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Eurêka
La visite de M. le doyen et de M. le recteur le tira
de son affaissement. Ils causèrent tous trois pendant une heure ou deux sans
dire un seul mot de métempsycose ; mais au moment où ses deux amis se
retiraient, Héraclius ne put se contenir plus longtemps. Pendant que M. le
doyen endossait sa grande houppelande en peau d'ours, il prit à part M. le
recteur qu'il redoutait moins et lui conta tout son malheur. Il lui dit comment
il avait cru trouver l'auteur de son manuscrit, comment il s'était trompé,
comment son misérable singe l'avait joué de la façon la plus indigne, comment
il se voyait abandonné et désespéré. Et devant la ruine de ses illusions,
Héraclius pleura. Le recteur ému lui prit les mains ; il allait parler
quand la voix grave du doyen criant : "Ah çà, venez-vous,
recteur", retentit sous le vestibule. Alors celui-ci, donnant une dernière
étreinte à l'infortuné docteur, lui dit en souriant doucement comme on fait
pour consoler un enfant méchant : "Là, voyons, calmez-vous, mon ami,
qui sait, vous êtes peut-être vous-même l'auteur de ce manuscrit."
Puis il s'enfonça dans l'ombre de la rue, laissant sur
la porte Héraclius stupéfait.
Le docteur remonta lentement dans son cabinet,
murmurant entre ses dents de minute en minute : "Je suis peut-être
l'auteur du manuscrit." Il relut attentivement la façon dont ce document
avait été retrouvé lors de chaque réapparition de son auteur ; puis il se
rappela comment il l'avait découvert lui-même. Le songe qui avait précédé ce
jour heureux comme un avertissement providentiel, son émotion en entrant dans
la ruelle des Vieux Pigeons, tout cela lui revint clair, distinct, éclatant.
Alors il se leva tout droit, étendit les bras comme un illuminé et s'écria
d'une voix retentissante : "C'est moi, c'est moi." Un frisson
parcourut toute sa demeure, Pythagore aboya violemment, les bêtes troublées
s'éveillèrent soudain et se mirent à s'agiter comme si chacune dans sa langue
eût voulu célébrer la grande résurrection du prophète de la métempsycose.
Alors, en proie à une émotion surhumaine, Héraclius s'assit, il ouvrit la
dernière page de cette bible nouvelle, et religieusement écrivit à la suite
toute l'histoire de sa vie.
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