Ses Symptômes
Ses Formes Cliniques
L’auteur de la remarquable étude qu’on va lire sur le
fléau qui sévit si durement sur le Calvados l’an dernier, est un de nos compatriotes,
M. Gosselin, vétérinaire à Pontorson. En collaboration avec deux autres
Calvadosiens, MM. J. et A. Leneveu, vétérinaires à la Cambe, près Isigny, il a
découvert un traitement abortif très simple de la Fièvre Aphteuse,
qui est soumis actuellement à l’étude et à l’approbation des Sociétés de
Médecine. L’extrême modestie de M. Gosselin ne nous autorise pas à parler de
cette découverte comme nous le voudrions, avant qu’elle n’ait été ratifiée
par ses pairs. Mais
nous aurons à le faire très largement dans l’un de nos prochains numéros. En
attendant, nous sommes assurés que nos lecteurs apprécieront les claires
explications que M. Gosselin a condensées, pour eux, sur l’épidémie qui a
atteint dans le Calvados environs 240.000 animaux, occasionnant à nos agriculteurs
un ensemble de pertes atteignant plus de 20 millions de francs.
La fièvre aphteuse est une maladie virulente, contagieuse,
inoculable, caractérisée par l’association d’une fièvre, d’un catarrhe et
d’une éruption localisée sur les muqueuses apparentes (bouche principalement)
et dans les endroits où la peau est plus particulièrement traumatisée (entre
les onglons, la mamelle).
Malgré toutes les recherches faites dans le but de
déterminer le microbe spécifique, celui-ci est resté inconnu, on le considère
comme un ultra microscopique très probablement voisin des germes spécifiques
des maladies éruptives de l’homme. Le docteur Siegel, de Berlin, affirme
l’avoir découvert dans le sang et la salive (Congrès annuel des Vétérinaires
de Prusse, Berlin, 25 novembre 1911).
La fièvre aphteuse se transmet avec une grande facilité aux
animaux bisulques ou à pied fourchu, mais principalement aux bovidés et au
porc ; également le mouton et la chèvre, le buffle, le chameau, le renne, le
cerf, le chevreuil, le chamois, le lama, l’antilope, le yack, l’auroch, etc.,
sont susceptibles de contracter cette maladie.
La contamination du cheval est douteuse, celle
du chien et du chat n’est pas suffisamment établie, celle des oiseaux de basse-cour n’a été que
suspectée. Par contre l’infection de l’homme est absolument certaine.
Cette maladie nous vient généralement d’Extrême-Orient où
elle semble vivre en permanence ; elle y revêt une forme excessivement grave
et nous arrive toujours en France
considérablement atténuée, mais elle n’en reste pas moins absolument
désastreuse au point de vue économique. Elle se présente sous des formes
cliniques variées. On reconnaît généralement : 1° la forme régulière ou
bénigne ; 2° les formes irrégulières ou malignes ; 3° les formes compliquées.
Nous envisagerons l’affection dans l’espèce bovine
seulement. La fièvre aphteuse frappe les sujets en pleine santé. Dès son
début elle occasionne un malaise général, les animaux sont courbaturés,
fiévreux. Dès le premier jour l’apparition d’un coryza plus ou moins marqué
imprime à la maladie un cachet spécial surtout au cours d’une épizootie, puis
apparaît une salivation plus ou moins accusée, enfin l’éruption se manifeste,
dure quelques jours, puis se termine par la cicatrisation des aphtes et le malade
entre en convalescence pour récupérer très vite l’état de santé. Telle est la
marche de la fièvre aphteuse bénigne, mais il n’en est pas toujours ainsi, et
sous l’influence de la virulence des germes ou bien encore du terrain, enfin
en raison d’infections secondaires fréquemment surajoutées, la fièvre
aphteuse prend au contraire une gravité excessive.
Quoiqu’il en soit, dès le début, l’animal est fiévreux,
triste, sans appétit et sans rumination, la peau est chaude, les ailes du nez
sont sales et les narines donnent écoulement à un mucus catarrhal filant,
parfois purulent : la bouche laisse écouler une salive filante. La fièvre
atteint parfois ou même dépasse 41°.
Puis l’éruption se manifeste, non point aux endroits des
muqueuses ou de la peau où les téguments sont plus fins, moins résistants,
mais surtout où ils sont le siège de frottements, de contusions, de
traumatismes. En ces endroits se manifestent des ecchymoses ou des taches
plus ou moins étendues, l’épiderme pâlit ou se soulève, se sépare des tissus
sousjacents pour former une vésicule remplie par un liquide clair, jaunâtre,
d’odeur spéciale. Les aphtes buccaux siègent sur le sillon gingival, le
bourrelet, les gencives, la langue, le palais, la face interne des joues. On
ne rencontre point d’aphtes là où la muqueuse est la plus fine, c’est-à-dire
sur les faces latérales de la langue. Enfin des aphtes se produisent encore
sur le mufle, sur la face interne des lèvres, les ailes du nez, etc.
La salivation devient alors abondante, les aphtes douloureux
gênent la préhension et la mastication des aliments, l’inappétence est
presque toujours complète au moment de l’éruption.
L’évolution des aphtes se fait de même entre les onglons et
à la mamelle.
Mais ils se rupturent bientôt laissant une plaie plus ou
moins superficielle rouge vif, granuleuse, recouverte bientôt d’un enduit
pultacé grisâtre. La douleur ou du moins la sensation pénible qui résulte du
contact de l’air froid fait que les bovins ferment la bouche et appliquent la
langue sur le palais, provoquant dès qu’ils ouvrent la bouche un claquement
spécial analogue à un bruit de succion bien caractéristique.
Puis la cicatrisation s’opère assez vite, les troubles
fonctionnels diminuent graduellement et tout rentre dans l’ordre en 8 à 15
jours en dehors de toute complication.
En ce qui concerne les pieds, l’évolution de l’aphte est
semblable, elle se localise dans l’espace interdigite, mais s’étend parfois
sur le bord de la couronne. Les malades présentent dès le début un prurit
particulier qui les fait secouer les membres, puis dès l’éruption ils se
couchent ou bien s’ils restent debout, ils évitent tout déplacement ; le dos
est voussé et les quatre pieds sont rassemblés. Parfois des aphtes se
produisent au talon sur une étendue plus ou moins grande et déterminent des
décollements assez accusés qui cependant guérissent régulièrement. Les
animaux ont alors un aspect particulier qui fait dire parfois à nos
cultivateurs que les animaux marchent en sandales. Généralement et en dehors
de toute complication, l’éruption podale est complète en 10 jours.
Quant à la localisation mammaire, elle présente la même
évolution, mais elle affecte exclusivement les vaches laitières, c’est-à-dire
celles qui sont soumises à la traite ou mulsion. On rencontre rarement des
aphtes en dehors de cette catégorie, les génisses en sont exemptes à moins
qu’elles ne se laissent téter, ainsi que les vaches en état de gestation
avancée. L’aphte des trayons peut se rupturer et donner naissance à de grands
lambeaux épidermiques qui mettent à vif le trayon et rendent la mulsion très
pénible et partant très difficile. Les surfaces dénudées se recouvrent de
croûtes jaunes, puis brunes et la cicatrisation s’opère mais elle est parfois
très lente. Dans certains cas au contraire, l’aphte se résorbe sans s’ouvrir
et l’épiderme soulevé desquame régulièrement.
Mais à côté de ces localisations spéciales on peut observer
des éruptions dites erratiques au niveau de l’anus et de la vulve, chez les
animaux qui ont de fréquents mouvements de la queue, à la face interne des
cuisses, surtout chez des vaches à forte mamelle, etc. Enfin, en dehors de la
cavité buccale, on voit aussi des éruptions dans les premières voies
respiratoires et digestives, mais rarement cependant.
L’évolution de la fièvre aphteuse sous forme bénigne et
régulière demande de 12 à 15 jours ; la mortalité est nulle. Cependant chez
les animaux de travail la maladie entraîne un repos forcé ; chez les vaches
laitières elle peut amener une diminution notable du lait, et chez les vaches
en état de gestation avancée, la vie du veau est souvent compromise.
Cependant cette forme bénigne est susceptible de devenir
grave en raison d’une virulence extrême ou de complications.
Parmi les formes malignes, je signalerai la forme toxique,
due, pour ainsi dire, à un véritable empoisonnement de l’organisme résultant
de l’influence directe du virus aphteux sur certains organes régulateurs de
la nutrition (foie, moelle, etc., etc.) ; 2° la forme nerveuse
(ataxo-adynamique) ; 3° la forme pulmonaire. Nous connaissons encore
incomplètement les altérations qui correspondent à ces trois formes de la
malignité. Quoiqu’il en soit, elles sont susceptibles d’entraîner une
mortalité intense et rapide sous l’influence, soit d’une virulence exagérée
du microbe aphteux, soit de la pénétration dans l’organisme d’une dose
massive de virus actif.
« En 1839, Rychner voit périr 2.000 bovidés dans les alpages
de Fribourg et de Berne, d’une forme de fièvre aphteuse qui est différenciée
sous le nom de « faux charbon » ou de « typhus cérébral ». Des accidents de
même ordre sont plusieurs fois signalés ensuite en France et en Allemagne par de
nombreux auteurs. Pendant l’épidémie de 1890-93, plusieurs milliers de
bovidés succombent dans l’Europe centrale ». (Nocard et Lelainche).
Mais à côté des formes régulières et irrégulières, bénignes
et malignes, il y a lieu de considérer les formes compliquées.
Ces formes tiennent à ce fait que dans certaines épidémies
la fièvre aphteuse bénigne et régulière se complique d’affections nouvelles
surajoutées qui ne sont en somme que des infections secondaires qui peuvent
évoluer avec la maladie dès le début, ou bien apparaître à son déclin. Mais
ce qu’il faut bien faire remarquer, dans l’espèce, c’est que le malade est
atteint de deux ou plusieurs maladies microbiennes en même temps et non pas
seulement de fièvre aphteuse.
Telle est la conception moderne que nous devons avoir de la
fièvre aphteuse. A part les formes dites malignes et qui tiennent directement
au virus aphteux lui-même, la fièvre aphteuse reste une maladie bénigne et ne
peut avoir une réelle gravité que si elle se complique à la faveur
d’associations microbiennes que révèle l’examen bactériologique et que les
cliniciens eux-mêmes avaient reconnues. Il faut donc en conclure que s’il
existe des accidents mortels dûs à l’influence du virus aphteux lui-même, le
plus souvent la gravité de la fièvre aphteuse est le fait de maladies
étrangères surajoutées.
Cette conception nouvelle nettement établie, absolument
indiscutable et indiscutée, constitue pour l’établissement d’un traitement un
enseignement fécond ainsi que nous le verrons ultérieurement. Je me bornerai
ici à signaler ce fait sans exposer les complications nombreuses et variées
de la fièvre aphteuse.
Quant à la fièvre aphteuse secondaire, c’est-à-dire celle
qui se développe au cours d’une maladie ou chez un convalescent, c’est-à-dire
dans un terrain fort mal préparé pour résister ou réagir, je ne ferai que la
mentionner. La fièvre aphteuse ne semble pas agir sur la maladie primitive
qui, elle au contraire, favoriserait ses complications. Il va sans dire que
chez les animaux cachectiques, la fièvre aphteuse trouve encore un terrain
spécialement préparé à son évolution et qu’elle joint le plus souvent à une
allure sévère une forme grave et souvent fatale. La misère physiologique
assombrit considérablement le pronostic de la fièvre aphteuse.
En résumé, la fièvre aphteuse, qui constitue pour l’élevage
un réel fléau, tient sa gravité moins à elle-même qu’aux affections
surajoutées qui l’accompagnent si fréquemment et qui sont dues à l’influence
d’associations microbiennes. Ecarter toutes ses complications serait résoudre
le problème de la fièvre aphteuse au point de vue de l’élevage.
Ce problème est résolu. Nous y reviendrons.
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