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Georges Dubosc
Les "Caudebecs" de Caudebec

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Contrariée, puis ruinée par l’invasion anglaise, l’industrie générale de Caudebec se mit tout à coup à refleurir, surtout à la fin du XVIe siècle. La tannerie, très anciennement établie à Caudebec, puisque les statuts des tanneurs datent du XIIe siècle, avait survécu, mais la chapellerie de feutre fut, à Caudebec, une industrie nouvelle, qui devint rapidement florissante. Il y eut, en effet, un revirement à la mode très curieux à noter dans la vieille Normandie, fort attachée à ses coutumes. On n’y fabriquait, pour les hommes, que le bonnet de coton traditionnel et les femmes avaient transformé le hennin de jadis en ces hautes coiffes cauchoises, ornées de dentelles et de barbe, qui font encore notre admiration. A ces modes, se substitua, tout d’abord en pays normand, puis dans le pays entier, le chapeau de feutre, fabriqué à Caudebec, surtout par les maîtres et les ouvriers protestants. Bientôt, tous les Huguenots coiffèrent le feutre noir de Caudebec, orné d’une plume verte, et par l’intermédiaire de la petite ville cauchoise, toute la France porta ensuite le chapeau de Caudebec. Louis XIV lui-même, sur sa majestueuse perruque, arborait un feutre rond et noir, orné d’une longue plume blanche.

C’est l’apogée de l’industrie caudebécaise, de son commerce et de sa réputation partout répandue. Thomas Corneille, dans son Dictionnaire de géographie, après avoir donné une description de la petite ville, écrite « sur les lieux », n’a eu garde d’oublier les chapeaux de Caudebec, « fort estimez, dit-il, en 1704, parce qu’ils résistent à la pluie ». Ce sont les qualités qu’on leur reconnaissait aussi en Angleterre et en France, où on les utilisa aussi pour les troupes, comme « chapeaux de pluie ». Le Dictionnaire de Trévoux leur donne même une dénomination latine : Pileus calidobeccensis. Il vint alors un temps où les Caudebecs étaient si connus dans toute l’Europe que le nom de la ville se confondit, par une synonymie amusante, avec le nom de l’objet. Boileau lui-même, le législateur du Parnasse, écrira dans sa fameuse Epitre à Lamoignon :

Pradon a mis au jour un livre contre vous,
Et chez le chapelier du coin de notre place,
Autour d’un caudebec j’en ai lu la préface.

avec cette note écrite de sa main : « Caudebec, sorte de chapeaux de laine, qui se font en Normandie ». A ces vers, se rattache, du reste, une anecdote amusante peu connue. Boileau avait d’abord écrit :

A l’entour d’un castor, j’en ai lu la préface.

Pradon, qui était Rouennais, soit dit en passant, le reprit : « A l’entour ne se dit pas, écrit-il dans ses Nouvelles remarques sur les ouvrages du sieur D. (1685, in-8°) : on dit bien les lieux d’alentour, mais non pas à l’entour d’un castor ».

Avec son bon sens ordinaire, Boileau fit son profit de la remarque qui était juste. Il changea l’hémistiche incorrect en celui qui est resté. Sa préface entoura désormais un chapeau assez grossier, comme le « Caudebec », au lieu d’un castor, chapeau de grand luxe. Et Pradon n’y gagna point. Mme de Sévigné a aussi cité les « Caudebec» dans une lettre à sa fille, Mme de Grignan, en 1675. Elle note les fadaises qu’écrivaient à Versailles, les valets de chambre, qui étaient à la guerre avec Créquy, du côté de Trèves. « L’un, dit-elle, fait un inventaire de ce qu’il a perdu : son étui, sa tasse, son buffle, son « Caudebec ». Voilà bien certes des preuves de la popularité des chapeaux cauchois. Le Confiteor de l’Infidèle voyageur cite aussi Caudebec, comme réputée « pour ses bons chapeaux et ses beaux esprits ! »

Comment se fabriquaient les Caudebecs ? Savary, dans son Dictionnaire du Commerce, dit qu’on « y employait de la laine d’aignelin, du ploc, du duvet d’autruche ou du poil de chameau ». Passe pour le poil de chameau, résistant et luisant, mais quoi qu’on ait dit, on n’a jamais employé dans les Caudebecs du duvet d’autruche. L’abbé Noler, dans son Art du Chapelier, est formel là-dessus et il explique qu’on a confondu le duvet d’autruche avec les résidus de laines d’Autriche. La confection d’un chapeau – qui était considérée comme le chef-doeuvre dans les statuts de 1578 des Chapeliers de Parisexigeait bien des opérations. Vous plairait-il qu’on les énumère rapidement ?

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