I
C'est demain la Saint-Nicolas, me
dit mon ami Tristan, - une fête qu'on ne connaît guère à Paris, mais qu'on
célébrait joyeusement en Lorraine, au temps où j'étais enfant. Chez nous, les
petits garçons, la veille du 6 décembre, mettent leurs souliers dans la
cheminée, comme on a coutume de le faire ici la veille de Noël. Cette nuit-là,
nous nous endormions tard et d'un sommeil agité, croyant ouïr à chaque instant
le saint évêque qui descendait sur son âne dans nos cheminées lorraines, si
larges qu'en se penchant sous le manteau on voit un coin du ciel clair à
l'extrémité du tuyau noir. De même que sainte Catherine est la patronne des
filles, saint Nicolas est le patron des garçons. Sainte-Catherine en novembre,
Saint-Nicolas en décembre, deux fêtes qui se répondent harmonieusement comme
deux voix de timbre différent dans un gai chant alterné. Elles luttent entre
elles de bombances et de festivités ; elles remplissent les longues nuits
d'hiver d'éclats de rire et de musique de danse. Dans nos villages, les filles
invitent les garçons au bal de la Sainte-Catherine, et ceux-ci leur rendent la
politesse le 6 décembre. Il me semble encore entendre dans la nuit brumeuse les
violons de la Saint-Nicolas, allant de porte en porte donner la sérénade aux
invitées, et s'éteignant peu à peu dans le lointain assoupi des rues blanches
de neige...
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