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Guy de Maupassant
Musotte

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SCÈNE XI

 

LES MÊMES, M. DE PETITPRÉ, Mme DE RONCHARD entrant en même temps et vite par le fond.

PETITPRÉ : Qu'est-ce que j'apprends ? M. Jean Martinel vient de partir ?

MARTINEL : Il va revenir, monsieur.

PELLERIN : Mais comment est-il parti, un soir comme celui-ci, sans un mot d'explication à sa femme ? Car tu ne le savais point, n'est-ce pas ?

GILBERTE, assise à gauche de la table : Mon père, je ne le savais point.

MADAME DE RONCHARD : Et sans un mot d'explication à la famille ? C'est un manque de distinction !

PETITPRÉ, à Martinel : Et quelle est la raison qui l'a fait agir ainsi, monsieur ?

MARTINEL : Votre fils la sait comme moi, monsieur ; mais nous ne pouvons la révéler ni l'un ni l'autre. Votre fille, d'ailleurs, consent à l'ignorer jusqu'au retour de son mari.

PETITPRÉ : Ma fille consent... mais je ne consens pas, moi. Car enfin, vous seul avez été prévenu de ce départ...

MADAME DE RONCHARD, frémissante, à Martinel : C'est à vous qu'on a remis la lettre... C'est vous qui l'avez lue le premier.

MARTINEL : Vous êtes déjà bien renseignée, madame. Il existe une lettre en effet. Mais je ne voulais pas garder la responsabilité de cette affaire, j'ai communiqué la lettre à votre fils, monsieur, en lui demandant son avis avec l'intention de le suivre.

LÉON : Le conseil que j'ai donné est absolument conforme à ce qu'a fait mon beau-frère, de sa propre impulsion d'ailleurs, et je l'en estime davantage.

PETITPRÉ, allant à Léon : C'est moi qui devais être consulté et non toi. Si l'action est au fond excusable, le manque d'égards est absolu, impardonnable.

MADAME DE RONCHARD : Un scandale !

LÉON, à son père. : Oui, il eût mieux valu te consulter, mais l'urgence ne le permettait pas. Tu aurais discuté, toi ; ma tante aurait discuté, nous aurions tous discuté, toute la nuit ; et en certains cas il ne faut pas perdre les secondes. Le silence était indispensable, jusqu'au retour de Jean. Il ne vous cachera rien, et tu jugeras, je l'espère, comme j'ai jugé moi-même.

MADAME DE RONCHARD, allant à Martinel : Mais cette lettre ? De qui venait-elle, cette lettre ?

MARTINEL : Je peux vous le dire, c'est d'un médecin.

MADAME DE RONCHARD : D'un médecin... d'un médecin... mais alors, il y avait un malade !... et c'est auprès d'un malade qu'il la fait venir... Quel malade ? Ah ! je parie que c'est cette femme, son ancienne, qui lui joue ce tour-là aujourd'hui... Malade... elle aura fait semblant de s'empoisonner pour lui montrer qu'elle l'aime encore, qu'elle l'aime toujours... Ah ! la rouée ! (A Léon.) Et tu soutiens ces gens-là, toi ?

LÉON, qui est remonté, redescendant : Il eût été convenable, ma tante, de ne pas faire tout haut devant Gilberte des suppositions révoltantes de cette nature, alors que vous ne savez rien.

GILBERTE, se levant : Je vous en prie, ne parlons plus de cela. Tout ce que j'entends en ce moment me déchire et me salit. J'attendrai mon mari, je ne veux rien savoir que de sa bouche, car j'ai confiance dans sa parole. S'il est arrivé un malheur, j'aurai du courage... mais je ne veux plus écouter des choses pareilles !

Elle sort par la gauche, accompagnée par Petitpré. Un silence.

MADAME DE RONCHARD, à Léon : Eh bien ! Léon, triomphes-tu toujours ? Tu vois, les maris beaux garçons ? tous les mêmes !




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