
d’Escorval.
—Ainsi, objectait-il,
on abrégerait singulièrement «la besogne,» puisqu’on n’aurait que deux
jugements à prononcer... Ce qui n’empêchera pas la défense d’être individuelle,
ajouta-t-il.
Les avocats se
récrièrent. Un jugement «en bloc,» comme disait le duc, leur enlevait l’espoir
d’arracher au bourreau un seul des malheureux prévenus.
—Quelle défense
prononcerons-nous, disaient-ils, lorsque nous ne savons rien de la situation
particulière de chacun des accusés! Nous ignorons jusqu’à leurs noms!... Il
nous faudra les désigner par la forme de leurs vêtements et la couleur de leurs
cheveux...
Ils suppliaient le
tribunal de leur accorder huit jours de délai, quatre jours, vingt-quatre
heures!... Efforts inutiles! La proposition du président avait été adoptée, il
fut passé outre.
En conséquence,
chacun des prévenus fut appelé d’après le rang qu’il occupait sur le banc. Il
s’approchait du bureau, donnait son nom, ses prénoms, son âge, indiquait son
domicile et sa profession... et il recevait l’ordre de retourner à sa place.
A peine laissa-t-on à
six ou sept accusés le temps de dire qu’ils étaient absolument étrangers à la
conspiration, qu’on leur avait mis la main au collet le 5, en plein jour,
pendant qu’ils s’entretenaient paisiblement sur la grande route... Ils
demandaient à fournir la preuve matérielle de ce qu’ils avançaient... ils
invoquaient le témoignage des soldats qui les avaient arrêtés...
M. d’Escorval, dont
la cause se trouvait disjointe, ne fut pas appelé. Il devait être interrogé le
dernier.
—Maintenant la parole
est aux défenseurs, dit le duc de Sairmeuse, mais abrégeons, abrégeons!... Il
est déjà midi.
Alors commença une
scène inouïe, honteuse, révoltante. A chaque moment, le duc interrompait les
avocats, leur ordonnait de se taire, les interpellait ou les raillait...
—C’est chose
incroyable, disait-il, de voir défendre de pareils scélérats...
Ou encore:
—Allez, vous devriez
rougir de vous constituer les défenseurs de ces misérables!
Les avocats tinrent
ferme, encore qu’ils sentissent l’inanité de leurs efforts. Mais que
pouvaient-ils?... La défense de ces vingt-neuf accusés ne dura pas une heure et
demie...
Enfin la dernière
parole fut prononcée, le duc de Sairmeuse respira bruyamment, et d’un ton qui
trahissait la joie la plus cruelle:
—Accusé Escorval,
levez-vous.
Interpellé, le baron
se leva, digne, impassible...
Des sensations qui
l’agitaient, et elles devaient être terribles, rien ne paraissait sur son noble
visage.
Il avait réprimé
jusqu’au sourire de dédain que faisait monter à ses lèvres la misérable
affectation du duc à ne lui point donner le titre qui lui appartenait.
Mais en même temps
que lui, Chanlouineau s’était dressé, vibrant d’indignation, rouge comme si la
colère eût charrié à sa face tout le sang généreux de ses veines.
—Restez assis!...
commanda le duc, ou je vous fais expulser...
Lui déclara qu’il
voulait parler: il avait quelque chose à dire, des observations à ajouter à la
plaidoirie des avocats...
Alors, sur un signe,
deux grenadiers approchèrent, qui appuyèrent leurs mains sur les épaules du
robuste paysan. Il se laissa retomber sur son banc, comme s’il eût cédé à une
force supérieure, lui qui eût étouffé aisément ces deux soldats, rien qu’en les
serrant entre ses bras de fer.
On l’eût dit furieux;
intérieurement il était ravi. Le but qu’il se proposait, il l’avait atteint.
Ses yeux avaient rencontré les yeux de l’abbé Midon, et dans un rapide regard,
inaperçu de tous, il avait pu lui dire:
—Quoi qu’il advienne,
veillez sur Maurice, contenez-le... qu’il ne compromette pas, par quelque
éclat, le dessein que je poursuis!...
La recommandation
n’était pas inutile.
La figure de Maurice
était bouleversée comme son âme; il étouffait, il n’y voyait plus, il sentait
s’égarer sa raison.
—Où donc est le
sang-froid que vous m’avez promis!... murmura le prêtre.
Cela ne fut pas
remarqué. L’attention, dans cette grande salle lugubre, était intense,
palpitante... Si profond était le silence qu’on entendait le pas monotone des
sentinelles de faction autour de la chapelle.
Chacun sentait
instinctivement que le moment décisif était venu, pour lequel le tribunal avait
ménagé et réservé tous ses efforts.
Condamner de pauvres
paysans dont nul ne prendrait souci... la belle affaire!... Mais frapper un
homme illustre, qui avait été le conseiller et l’ami fidèle de l’Empereur...
Quelle gloire et quel espoir pour des ambitions ardentes, altérées de
récompenses.
L’instinct de
l’auditoire avait raison. S’ils jugeaient sans enquête préalable des conjurés
obscurs, les commissaires avaient poursuivi contre M. d’Escorval une
information relativement complète.
Grâce à l’activité du
marquis de Courtomieu, on avait réuni sept chefs d’accusation, dont le moins
grave entraînait la peine de mort.
—Lequel de vous,
demanda M. de Sairmeuse aux avocats, consentira à détendre ce grand
coupable?...
—Moi!... répondirent
ensemble ces trois hommes.
—Prenez garde, fit le
duc avec un mauvais sourire, la tâche est... lourde.
Lourde!... Il eût
mieux fait de dire dangereuse. Il eût pu dire que le défenseur risquait sa carrière,
à coup sûr... le repos de sa vie et sa liberté, vraisemblablement... sa tête,
peut-être...
Mais il le donnait à
entendre, et tout le monde le savait.
—Notre profession a
ses exigences, dit noblement le plus âgé des avocats.
Et tous trois,
courageusement, ils allèrent prendre place près du baron d’Escorval, vengeant
ainsi l’honneur de leur robe, qui venait d’être misérablement compromis dans
une ville de cent mille âmes, où deux pures et innocentes victimes de réactions
furieuses, n’avaient pu, ô honte! trouver un défenseur.
—Accusé, reprit M. de
Sairmeuse, dites-nous votre nom, vos prénoms, votre profession?
—Louis-Guillaume,
baron d’Escorval, commandeur de l’ordre de la Légion d’honneur, ancien
conseiller d’État du gouvernement de l’empereur.
—Ainsi, vous avouez
de honteux services, vous confessez...
—Pardon, monsieur!...
Je me fais gloire d’avoir servi mon pays et de lui avoir été utile dans la
mesure de mes forces...
D’un geste furibond
le duc l’interrompit:
—C’est bien!...
fit-il, messieurs les commissaires apprécieront... C’est sans doute pour
reconquérir ce poste de conseiller d’État que vous avez conspiré contre un
prince magnanime avec ce vil ramassis de misérables!...
—Ces paysans ne sont
pas des misérables, monsieur, mais bien des hommes égarés. Ensuite, vous savez,
oui, vous savez aussi bien que moi que je n’ai pas conspiré.
—On vous a arrêté les
armes à la main dans les rangs des rebelles!...
—Je n’avais pas
d’armes, monsieur, vous ne l’ignorez pas... et si j’étais parmi les révoltés,
c’est que j’espérais les décider à abandonner une entreprise insensée!...
—Vous mentez!...
Le baron d’Escorval
pâlit sous l’insulte et ne répondit pas.
Mais il y eut un
homme dans l’auditoire, qui ne put supporter l’horrible, l’abominable
injustice, qui fut emporté hors de soi... Et celui-là, ce fut l’abbé Midon,
qui, l’instant d’avant, recommandait le calme à Maurice.
Il quitta brusquement
sa place, se courba pour passer sous les cordes à fourrage qui barraient
l’enceinte réservée, et s’avança au pied de l’estrade.
—M. le baron
d’Escorval dit vrai, prononça-t-il d’une voix éclatante, les trois cents
prisonniers de la citadelle l’attesteront, les accusés en feront serment la
tête sur le billot... Et moi qui l’accompagnais, qui marchais à ses côtés, moi
prêtre, je jure devant Dieu qui vous jugera l’un et l’autre, monsieur de
Sairmeuse, je jure que tout ce qu’il était humainement possible de faire pour
arrêter le mouvement, nous l’avons fait!...
Le duc écoutait d’un
air à la fois ironique et méchant.
—On ne me trompait
donc pas, dit-il, quand on m’affirmait que la rébellion avait un aumônier!...
Allez, monsieur le curé, vous devriez rentrer sous terre de honte. Vous, un
prêtre, mêlé à ces coquins, à ces ennemis de notre bon roi et de notre sainte
religion!... Et ne niez pas... Vos traits contractés, vos yeux rougis, le
désordre de vos vêtements souillés de poussière et de boue, tout trahit votre
conduite coupable!... Faut-il donc que ce soit moi, un soldat, qui vous
rappelle à la pudeur, au respect de votre caractère sacré!... Taisez-vous,
monsieur, éloignez-vous!...
Les avocats se
levèrent vivement.
—Nous demandons,
s’écrièrent-ils, que ce témoin soit entendu, il doit l’être... Les commissions
militaires ne sont pas au-dessus des lois qui régissent les tribunaux ordinaires.
—Si je ne dis pas la
vérité, reprit l’abbé Midon, avec une animation extraordinaire, je suis donc un
faux témoin, pis encore, un complice... Votre devoir en ce cas est de me faire
arrêter...
La physionomie du duc
de Sairmeuse exprimait une hypocrite compassion.
—Non, monsieur le
curé, dit-il; non, je ne vous ferai pas arrêter... Je saurai éviter le scandale
que vous recherchez... Nous aurons pour l’habit les égards que l’homme ne
mérite pas... Une dernière fois, retirez-vous, sinon je me verrai contraint
d’employer la force!...
A quoi eût abouti une
résistance plus longue?... A rien. L’abbé, plus blanc que le plâtre des murs,
désespéré, les yeux pleins de larmes, regagna sa place près de Maurice.
Les avocats, pendant
ce temps, protestaient avec une énergie croissante... Mais le duc, à grand
renfort de coups de poing sur la table, finit par les réduire au silence.
—Ah! vous voulez des
dépositions! s’écria-t-il. Eh bien! vous en aurez. Soldats, introduisez le
premier témoin.
Un mouvement se fit
parmi les grenadiers de garde, et presque aussitôt parut Chupin, qui s’avança
d’un air délibéré.
Mais sa contenance
mentait; un observateur l’eût vu à ses yeux, dont l’inquiète mobilité
trahissait ses terreurs.
Même, il eut dans la
voix un tremblement très-appréciable, quand, la main levée, il jura sur son âme
et conscience de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
—Que savez-vous de
l’accusé Escorval? demanda le duc.
—Il faisait partie du
complot qui a éclaté dans la nuit du 4 au 5.
—En êtes-vous bien sûr?
—J’ai des preuves.
—Soumettez-les à
l’appréciation de la commission.
Le vieux maraudeur se
rassurait.
—D’abord,
répondit-il, c’est chez M. d’Escorval que M. Lacheneur a couru après qu’il a eu
restitué, bien malgré lui, à M. le duc, le château des ancêtres de M. le duc...
M. Lacheneur y a rencontré Chanlouineau, et de ce jour-là date le plan de la
conjuration.
—J’étais l’ami de
Lacheneur, il était naturel qu’il vînt me demander des consolations après un
grand malheur.
M. de Sairmeuse se
retourna vers ses collègues.
—Vous entendez!
fit-il. Le sieur Escorval appelle un grand malheur la restitution d’un
dépôt!... Continuez, témoin.
—En second lieu,
reprit Chupin, l’accusé était toujours fourré chez M. Lacheneur...
—C’est faux,
interrompit le baron, je n’y suis allé qu’une fois, et encore, ce jour-là,
l’ai-je conjuré de renoncer...
Il s’arrêta,
comprenant trop tard la terrible portée de ce qu’il disait. Mais ayant
commencé, il ne voulut pas reculer, et il ajouta:
—Je l’ai conjuré de
renoncer à ses projets de soulèvement.
—Ah!... vous les
connaissiez donc, ces projets impies?
—Je les
soupçonnais...
La non révélation
d’un complot, c’était l’échafaud... Le baron d’Escorval venait, pour ainsi
dire, de signer son arrêt de mort.
Étrange caprice de la
destinée!... Il était innocent, et cependant, en l’état de la procédure, il
était le seul de tous les accusés qu’un tribunal régulier eût pu condamner
légalement, un texte sous les yeux.
Maurice et l’abbé
Midon étaient atterrés de cet abandon de soi, mais Chanlouineau, qui s’était
retourné vers eux, avait encore aux lèvres son sourire de confiance.
Qu’espérait-il donc,
alors que tout espoir paraissait absolument perdu?...
Mais la commission,
elle, triomphait sans vergogne, et M. de Sairmeuse laissait éclater une joie
indécente.
—Eh bien!
Messieurs!... dit-il aux avocats d’un ton goguenard.
Les défenseurs
dissimulaient mal leur découragement, mais ils n’en essayaient pas moins de
contester la valeur de la déclaration de leur client. Il avait dit qu’il
soupçonnait le complot, et non qu’il le connaissait... Ce n’était pas la même
chose...
—Dites tout de suite
que vous voulez des charges plus accablantes encore, interrompit le duc de
Sairmeuse. Soit!... On va vous en produire. Continuez votre déposition,
témoin...
Le vieux maraudeur
hocha la tête d’un air capable.
—L’accusé, reprit-il,
assistait à tous les conciliabules qui se tenaient chez Lacheneur, et la preuve
en est plus claire que le jour... Ayant à traverser l’Oiselle pour se rendre à
la Rèche, et craignant que le passeur ne remarquât ses voyages nocturnes, le
baron a fait, juste à cette époque, raccommoder un vieux canot dont il ne se
servait pas depuis des années...
—En effet!... voilà
une circonstance frappante! Accusé Escorval, reconnaissez-vous avoir fait
réparer votre bateau?...
—Oui!... mais non
avec le dessein que dit cet homme.
—Dans quel but
alors?...
Le baron garda le
silence. N’était-ce pas sur les instances de Maurice que le canot avait été
remis en état!
—Enfin, continua
Chupin, quand Lacheneur a mis le feu à sa maison pour donner le signal du
soulèvement, l’accusé était près de lui...
—Pour le coup,
s’écria le duc, voilà qui est concluant...
—J’étais à la Rèche,
en effet, interrompit le baron, mais c’était, je vous l’ai déjà dit, avec la
ferme volonté d’empêcher le mouvement.
M. de Sairmeuse eut
un petit ricanement dédaigneux.
—Messieurs les
commissaires, prononça-t-il avec emphase, peuvent voir que l’accusé n’a même
pas le courage de sa scélératesse... Mais je vais le confondre. Qu’avez-vous
fait, accusé, quand les insurgés ont quitté la lande de la Rèche?
—Je suis rentré chez
moi en toute hâte, j’ai pris un cheval et je me suis rendu au carrefour de la
Croix-d’Arcy.
—Vous saviez donc que
c’était l’endroit désigné pour le rendez-vous général?
—Lacheneur venait de
me l’apprendre.
—Si j’admettais votre
version, je vous dirais que votre devoir était d’accourir à Montaignac prévenir
l’autorité... Mais vous n’avez pas agi comme vous dites... Vous n’avez pas
quitté Lacheneur, vous l’avez accompagné.
—Non, monsieur, non!...
—Et si je vous le
prouvais d’une façon indiscutable?...
—Impossible,
monsieur, puisque cela n’est pas.
A la sinistre
satisfaction qui éclairait le visage de M. de Sairmeuse, l’abbé Midon comprit
que ce juge inique devait avoir entre les mains une arme inattendue et
terrible, et que le baron d’Escorval allait être écrasé sous quelqu’une de ces
coïncidences fatales qui expliquent sans les justifier toutes les erreurs
judiciaires...
Sur un signe du
commissaire rapporteur, le marquis de Courtomieu avait quitté sa place et
s’était avancé jusqu’à l’estrade.
—Je vous prie,
monsieur le marquis, lui dit le duc, de vouloir bien donner à la commission
lecture de la déposition écrite et signée de Mlle votre fille.
Cet effet d’audience
devait avoir été préparé. M. de Courtomieu chaussa ses lunettes, tira de sa
poche un papier qu’il déplia, et au milieu d’un silence de mort, il lut:
«Moi, Blanche de
Courtomieu, soussignée, après avoir juré sur mon âme et conscience de dire la
vérité, je déclare:
«Dans la soirée du 4
février dernier, entre dix et onze heures, suivant en voiture la route qui
conduit de Sairmeuse à Montaignac, j’ai été assaillie par une horde de brigands
armés. Pendant qu’ils délibéraient pour savoir s’ils devaient s’emparer de ma
personne et piller ma voiture, j’ai entendu l’un d’eux s’écrier en parlant de
moi: «Il faut qu’elle descende, n’est-ce pas M. d’Escorval?» Je crois que le
brigand qui a prononcé ces paroles est un homme du pays nommé Chanlouineau,
mais je n’oserais l’affirmer.»
Un cri terrible, suivi
de gémissements inarticulés, interrompit le marquis.
Le supplice enduré
par Maurice était trop grand pour ses forces et pour sa raison. Il venait de
s’élancer vers le tribunal pour crier: «C’est à moi que s’adressait
Chanlouineau, seul je suis coupable, mon père est innocent!...»
L’abbé Midon, par
bonheur, eut la présence d’esprit de se jeter devant lui et d’appliquer sa main
sur sa bouche...
Mais le prêtre n’eût
pu contenir ce malheureux jeune homme sans les officiers à demi-solde placés
près de lui.
Devinant tout
peut-être, ils entourèrent Maurice, l’enlevèrent et le portèrent dehors, bien
qu’il se débattit avec une énergie extraordinaire.
Tout cela ne prit pas
dix secondes.
—Qu’est-ce? fit le
duc, en promenant sur l’auditoire un regard irrité.
Personne ne souffla
mot.
—Au moindre bruit je
fais évacuer la salle, ajouta M. de Sairmeuse. Et vous, accusé, qu’avez-vous à
dire pour votre justification, après l’accablant témoignage de Mlle de
Courtomieu?
—Rien! murmura le
baron.
—Ainsi, vous
avouez?...
Une fois dehors,
l’abbé Midon avait confié Maurice à trois officiers à demi-solde qui s’étaient
engagés, sur l’honneur, à le conduire, à le porter au besoin à l’hôtel, et à
l’y retenir de gré ou de force.
Rassuré de ce côté,
le prêtre rentra dans la salle juste à temps pour voir le baron se rasseoir
sans répondre, indiquant ainsi qu’il renonçait à disputer plus longtemps sa
tête.
Que dire, en
effet!... se défendre, n’était-ce pas risquer de trahir son fils, le livrer
quand déjà lui-même, quoi qu’il advint, ne pouvait plus être sauvé...
Jusqu’alors, il
n’était personne dans l’auditoire qui ne crût à l’innocence absolue du baron.
Etait-il donc coupable?... Sa résignation devait le faire croire; quelques-uns
le crurent.
Mais les membres de
la commission, qui avaient aperçu le mouvement de Maurice, ne pouvaient pas ne
pas soupçonner la vérité. Ils se turent cependant.
Toutes les affaires
de ce genre ont des côtés sombres et mystérieux que n’éclairent jamais les
débats publics.
Si les accusés se
tiennent bien, les accusateurs semblent redouter d’aller jusqu’au fond des
choses, ne sachant ce qu’ils y trouveront.
Conseillé par le
marquis de Courtomieu, inquiet du rôle de son fils, le duc de Sairmeuse devait
tenir à circonscrire l’accusation. Il n’avait pas fait arrêter l’abbé Midon, il
était bien résolu à ne pas inquiéter Maurice tant qu’il n’y serait pas
contraint.
Le baron d’Escorval
semblait se reconnaître coupable; n’était-ce pas une assez belle victoire pour
le duc de Sairmeuse!...
Il se retourna vers
les avocats, et d’un air dédaigneux et ennuyé:
—Maintenant, leur
dit-il, parlez, puisqu’il le faut absolument, mais pas de phrases!... Nous
devrions avoir fini depuis une heure.
Le plus âgé des
avocats se leva, frémissant d’indignation, prêt à tout braver pour dire sa pensée;
mais le baron l’arrêta.
—N’essayez pas de me
défendre, monsieur, prononça-t-il froidement... ce serait inutile!... Je n’ai
qu’un mot à dire à mes juges: qu’ils se souviennent de ce qu’écrivait au roi le
noble et généreux maréchal Moncey: l’échafaud ne fait pas d’amis!
Ce souvenir n’était
pas de nature à émouvoir beaucoup la commission. Le maréchal, pour cette
phrase, avait été «destitué» et condamné à trois mois de prison...
Cependant, les
avocats ne prenant pas la parole, le duc de Sairmeuse résuma les débats et la
commission se retira pour délibérer.
M. d’Escorval restait
pour ainsi dire avec ses défenseurs. Il leur serra affectueusement la main, et
en termes qui attestaient la liberté de son esprit, il les remercia de leur
dévouement et de leur courage.
Ces hommes de coeur
pleuraient...
Alors, le baron
attira vers lui le plus âgé, et rapidement, tout bas, d’une voix émue:
—J’ai, monsieur, lui
dit-il, un dernier service à vous demander... Tout à l’heure, quand la sentence
de mort aura été prononcée, rendez-vous près de mon fils... Vous lui direz que
son père mourant lui ordonne de vivre... il vous comprendra. Dites-lui bien que
c’est ma dernière volonté: Qu’il vive... pour sa mère!...
Il se tut, la
commission rentrait...
Des trente accusés,
neuf, déclarés non coupables, étaient relâchés...
Les vingt-et-un
autres, et M. d’Escorval et Chanlouineau étaient de ce nombre, étaient
condamnés à mort!...
Chanlouineau souriait
toujours!...
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