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Médailles
et revers
Le docteur Héraclius fut bien heureux pendant les
quelques jours qui suivirent sa surprenante découverte. Il vivait dans une
jubilation profonde - il était plein du rayonnement des difficultés vaincues,
des mystères dévoilés, des grandes espérances réalisées. La métempsycose
l'environnait comme un ciel. Il lui semblait qu'un voile se fût déchiré tout à
coup et que ses yeux se fussent ouverts aux choses inconnues.
Il faisait asseoir son chien à table à ses côtés, il
avait avec lui de graves tête-à-tête au coin du feu cherchant à surprendre dans
l'oeil de l'innocente bête, le mystère des existences précédentes.
Il voyait pourtant deux points noirs dans sa
félicité : c'étaient M. le doyen et M. le recteur.
Le doyen haussait les épaules avec fureur toutes les
fois qu'Héraclius essayait de le convertir à la doctrine métempsycosiste, et le
recteur le harcelait des plaisanteries les plus déplacées. Cela surtout était
intolérable. Sitôt que le docteur développait sa croyance, le satanique recteur
abondait dans son sens ; il contrefaisait l'adepte qui écoute la parole
d'un grand apôtre, et il imaginait pour toutes les personnes de leur entourage
les généalogies animales les plus invraisemblables : "Ainsi,
disait-il, le père Labonde, sonneur de la cathédrale, dès sa première
transmigration, n'avait pas dû être autre chose qu'un melon", - et depuis
il avait du reste fort peu changé, se contentant de faire tinter matin et soir
la cloche sous laquelle il avait grandi. Il prétendait que l'abbé Rosencroix,
le premier vicaire de Sainte-Eulalie, avait été indubitablement une corneille
qui abat des noix, car il en avait conservé la robe et les attributions. Puis,
intervertissant les rôles de la façon la plus déplorable, il affirmait que
maître Bocaille, le pharmacien, n'était qu'un ibis dégénéré, puisqu'il était
contraint de se servir d'un instrument pour infiltrer ce remède si simple que,
suivant Hérodote, l'oiseau sacré s'administrait lui-même avec l'unique secours
de son bec allongé.
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