Le pessimisme n'a qu'à bien se
tenir. Voici que M. Ludovic Halévy, du haut de l'Académie française, dit son fait à Schopenhauer.
Musset avait crié à Voltaire :
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Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire
Voltige-t-il encor sur tes os
décharnés ?
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M. Ludovic Halévy renouvelle cette imprécation contre l'admirable et tout-puissant philosophe allemand dont le génie domine et gouverne, aujourd'hui, presque toute la jeunesse du monde.
Le sourire satisfait de l'heureux académicien s'indigne contre le sourire diabolique du prodigieux sceptique qui méprisa la vie autant que l'homme
et nous apprit,
après beaucoup d'autres d'ailleurs,
que l'une et l'autre ne valent
pas grand-chose.
La gaieté aimable
du spirituel écrivain, du charmant fantaisiste à qui nous devons
les Cardinal, s'efface devant
la gaieté sournoise et terrible du grand ironique de ce siècle.
Ils n'étaient pas créés pour se comprendre en effet.
M. Halévy, homme heureux, auteur heureux, à qui tous les succès arrivent, et qui les mérite, juge excellente l'existence, et ses voisins de l'Académie, des êtres exceptionnels, d'où il conclut que
tous les hommes sont parfaits et toutes les choses à souhait.
Nous avons
déjà vu, je crois, dans un conte
de Voltaire, un certain docteur de cet avis.
Mais pourquoi
les gens contents qui entrent
à l'Académie, après l'avoir beaucoup désiré, veulent-ils empêcher les autres d'avoir un idéal différent, plus difficile, même inaccessible ? Peu importe d'ailleurs ! Ce
qui importe, c'est d'empêcher à tout prix qu'on nous parle plus longtemps du
pessimisme qui devient la grande scie de notre Troisième République. Nous
lisions déjà l'autre jour, dans la Revue bleue, une conférence, fort
remarquable du reste, de M. Ferdinand Brunetière, sur le même sujet, que le
rédacteur de la Revue des Deux Mondes a traité avec une science, une
hauteur de vue et une compétence absentes dans le discours élégant du glorieux
académicien.
Mais qu'on soit pour ou qu'on soit
contre, ne nous parlez plus de pessimisme ;
par grâce, n'en parlez plus.
Le seul moyen
pratique pour obtenir ce résultat serait
de prier nos députés, qui ne font pas grand-chose de bon, de nous
voter une loi rédigée à peu
près ainsi :
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