Avant de couper et raser les poils sur les peaux de lapin,
d’agneau, de lièvre, il fallait d’abord passer les poils au secret !
c’était un des arcanes, des mystères de la chapellerie. Les poils, n’ayant
guère de propriété feutrante, on la leur donnait en les soumettant à une
infusion de guimauve et de grande consoude, puis, par un procédé mystérieux, un
secret importé d’Angleterre par les ouvriers chapeliers, qui n’était
autre que le secretage au nitrate de mercure, on leur donnait encore
cette propriété. Il suffisait de frotter les peaux avec des brosses de
sanglier, enduites de la dissolution mercurielle. Après cette préparation, des
femmes coupaient le poil avec des couteaux très rasants. On commençait alors l’arçonnage,
opération extrêmement bizarre qui se faisait avec l’arçon, une
sorte d’énorme archet de plusieurs mètres de long, suspendu par une corde au
plafond. L’arçonneur promenait cet archet au-dessus des poils étendus
sur une claie. Il faisait alors vibrer la corde métallique de l’arçon, tenu
au-dessus des poils coupés et, par la vibration, les poils se mélangeaient. Ne
jouait pas de l’arçon qui voulait. C’était une opération qui demandait du tour
de main et de la dextérité.
Avec ce premier mélange, on formait une sorte de tissu grossier, qu’on appelait
les capades ; on les roulait, les malaxait ; on les pétrissait à la
main. Quand les capades étaient ainsi marchées, on les
feutrait en les faisant passer sur des plaques de cuivre, tour à tour chauffées
et humectées d’eau. Avec quatre capades réunies, on commençait à former…
la manière d’un chapeau. Il passait ensuite à la foule, dans de l’eau
chauffée dans des chaudières, avec de la lie de vin. Alors, on dressait
définitivement le chapeau sur une forme en bois, avec un instrument en bois, le
choque, on dressait les bords. Tous les chapeaux passaient ensuite à
l’étuve, pour être séchés. Restaient encore : la teinture ; le lavage ; un
apprêt à la colle ; un passage à la pierre ponce ou à la peau de chien marin,
façon d’Angleterre, qui les lustrait, puis la mise en tournure qui cambrait les
bords, enfin la garniture avec le bourdaloue et une coiffe en tabis.
Parfois, on lustrait, au coup de fer, comme faisaient alors les chapeliers
parisiens. En tout, il y avait à Caudebec, pendant un moment 80 arçons
ou ateliers, installés sur les bords de l’Ambion ou de la rivière de
Sainte-Gertrude, car la profession exigeait des lavages assez sérieux dans de
l’eau très claire.
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