III
- Entrez !
On venait de frapper discrètement un coup à la porte de la chambre et Jacques
était partagé entre la mélancolie du souvenir et les chatouillements de
l’espérance, situation toujours dangereuse à la vertu. Ce fut Apolline qui
entra. Jacques eut un éblouissement et conçut les plus audacieux projets. Mais
Apolline ne paraissait nullement disposée à la plaisanterie. Un doigt sur la
bouche, dans la pose des confidences mystérieuses :
- Monsieur, lui dit-elle, ma maîtresse, qui est seule à la maison, s’est
trouvée subitement indisposée. Sachant qu’il y avait un médecin fameux parmi
les hôtes français que nous avons l’honneur d’héberger, elle m’a prié de le
venir chercher. Serait-ce, par hasard, vous ?
- Mais certainement ! fit Jacques qui ne manquait pas de toupet.
Et il suivit Apolline, en prenant les airs d’importance qui conviennent à la
profession qu’il venait subitement d’embrasser. Son guide l’introduisit dans
une chambre somptueuse et, sous la lumière très amortie d’une lampe à
l’abat-jour baissé, le conduisit vers une chaise longue sur laquelle une femme,
tout emmitouflée dans les dentelles de son peignoir, était étendue. Il ne
fallut pas grand temps à Jacques pour s’apercevoir que cette nonchalante personne
était, tout simplement, admirablement belle et pour s’applaudir de l’audace
qu’il avait montrée. Après avoir relevé, d’un geste paresseux de ses mains
blanches, la lourde chevelure noire qui lui cachait le front et lui tombait
jusque sur les yeux :
- J’ai un singulier service à vous demander, docteur, fit-elle d’une voix lente
et harmonieuse comme un soupir de flûte. Je voudrais éclaircir un point qu’il
me serait désagréable de soumettre au médecin de mon mari. Je puis compter,
n’est-ce pas, avec vous, sur la discrétion professionnelle ?
- Qui l’aurait, si ce n’est moi ? soupira Jacques d’un air convaincu.
- Eh bien, docteur, continua en rougissant l’adorable cliente, je voudrais
savoir si je ne suis pas destinée à devenir mère dans un avenir prochain.
- C’est ce que nous allons voir avec plaisir, répondit Jacques
imperturbablement et avec un redoublement de gravité.
Je ne sais comment il s’y prit, mais, trois minutes après, le faux médecin
recevait un soufflet, et la charmante madame Van den Bourik lui criait en le
chassant :
- Misérable ! Je le lui dirai !
- J’aurais mieux fait de m’adresser tout bêtement à la bonne, pensa Jacques qui
avait un grand fond de philosophie.
Un instant après, Apolline venait lui faire une confidence pareille à celle de
sa maîtresse et lui demander la même consultation. Mais les choses finissaient
moins tragiquement.
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