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| Guy de Maupassant Musotte IntraText CT - Lecture du Texte |
M. DE PETITPRÉ, Mme DE RONCHARD, M. MARTINEL, LÉON DE PETITPRÉ
MADAME DE RONCHARD, debout, se promenant avec agitation : Minuit moins sept ! Voilà près de deux heures qu'il est parti !
LÉON, assis à gauche : Mais, ma tante, en comptant une demi-heure de voiture pour aller, une demi-heure pour revenir, il lui reste tout juste une heure pour ce qu'il avait à faire.
MADAME DE RONCHARD : C'est bien long, ce qu'il avait à faire !
LÉON : Oui, ma tante. Et puis, pourquoi s'énerver en comptant les minutes ? Votre agitation ne changera rien à l'événement, n'avancera pas le retour de Jean d'une seconde et ne fera pas marcher plus vite les aiguilles de la pendule.
MADAME DE RONCHARD : Comment veux-tu qu'on ne s'énerve pas quand on est remplie de souci, quand le cœur bat et quand on sent que les larmes vous montent aux yeux ?
LÉON : Vous voyez bien, ma tante, que vous n'êtes pas si méchante que ça.
MADAME DE RONCHARD : Tu m'agaces.
MARTINEL, assis près de la table : Ne vous tourmentez pas, madame. La situation est délicate, mais elle n'est pas inquiétante, pas menaçante, si nous savons y apporter, au moment voulu, du sang-froid et de la raison.
LÉON : Oui, ma tante. M. Martinel dit vrai.
MADAME DE RONCHARD, passant à droite : Vous êtes à battre, tous les deux. Vous savez tout et vous ne voulez rien dire... Ah ! les hommes sont terribles ! Pas moyen de leur faire avouer un secret.
MARTINEL : Jean va venir et il vous apprendra tout. Un peu de patience.
PETITPRÉ : Oui, soyons calmes. Essayons de parler d'autre chose, ou de nous taire, si nous pouvons....
MADAME DE RONCHARD Se taire ? C'est ce qu'il y a de plus difficile...
UN DOMESTIQUE entre par la droite : On demande M. Martinel en bas.
MARTINEL : Vous permettez ? (Au domestique.) Bon ! J'y vais.