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Où
le docteur découvre que son singe
lui ressemble encore plus qu'il ne pensait
Un matin, le docteur Héraclius fut réveillé par un
bruit inusité ; il sauta du lit, s'habilla en toute hâte et se dirigea
vers la cuisine où il entendait des cris et des trépignements extraordinaires.
Roulant depuis longtemps dans son esprit les plus noirs
projets de vengeance contre l'intrus qui lui ravissait l'affection de son
maître, la perfide Honorine, qui connaissait les goûts et les appétits de ces
animaux, avait réussi, au moyen d'une ruse quelconque, à ficeler solidement le
pauvre singe aux pieds de sa table de cuisine. Puis, lorsqu'elle se fut assurée
qu'il était bien fortement attaché, elle s'était retirée à l'autre bout de
l'appartement, et, s'amusant à lui montrer le régal le plus propre à exciter ses
convoitises, elle lui faisait subir un épouvantable supplice de Tantale qu'on
ne doit infliger dans les enfers qu'à ceux qui ont énormément péché ; et
la perverse gouvernante riait la gorge déployée et imaginait des raffinements
de torture qu'une femme seule est capable de concevoir. L'homme-singe se
tordait avec fureur à l'aspect des mets savoureux qu'on lui présentait de loin,
et la rage de se sentir lié aux pieds de la table massive lui faisait exécuter
de monstrueuses grimaces qui redoublaient la joie du bourreau tentateur.
Enfin juste au moment où le docteur, maître jaloux,
apparut sur le seuil, la victime de cet horrible guet-apens réussit, par un
effort prodigieux, à rompre les cordes qui le retenaient, et sans
l'intervention violente d'Héraclius indigné, Dieu sait de quelles friandises se
serait repu ce nouveau Tantale à quatre mains.
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