SCÈNE III.
TOUS LES COMÉDIENS.
Changement : Le jardin avec le buste de Molière.
LE MONSIEUR.
J'applaudis, bien que j'eusse, il
est vrai, souhaité
Voir un peu plus de pompe et de solennité.
Le Scapin et la
Soubrette remontent en tournant le dos à cet
académicien, et Destin s'avance une couronne à la
main.
DESTIN.
O notre père aimé ! nous voici
tous. Accueille
Avec ton bon sourire épanoui ces fils
De ton coeur, frissonnant pour l'ombre de la feuille
Du vert laurier, derniers descendants de Thespis !
Molière, c'est ton nom divin qui nous rallie !
Quand nous avons rêvé d'assurer les vieux jours
De ceux-là qui s'en vont, pour l'amour de Thalie,
Colporter ses chansons par villes et par bourgs ;
Quand nous avons voulu réunir en famille
Tous les comédiens épars, nous avons pris
Ton nom, comme celui qui par-dessus tous brille,
O Maître vénéré, des plus humbles compris !
Toi qui mourus pour nous, près de nous, ô Molière !
Nous ne te ferons pas de banal compliment :
Nous voulons, d'une voix émue et familière,
Te dire : Prends nos coeurs offerts spontanément.
Et nous serons heureux, pauvre groupe éphémère
Dont rien ne restera quand nous nous en irons,
Si nous sentons, changeant en miel l'absinthe amère,
Ta bénédiction descendre sur nos fronts.
Couronnement
du buste.
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