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DEUXIÈME TABLEAU
Un endroit vague enveloppé de mouvantes ténèbres. Au milieu
de la scène, COLOMBINE endormie ; douze
femmes voilées, debout, font cercle autour d'elle. Un rai de lumière tombe sur
COLOMBINE.
Minuit sonne. Les douze femmes voilées s'éclairent : ce sont
douze Arlequines jaunes et noires, pailletées d'argent. Elles
dansent une ronde autour de COLOMBINE qui
est vêtue de gaze d'or.
Pendant qu'elles dansent, les ténèbres se dissipent. On est au fond d'un
immense parc bleuâtre avec charmilles et terrasses venant mourir sur la scène
par un grand escalier ; dans le fond, un grand étang bordé de montagnes
escarpées et chimériques rappelant le décor de l'Embarquement pour Cythère.
Sur une des terrasses, à gauche, se profile la colonnade d'un petit temple à
l'Amour. Un clair de lune féerique baigne ce parc de rêve : atmosphère
lumineuse et bleuâtre. On est dans l'île de Cythère.
COLOMBINE sommeille toujours. Un Arlequin
mauve et noir, celui du premier tableau, paraît sur l'escalier ; les Arlequines
dansent en l'appelant par des gestes et en lui montrant COLOMBINE endormie. Arlequin accourt en dansant vers COLOMBINE ; les Arlequines se dispersent. Arlequin s'agenouille devant COLOMBINE, la contemple et dépose sur sa bouche
un baiser.
Pas de deux avec Arlequin essayant de la séduire.
Après quelques pas de poursuite, COLOMBINE
émerveillée par ce qui l'entoure, se laisse atteindre. Arlequin l'amène,
doucement enlacée, sur le bord du théâtre et là, emprisonnant sa taille dans
une écharpe de soie, lui montre du doigt le petit temple de l'Amour.
COLOMBINE hésite encore, mais sur un
signe d'Arlequin, une musique amoureuse et douce s'élève, toute de violes et de
flûtes d'amour, le petit temple s'éclaire et sur son piédestal la statue d'Éros
s'anime et voilà que, par la droite, processionne lentement, se tenant enlacés,
le cortège enrubanné des pèlerins et des pèlerines de l'île.
Costumes de l'Embarquement de Watteau. Ils traversent lentement la
scène, deux par deux, en camail et dominos jonquille bleu-lunaire et violet
pâle ; quand les dominos s'entr'ouvrent, on voit que les pèlerines sont des
Colombines lilas et jaunes et les pèlerins des Arlequins. Ils gravissent
l'escalier qui conduit au temple et se groupent en diverses poses, de degrés en
degrés, éclairés par la lune.
COLOMBINE extasiée les regarde et se
laisse poser sur les épaules un camail et un domino de pèlerin ; Arlequin
lui-même revêt le même costume et prenant la main de COLOMBINE, ils se dirigent tous deux vers le temple de l'Amour.
A ce moment, PIERROT surgit et leur barre
le chemin ; il fait des reproches à COLOMBINE
qui veut fuir et provoque Arlequin ; celui-ci insulte PIERROT et met l'épée à la main. PIERROT
en fait autant. COLOMBINE essaye en vain
de les séparer ; des pèlerins l'entourent qui l'empêchent de se jeter entre les
combattants : le duel a lieu.
Ils se battent.
PIERROT percé de part en part, tombe mort tout éclaboussé de sang ; le
temple de l'Amour s'écroule ; une nuit sombre envahit la scène ; la foule des
Arlequins et des Colombines se disperse.
COLOMBINE reste seule, agenouillée près
du cadavre de PIERROT... Tandis
qu'au-dessus de l'étang bordé de montagnes, fantastique, se lève une énorme
lune couleur de sang.
RIDEAU
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