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Lentement
le flot arrive
Sur
la rive
Qu'il berce et flatte toujours.
C'est un triste chant d'automne
Monotone
Qui pleure après les beaux jours.
Sur la côte solitaire
Est
une aire
Jetée au-dessus des eaux ;
Un étroit passage y mène,
Vrai
domaine
Des mauves et des corbeaux.
C'est une grotte perdue,
Suspendue
Entre le ciel et les mers,
Une demeure ignorée
Séparée
Du reste de l'univers.
Jadis plus d'une gentille
Jeune
fille
Y vint voir son amoureux ;
On dit que cette retraite
Si
discrète
A caché bien des heureux.
On dit que le clair de lune
Vit
plus d'une
Jouvencelle au coeur léger
Prendre le sentier rapide,
Intrépide
Insouciante au danger.
Mais comme un aigle tournoie
Sur
sa proie,
Les guettait l'ange déchu,
Lui qui toujours laisse un crime
Où
s'imprime
L'ongle de son pied fourchu.
Un soir près de la colline
Qui
domine
Ce roc au front élancé,
Une fillette ingénue
Est
venue
Attendant son fiancé.
Or celui qui perdit Eve,
Sur
la grève
La suivit d'un pied joyeux ;
"Hymen, dit-il, vous invite,
"Venez
vite,
"La belle fille aux doux yeux,
"Là-bas sur un lit de roses
"Tout
écloses
"Vous attend le jeune Amour ;
"Pour accomplir ses mystères
"Solitaires
"Il a choisi cette tour."
Elle était folle et légère,
L'étrangère,
Hélas, et n'entendit pas
Pleurer son ange fidèle,
Et
près d'elle
Satan qui riait tout bas.
Car elle suivit son guide
Si
perfide
Et par le sentier glissant.
Bat
la rive
Mais lui, félon, de la cime,
Dans
l'abîme
Il la jeta, - Dieu Puissant !
Son ombre pâle est restée
Tourmentée,
Veillant sur l'étroit chemin.
Sitôt que de cette roche
On
approche
Elle étend sa blanche main.
Depuis qu'en ces lieux, maudite
Elle
habite,
Aucun autre n'est tombé.
C'est ainsi qu'elle se venge
De
l'archange
Auquel elle a succombé.
Allez la voir, Demoiselles,
Jouvencelles
Que mon récit attrista,
Car pour vous la renommée
L'a
nommée
Cette grotte d'Étretat !
A son pied le flot arrive
Bat
la rive
Qu'il berce et flatte toujours.
C'est un triste chant d'automne
Monotone
Qui pleure après les beaux jours.
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