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Georges Dubosc
Les "Caudebecs" de Caudebec

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Avant de couper et raser les poils sur les peaux de lapin, d’agneau, de lièvre, il fallait d’abord passer les poils au secret ! c’était un des arcanes, des mystères de la chapellerie. Les poils, n’ayant guère de propriété feutrante, on la leur donnait en les soumettant à une infusion de guimauve et de grande consoude, puis, par un procédé mystérieux, un secret importé d’Angleterre par les ouvriers chapeliers, qui n’était autre que le secretage au nitrate de mercure, on leur donnait encore cette propriété. Il suffisait de frotter les peaux avec des brosses de sanglier, enduites de la dissolution mercurielle. Après cette préparation, des femmes coupaient le poil avec des couteaux très rasants. On commençait alors l’arçonnage, opération extrêmement bizarre qui se faisait avec l’arçon, une sorte d’énorme archet de plusieurs mètres de long, suspendu par une corde au plafond. L’arçonneur promenait cet archet au-dessus des poils étendus sur une claie. Il faisait alors vibrer la corde métallique de l’arçon, tenu au-dessus des poils coupés et, par la vibration, les poils se mélangeaient. Ne jouait pas de l’arçon qui voulait. C’était une opération qui demandait du tour de main et de la dextérité.

Avec ce premier mélange, on formait une sorte de tissu grossier, qu’on appelait les capades ; on les roulait, les malaxait ; on les pétrissait à la main. Quand les capades étaient ainsi marchées,  on les feutrait en les faisant passer sur des plaques de cuivre, tour à tour chauffées et humectées d’eau. Avec quatre capades réunies, on commençait à former… la manière d’un chapeau. Il passait ensuite à la foule, dans de l’eau chauffée dans des chaudières, avec de la lie de vin. Alors, on dressait définitivement le chapeau sur une forme en bois, avec un instrument en bois, le choque, on dressait les bords. Tous les chapeaux passaient ensuite à l’étuve, pour être séchés. Restaient encore : la teinture ; le lavage ; un apprêt à la colle ; un passage à la pierre ponce ou à la peau de chien marin, façon d’Angleterre, qui les lustrait, puis la mise en tournure qui cambrait les bords, enfin la garniture avec le bourdaloue et une coiffe en tabis. Parfois, on lustrait, au coup de fer, comme faisaient alors les chapeliers parisiens. En tout, il y avait à Caudebec, pendant un moment 80 arçons ou ateliers, installés sur les bords de l’Ambion ou de la rivière de Sainte-Gertrude, car la profession exigeait des lavages assez sérieux dans de l’eau très claire.

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