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Paul Duval (alias Jean Lorrain)
Colombine sauvée

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  • DEUXIÈME TABLEAU
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DEUXIÈME TABLEAU

 

Un endroit vague enveloppé de mouvantes ténèbres. Au milieu de la scène, COLOMBINE endormie ; douze femmes voilées, debout, font cercle autour d'elle. Un rai de lumière tombe sur COLOMBINE.

Minuit sonne. Les douze femmes voilées s'éclairent : ce sont douze Arlequines jaunes et noires, pailletées d'argent. Elles dansent une ronde autour de COLOMBINE qui est vêtue de gaze d'or.

Pendant qu'elles dansent, les ténèbres se dissipent. On est au fond d'un immense parc bleuâtre avec charmilles et terrasses venant mourir sur la scène par un grand escalier ; dans le fond, un grand étang bordé de montagnes escarpées et chimériques rappelant le décor de l'Embarquement pour Cythère. Sur une des terrasses, à gauche, se profile la colonnade d'un petit temple à l'Amour. Un clair de lune féerique baigne ce parc de rêve : atmosphère lumineuse et bleuâtre. On est dans l'île de Cythère.

COLOMBINE sommeille toujours. Un Arlequin mauve et noir, celui du premier tableau, paraît sur l'escalier ; les Arlequines dansent en l'appelant par des gestes et en lui montrant COLOMBINE endormie. Arlequin accourt en dansant vers COLOMBINE ; les Arlequines se dispersent. Arlequin s'agenouille devant COLOMBINE, la contemple et dépose sur sa bouche un baiser.

Pas de deux avec Arlequin essayant de la séduire.

Après quelques pas de poursuite, COLOMBINE émerveillée par ce qui l'entoure, se laisse atteindre. Arlequin l'amène, doucement enlacée, sur le bord du théâtre et là, emprisonnant sa taille dans une écharpe de soie, lui montre du doigt le petit temple de l'Amour.

COLOMBINE hésite encore, mais sur un signe d'Arlequin, une musique amoureuse et douce s'élève, toute de violes et de flûtes d'amour, le petit temple s'éclaire et sur son piédestal la statue d'Éros s'anime et voilà que, par la droite, processionne lentement, se tenant enlacés, le cortège enrubanné des pèlerins et des pèlerines de l'île.

Costumes de l'Embarquement de Watteau. Ils traversent lentement la scène, deux par deux, en camail et dominos jonquille bleu-lunaire et violet pâle ; quand les dominos s'entr'ouvrent, on voit que les pèlerines sont des Colombines lilas et jaunes et les pèlerins des Arlequins. Ils gravissent l'escalier qui conduit au temple et se groupent en diverses poses, de degrés en degrés, éclairés par la lune.

COLOMBINE extasiée les regarde et se laisse poser sur les épaules un camail et un domino de pèlerin ; Arlequin lui-même revêt le même costume et prenant la main de COLOMBINE, ils se dirigent tous deux vers le temple de l'Amour.

A ce moment, PIERROT surgit et leur barre le chemin ; il fait des reproches à COLOMBINE qui veut fuir et provoque Arlequin ; celui-ci insulte PIERROT et met l'épée à la main. PIERROT en fait autant. COLOMBINE essaye en vain de les séparer ; des pèlerins l'entourent qui l'empêchent de se jeter entre les combattants : le duel a lieu.

Ils se battent.

PIERROT percé de part en part, tombe mort tout éclaboussé de sang ; le temple de l'Amour s'écroule ; une nuit sombre envahit la scène ; la foule des Arlequins et des Colombines se disperse.

COLOMBINE reste seule, agenouillée près du cadavre de PIERROT... Tandis qu'au-dessus de l'étang bordé de montagnes, fantastique, se lève une énorme lune couleur de sang.

 

RIDEAU

 




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