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Texte
On
nous dit: nous avons des écoles dans presque tous les villages et le nombre des enfants inscrits est considérable. Mais l'inscription prouve-t-elle l'assiduité?
Ceux mêmes
qui vont à l'école y passent quatre ou cinq semaines d'hiver pour disparaître
au printemps et revenir vers l'automne tout aussi
ignorants que les premiers jours. Après trois ou quatre ans de cette instruction
insuffisante, ils quittent la classe à tout jamais et,
ne sachant pas assez lire pour prendre plaisir à un livre, se trouvent au bout
de peu de temps aussi illettrés que s'ils n'avaient jamais tenu un alphabet.
Dans beaucoup de maisons de paysans, il n'y a ni plume ni
papier, ni crayons ni ardoises.
L'école ne
suffit donc pas sans l'enseignement obligatoire, et l'intervention de l'État est nécessaire.
Est-elle légitime? N'y a-t-il pas attentat
contre la liberté du père de famille, si on le force à envoyer son enfant à
l'école? Ce sont les adversaires de la liberté qui presque
toujours réclament celle de l'enseignement.
En premier lieu: qui dit État
constitué dit liberté restreinte. L'État surveille la liberté, accomplit ce
qu'elle est impuissante à faire; il a une mission et par conséquent un droit.
L'État porte atteinte à la liberté de posséder par la perception des
contributions; il porte atteinte à la liberté individuelle par le service
militaire: et personne ne réclame. Il aurait donc le droit d'imposer la caserne
et non celui d'imposer l'école? Il donne lui-même l'enseignement, surveille
celui qu'il ne donne pas, oblige les communes et les départements à le donner;
il n'a plus qu'un pas à faire pour forcer les enfants à le recevoir.
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