Mais voilà tout à coup les Havrais, qui furent peut-être les
plus hardis, les plus entreprenants de tous les baleiniers ! Frappé des
avantages qu’offrait le gouvernement français aux armateurs, en prodiguant les
faveurs, les exemptions, en surélevant constamment les primes offertes à
l’armement pour la baleine, un armateur américain, M. O. Winslow vient se fixer
au Havre, et y met sur chantier un navire destiné à la pêche à la baleine,
le Massachusets, qui appareille le 2 avril 1817. Les débuts de cet
entreprenant yankee, furent encourageants. En dix ans et pour son compte seul,
Winslow arma huit navires baleiniers, lesquels firent cinquante-quatre voyages
et capturèrent trois cent vingt-six baleines par voyage. Ces résultats
inclinèrent alors d’autres armateurs du Havre à mettre en chantier ou à
distraire de leur flotte des navires destinés à la grande pêche. Pendant très
longtemps, Le Havre fut le port maritime principal des baleiniers français,
avec ses soixante navires qui chaque année partaient de ses bassins, pendant la
période de 1826 à 1830. De ces soixante navires, trente-cinq restaient
seulement en 1836, montés par 1165 hommes. Peu à peu ce chiffre décrut dans les
années qui suivirent. Il était de vingt et un en 1841, de treize en 1847, de
cinq en 1857 et de trois en 1862. A cette époque, un jeune négociant havrais,
M. Emile Bossière « confiant dans le courage de quelques baleiniers qui
appelaient à grands cris et réclamaient un nouvel armement, acheta l’ancien
navire baleinier Gustave et l’envoya faire campagne dans le
Pacifique ». Cet essai valut un intéressant récit du principal acteur de
l’expédition. Il n’eut pas d’autres suites. La cause de cette décadence de la
pêche à la baleine au Havre, après la période florissante de 1820 à 1837,
n’avait pas été dans l’affaiblissement des encouragements officiels. La
Restauration, au contraire, avait mis tout en oeuvre pour la soutenir, prouve
M. Alfred Brunet dans son étude sur Les Causes de l’Abandon de la Pêche
de la Baleine au Havre, parue dans le Bulletin de la Société
Havraise d’Etudes diverses, en 1889. L’ordonnance du 8 février 1816 avait
maintenu la prime de 50 francs et accordé une seconde prime égale à la première
à tout navire ayant doublé le Cap Horn et franchi le détroit de Magellan pour
pêcher dans le Pacifique, pendant 16 mois au minimum. L’ordonnance du 14
février 1819 donnait une prime de 60 francs au navire construit et équipé en
France, composé de marins français et armé d’instruments français ; d’autres
arrêtés et ordonnances de 1829, 1832, 1836,1840 étaient encore conçus dans le
même esprit. Tout cet ensemble de lois prouvait la sollicitude du gouvernement,
qui ne ménagea aucun sacrifice pour créer des officiers et des marins aguerris
à ce dur et périlleux métier, fournissant des équipages de premier ordre à la
marine de guerre, en vires… Sur la décadence de la pêche à la baleine, on peut,
du reste, se référer à divers opuscules havrais : Faits et observations
sur l’état actuel de la pêche de la baleine en France, par Jér. Winslow, en
1831 ; la Réponse du capitaine au long-cours baleinier Lefebvre, en
1832 ; La pratique de la pêche de la baleine dans les mers du Sud,
par J. Lecomte, en 1833, et le Rapport fait à la Chambre de commerce du
Havre, fait aussi en 1831, par M. Humbert fils.
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