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| Guy de Maupassant Une réponse IntraText CT - Lecture du Texte |
Plusieurs journaux ont apprécié, à
des points différents, l'article
que je publiais
avant-hier au sujet des révélations de Maxime Du Camp sur Gustave Flaubert. La chronique de M. Léon Chapron, dont l'opinion
me parait toujours intéressante, car son talent me séduit
beaucoup, contient plusieurs
points auxquels il
me paraît nécessaire de répondre quelques mots.
M.
Chapron me loue de vouloir laver le caractère de
Flaubert des accusations d'orgueil, de vanité colère et
de bizarrerie, accusations qui ne
peuvent subsister une seconde pour quiconque a connu le romancier.
Mais M. Chapron me reproche vivement de vouloir forcer tout le monde à plier le genou
devant mon
idole. Je n'ai point cette excessive
prétention, et je conviens très volontiers avec le chroniqueur de L'Événement
que chacun est libre d'admirer qui il veut, et comme il le veut. J'ai
l'incontestable droit de nier tout talent à Victor Hugo, s'il me plaît. Je me
hâte d'ajouter que je suis loin de penser ainsi.
Je
n'aurais certes pas répondu
à l'article signé Perdican, s'il avait contenu
les appréciations personnelles
de cet écrivain
relatives seulement au talent de Gustave
Flaubert.
Ici d'autres explications me semblent
indispensables. Grâce à
une phrase qu'on répète à tout moment :
« Passez-moi la casse,
et je vous passerai le séné », M. Chapron a conclu - j'ignore pourquoi - que j'avais indubitablement
découvert M. Jules Claretie
derrière le pseudonyme de Perdican.
Si j'avais été
persuadé que j'avais devant moi M. Claretie, j'aurais assurément répondu en termes plus modérés, n'ayant jamais eu que
d'excellents rapports avec cet écrivain. Mais je ne
puis admettre que M. Claretie, critique consciencieux, ait écrit sous un pseudonyme
la phrase qui m'a révolté, alors que, dans
son volume, La Vie à Paris, je trouve ceci,
sous son nom : « Nous
ne pouvons aujourd'hui résumer, en quelques lignes qui seraient trop rapides la physionomie littéraire de ce fin et grand lettré Gustave Flaubert, qui, mêlant les
procédés pittoresques de Théophile Gautier à l'analyse de Balzac, fut le maître du roman contemporain et détermina le grand mouvement qui entraîne la littérature d'imagination vers la vérité ...............
« D'autres qui ont vécu dans l'intimité
de sa vie, diront l'existence quotidienne de ce maître laborieux,
soucieux de la dignité littéraire, ennemi du charlatanisme, détestant les réclames du reportage, ne voulant livrer au public que ses livres,
- son œuvre et non sa personne. Ceux-là raconteront les délicatesses, les
tendresses de cœur de l'ami, du fils, cachant, sous une
affectation d'indifférence et
de dégoût les sentiments les plus exquis.
« Pour
nous, qui l'avons peu connu, mais
admiré autant que personne, nous voulons rendre
un suprême hommage à ce maître
écrivain qui laisse des
chefs-d'œuvre... »
Ces lignes suffiraient
pour m'enlever toute hésitation, quand même je n'aurais
pas le souvenir toujours vivant des paroles que m'a dites
M. Claretie derrière le cercueil
de Flaubert, paroles émues, venues du cœur, qui ont contribué
pour beaucoup à la sympathie
que j'ai gardée depuis pour l'auteur de Monsieur le Ministre.