Jamais les Anglais ne laissent rien traîner dans le monde
sans mettre la main dessus. « Cette malle n’est à personne, disait Bilboquet.
Elle doit être à nous. » Ainsi ont-il confisqué rapidement les colonies de
leurs bons amis d’Allemagne. Ainsi viennent-ils encore de faire, en annexant
d’un trait de plume, un immense domaine de terres et de mers, comprenant
plusieurs millions de kilomètres carrés au pôle antarctique. Le plus curieux
dans cette annexion, c’est qu’elle n’a pas fait le moindre bruit. Personne même
ne semble s’en être aperçu. Déjà, cependant, en 1908 et même en pleine guerre,
en 1917, le gouvernement anglais, avait rattaché à son immense empire, un quart
de ces terres : la Géorgie du Sud, découverte dès 1671 ; le groupe des îles
Sandwich, découvert dès 1762 ; les deux îles des Orcades du Sud, Coronation
et Laurie, découvertes en 1819, tout un ensemble au sud du cap
Horn, situé dans la mer de Weddel, sans compter la Terre de Graham, l’île
Adelaïde et les Shetlands du sud, découvertes en 1819 par le baleinier Biscoë.
Actuellement, le 23 juillet 1922, le roi George V a de nouveau proclamé
sa souveraineté sur un autre secteur du pôle sud, entre Terre d’Edouard VII et
la Terre Victoria et qui comprend l’île Balleny, l’île Scott qui rappelle l’expédition
du capitaine Scott en 1912, toute la mer et l’île Ross. Pour s’annexer ces
possessions, le gouvernement anglais se base sur les explorations anglaises
faites dans ces régions, depuis les voyages de Cook en 1775, Ross, Enderby,
John Biscoë, Narres, Scott. D’autres navigateurs ont aussi exploré le pôle sud
et les terres antarctiques, le baleinier russe Bellingshausen, les français
Bouvet, Dumont d’Urville, en 1840 ; Charcot, en 1910 ; l’américain Wilkes en
1821 ; le belge Adrien de Gerlache, en 1905, et surtout le norvégien Amundsen
qui découvrit le pôle sud, le 14 décembre 1912. Mais les Anglais n’en tiennent
guère compte !
Certes, ces possessions ne forment qu’un immense bloc glacial et on s’est
peut-être un peu amusé de ce domaine soi-disant improductif, que bordent
d’immenses banquises. Seul, dans un de ses contes, Villiers de l’Isle Adam,
avait pu rêver de l’exploitation des mers polaires. Qu’on se détrompe
cependant, écrit Charles Rabot, dans « l’Illustration », où il relève
l’annexion anglaise.
La portion de l’Antarctique, au sud du cap Horn, est devenue le siège des plus
actives pêcheries de baleines existant actuellement. Autour de la Géorgie du
Sud et des Shetlands australes, 7.000 environ de ces énormes mammifères marins
sont capturés chaque année et, dans la mer bordant la terre Victoria, ils n’ont
pas été poursuivis et sont tout aussi nombreux. Il y a là une précieuse réserve
pour l’avenir. La chasse à la baleine est fort lucrative. Dans le secteur
Géorgie du Sud, pendant la saison 1921-1922, son rendement n’a pas été
inférieur à 17 millions de dollars, soit environ 320 millions de francs. C’est
une considération appelant l’attention, mais ce n’est pas la seule. Servant à
préparer la glycérine, l’huile des grands mammifères marins est, par suite,
employée dans la fabrication des explosifs. C’est une matière première dont il
est prudent de s’assurer la libre disposition….
De plus, en mettant la main sur ces contrées glaciales, sur ces royaumes du
froid, l’Angleterre acquiert le droit de réglementer ces pêches à son profit et
on peut penser que John Bull, derrière son comptoir, n’y manquera point.
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