Eh bien, il fut un temps, où chaque année, le pavillon français
était représenté dans ces parages du Cap Horn et des mers baignant le pôle
antarctique. Sait-on qu’en effet, tout cet immense domaine des terres
australes, toutes ces mers où de notre temps s’est réfugiée la pêche à la
baleine, firent pendant une cinquantaine d’années la prospérité du port du
Havre ? C’est pour le Sud antarctique que, de 1817 environ jusqu’en 1868,
armèrent tous les baleiniers havrais qui étaient nombreux, et quelques navires
de Dieppe, de Nantes et de Dunkerque.
Tout d’abord, la baleine était chez nous et sur nos côtes mêmes. La baleine,
qui s’égare encore dans le golfe de Gascogne, y était très commune au IXe et au
Xe siècles. Elle était alors traquée et harponnée par les Basques et les villes
de la Côte d’Argent, Biarritz, Guéthary portent encore sur leurs sceaux
municipaux, des représentations de la pêche à la baleine. A mesure qu’elle fut
traquée, la baleine remonta vers la Manche, où on la pêche pendant tout le
moyen-âge, puis émigra vers les mers boréales de Norvège, d’Islande, du
Spitzberg, du Groënland et de Terre-Neuve. A cette époque, la direction des
pêches passe aux baleiniers hollandais, anglais, danois, hambourgeois, puis
russes et américains. Vers le milieu du XVIIIe sicèle, il se fait dans
l’armement français un arrêt presque complet et des essais partiels échouent
misérablement. A la veille de la Révolution cependant, en 1785, le Dunkerquois
Coffyn amène en France des baleiniers quakers de Nantuckett, une petite ville
du Massachusetts, entre Boston et New-York, où toute la population se livre
exclusivement à la pêche. Avec l’assentiment de Calonne, deux de ces étranges
quakers américains, William et Benjamin Roth, s’installent à Dunkerque,
principalement dans l’île Jeauty. En 1790, en chantier ou sur la mer, ils ont
quarante navires baleiniers battant pavillon français. D’autres maisons
d’armement de Dunkerque, les Debuèque, veuve Dominique Morel les imitent, et
tous les ans, les prises et les gains augmentent. Malheureusement, la rupture
du traité de paix avec l’Angleterre, et toutes les guerres de l’Empire
paralysent cet essor qui avait été encouragé par deux dispositions de
l’Assemblée nationale, le 9 juillet 1791 et le 27 mai 1792. Ce dernier décret
accordait, en effet, aux armateurs de tous les ports de France se livrant à la
pêche de la baleine, une prime de 50 fr. par tonneau. Depuis lors, rien. De
1793 à 1817, il ne s’arme plus en France un seul navire baleinier…
*
* *
|