Index | Mots: Alphabétique - Fréquence - Inversions - Longueur - Statistiques | Aide | Bibliothèque IntraText
Georges Dubosc
Les "Caudebecs" de Caudebec

IntraText CT - Lecture du Texte

  • 4
Précédent - Suivant

Cliquer ici pour désactiver les liens aux concordances

Sans tomber dans certaines exagérations, il est bien certain que cette fabrication, aussi bien à Caudebec, qu’à la Rochelle, que dans le Dauphiné et dans la Provence, était entre les mains des Protestants. A Rouen même où elle fut très prospère, l’industrie chapelière appartenait à des huguenots bien connus : les Véreul, dans le quartier Martainville, à l’enseigne du Linot, du Castor et du Mouton blanc ; les Guillaume Mallet, qui, lors de la Révocation de l’Edit de Nantes, s’en fut avec ses compagnons, Pierre Varin, Louis Thiolet, Jacques Dulory, Jean Combe, s’installer à Rotterdam, à Amsterdam, puis à Berlin. A Revel, s’était déjà installé un protestant du Midi, Drouilhac, qui avait obtenu la fourniture des armées de Pologne et de Russie, mais la plupart des ouvriers émigrés se rendirent dans le BrandebourgFrédéric Guillaume leur fit un accueil aussi bienveillant qu’intéressé.

Dès la fin du XVIIe siècle, la concurrence de Lyon, du Dauphiné et de la Provence, dans l’industrie du feutre semble avoir commencé à se faire sentir à Caudebec. La Révocation de l’Edit de Nantes, comme nous l’avons dit, détermina bien un exode auquel il faut attribuer la disparition rapide de l’industrie chapelière, aussi bien à Caudebec qu’à Rouen, qui fabriquait aussi beaucoup de chapeaux, mais elle ne fut pas seule la cause de sa décadence. Tout d’abord, elle commença par se restreindre et par végéter, mais cinq ans après la Révolution, il y avait encore deux cents lignes consacrées aux chapeliers sur les rôles des tailles de 1690, dit une pièce des Archives départementales (C. 2156). Malheureusement, dans certaines études, on a imprimé ligues, au lieu de lignes, ce qui rend le texte incompréhensible. Mais, en 1691-1692, cinq cents ouvriers se trouvaient sans ouvrage et ces bandes de chômeurs parcouraient les campagnes en commettant des déprédations. M. de Bernières de Bautot, procureur général au Parlement, s’en ouvre du reste au contrôleur général, dans une lettre écrite, le 16 octobre 1692, et qui fut publiée par M. de Boislisle dans sa Correspondance des Intendants généraux. « La cessation du commerce des chapeaux a réduit 500 habitants de Caudebec à la mendicité et cette circonstance, jointe à la disette, obligera à renouveler les cotisations pour les pauvres, comme on fit l’hiver passé ». Les ouvriers chapeliers vaguaient, de jour et de nuit, dans la campagne, où ils se livraient parfois à des violences. Bon nombre de Réformés avaient fait filer, avant eux, leurs femmes ou leurs enfants à l’étranger, puis envoyaient plomber leur matériel d’industrie à Paris, où la douane ne regardait pas de très près. Ensuite, avec de faux passeports, ils trouvaient des permis d’embarquer pour l’Angleterre ou pour la Hollande, d’où les réformés pouvaient se rendre en Allemagne et surtout dans le Brandebourg.

Le Mémoire de 1696 rapporte, en termes quelque peu voilés, cette pénible situation.

On envoyait, autrefois, dit-il, de ces pays-ci, un grand nombre de chapeaux en Hollande, dans tout le Nord, même en Angleterre, malgré la défense qu’il y avait d’en laisser entrer, mais depuis dix ou quinze ans, il est passé plusieurs chapeliers dans les pays étrangers, où ils ont établi cette manufacture, en sorte que tous les chapeaux qui se font à Caudebec ou à Rouen ou ailleurs, ne se consomment actuellement que dans le royaume.

En 1701, il y avait encore de la chapellerie à Caudebec, puisque le droit de visite et de marque – qui avait été si attaqué lorsqu’on le créa, en avril 1690produisit encore 3.200 livres. En 1720, la Communauté des Chapeliers de Caudebec était encore composée de quinze maîtres, dont trois travaillant pour leur compte, les autres travaillant comme artisans, comme foulonniers dans les ateliers qui avaient survécu. Quatre cents personnes, à cette date, étaient encore employées à Caudebec, ce qui représentait environ le quart des habitants. Les Chapeliers caudebécais achetaient alors leurs laines venues de Ségovie en Espagne, à Rouen même ; mais ils n’employaient alors généralement que des laines françaises de Bourgogne, de Champagne et surtout de Sologne, venues souvent exemptes de droits. Pour maintenir leur fabrication, les chapeliers de Caudebec voulurent étendre leur commerce avec l’étranger. Ainsi, ils tentèrent de faire des chapeaux de vigogne pour leur clientèle espagnole, mais, sur ce domaine, ils se heurtèrent à l’opposition des Chapeliers de Paris. du reste, ils ne surent jamais fabriquer ces chapeaux de vigogne.

*
**





Précédent - Suivant

Index | Mots: Alphabétique - Fréquence - Inversions - Longueur - Statistiques | Aide | Bibliothèque IntraText

Best viewed with any browser at 800x600 or 768x1024 on Tablet PC
IntraText® (V89) - Some rights reserved by EuloTech SRL - 1996-2007. Content in this page is licensed under a Creative Commons License