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Quand sur
le boulevard je vais flâner un brin,
Combien de fois j'entends, sans mourir de chagrin,
Deux messieurs décorés, qui semblent fort capables,
Causer, en se faisant des sourires aimables.
PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ
DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ
PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ
PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ
Oui. -
Chez moi les lilas ont un peu de retard ;
Le fond de l'air est sec et les nuits sont très fraîches.
DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ
Voici la lune rousse. Aurez-vous bien des pêches ?
PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ
Tout le monde est malade. - Avez-vous vu le drame
Ce n'est pas assez fait au courant de la plume.
DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ
Machin
s'applique trop. C'est bon dans un volume,
On y remarque moins le travail et l'effort ;
Mais au théâtre il faut écrire comme on cause.
PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ
Moi je reprends Feuillet. En voilà, de la prose !
Quand à tous les faiseurs de
livres d'aujourd'hui
Je m'en prive. - Je n'ai plus l'âge où l'on peut lire
Beaucoup ; et mon journal suffit à mon ennui.
DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ
Par lequel on avoue un vice comme il faut. -
DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ
DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ
Et vous
vous occupez toujours de politique ?
PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ
Beaucoup, c'est même là ma consolation !
DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ
Oh !
consacrer sa vie à la Chose publique,
Certes, c'est une grande et noble ambition.
Nous avons maintenant une fière phalange
DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ
Mais quel
malheur que Thiers et Changarnier soient morts !
DEUXIÈME MONSIEUR DÉCORÉ
Et l'on viendra se plaindre après que tout est cher,
Et qu'on fraude, et qu'on trompe, et qu'on vole, et qu'on pille !
On sape la morale, on détruit la famille.
PREMIER MONSIEUR DÉCORÉ
Je n'y
manquerai pas. Mes respects, s'il vous plaît,
Et des
prêtres savants disent qu'ils ont une âme !
Et que s'il est un signe où l'on voit sûrement
Qu'un Dieu fit naître l'homme au-dessus de la bête,
C'est qu'il mit la pensée auguste dans sa tête,
Et que ce noble esprit progresse incessamment !
Mais voilà si longtemps que ce vieux monde existe,
Et la sottise humaine obstinément persiste !
Entre l'homme et le veau si mon coeur hésitait,
Ma raison saurait bien le choix qu'il faudrait faire !
Car je ne comprends pas, ô cuistres, qu'on préfère
La bêtise qui parle à celle qui se tait !
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