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Georges Dubosc
Les anciens Baleiniers Normands

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Jamais les Anglais ne laissent rien traîner dans le monde sans mettre la main dessus. « Cette malle n’est à personne, disait Bilboquet. Elle doit être à nous. » Ainsi ont-il confisqué rapidement les colonies de leurs bons amis d’Allemagne. Ainsi viennent-ils encore de faire, en annexant d’un trait de plume, un immense domaine de terres et de mers, comprenant plusieurs millions de kilomètres carrés au pôle antarctique. Le plus curieux dans cette annexion, c’est qu’elle n’a pas fait le moindre bruit. Personne même ne semble s’en être aperçu. Déjà, cependant, en 1908 et même en pleine guerre, en 1917, le gouvernement anglais, avait rattaché à son immense empire, un quart de ces terres : la Géorgie du Sud, découverte dès 1671 ; le groupe des îles Sandwich, découvert dès 1762 ; les deux îles des Orcades du SudCoronation et Laurie, découvertes en 1819, tout un ensemble au sud du cap Horn, situé dans la mer de Weddel, sans compter la Terre de Graham, l’île Adelaïde et les Shetlands du sud, découvertes en 1819 par le baleinier Biscoë.

Actuellement, le 23 juillet 1922, le roi George V  a de nouveau proclamé sa souveraineté sur un autre secteur du pôle sud, entre Terre d’Edouard VII et la Terre Victoria et qui comprend l’île Balleny, l’île Scott qui rappelle l’expédition du capitaine Scott en 1912, toute la mer et l’île Ross. Pour s’annexer ces possessions, le gouvernement anglais se base sur les explorations anglaises faites dans ces régions, depuis les voyages de Cook en 1775, Ross, Enderby, John Biscoë, Narres, Scott. D’autres navigateurs ont aussi exploré le pôle sud et les terres antarctiques, le baleinier russe Bellingshausen, les français Bouvet, Dumont d’Urville, en 1840 ; Charcot, en 1910 ; l’américain Wilkes en 1821 ; le belge Adrien de Gerlache, en 1905, et surtout le norvégien Amundsen qui découvrit le pôle sud, le 14 décembre 1912. Mais les Anglais n’en tiennent guère compte !

Certes, ces possessions ne forment qu’un immense bloc glacial et on s’est peut-être un peu amusé de ce domaine soi-disant improductif, que bordent d’immenses banquises. Seul, dans un de ses contes, Villiers de l’Isle Adam, avait pu rêver de l’exploitation des mers polaires. Qu’on se détrompe cependant, écrit Charles Rabot, dans « l’Illustration », où il relève l’annexion anglaise.

La portion de l’Antarctique, au sud du cap Horn, est devenue le siège des plus actives pêcheries de baleines existant actuellement. Autour de la Géorgie du Sud et des Shetlands australes, 7.000 environ de ces énormes mammifères marins sont capturés chaque année et, dans la mer bordant la terre Victoria, ils n’ont pas été poursuivis et sont tout aussi nombreux. Il y a là une précieuse réserve pour l’avenir. La chasse à la baleine est fort lucrative. Dans le secteur Géorgie du Sud, pendant la saison 1921-1922, son rendement n’a pas été inférieur à 17 millions de dollars, soit environ 320 millions de francs. C’est une considération appelant l’attention, mais ce n’est pas la seule. Servant à préparer la glycérine, l’huile des grands mammifères marins est, par suite, employée dans la fabrication des explosifs. C’est une matière première dont il est prudent de s’assurer la libre disposition….

De plus, en mettant la main sur ces contrées glaciales, sur ces royaumes du froid, l’Angleterre acquiert le droit de réglementer ces pêches à son profit et on peut penser que John Bull, derrière son comptoir, n’y manquera point.

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