Par.
1 5 | amie.~Adélaïde. ~31 mars 1882~ ~
2 | 31
3 4 | Elles me représentent des abandonnées dont les derniers amis sont
4 5 | baisers, ma vieille amie.~Adélaïde. ~31 mars 1882~ ~
5 4 | tout a glissé, comme s'il s'agissait d'une journée : le matin,
6 | Ah
7 4 | dont les traits, les yeux aimants, la bouche, la voix sont
8 | ait
9 3 | attente infinie d'une suite d'allégresses qui n'arrivent jamais. Le
10 | aller
11 3 | brise. Nous attendons, l'âme ouverte, des cascades d'
12 5 | Mille baisers, ma vieille amie.~Adélaïde. ~31 mars 1882~ ~
13 3 | vient me voir deux mois par an. Jeanne habite avec son
14 4 | signification de témoins anciens. Ils me font l'effet de
15 4 | chambre de débarras, qu'on appelle la "pièce aux vieux objets".
16 3 | femmes ? C'est qu'on nous apprend dans la jeunesse à trop
17 3 | bonheur de nos rêves, j'ai appris à le connaître. Il ne consiste
18 | après
19 3 | vers les choses laissées en arrière.~ Comme c'est court,
20 | arrive
21 3 | suite d'allégresses qui n'arrivent jamais. Le bonheur, c'est
22 3 | simple ; elle consiste à m'asseoir devant mon feu, dans un
23 4 | et la chaleur du grand astre plongeant dans l'eau, et
24 4 | enfance, et auxquels sont attachés des souvenirs d'événements,
25 3 | notre coeur se brise. Nous attendons, l'âme ouverte, des cascades
26 4 | sang et bien changé mes attentes. Mais mon autre manière
27 4 | donc que personne de vivant aujourd'hui n'a connues, dont personne
28 4 | nuit vient, la nuit sans aurore !~ En regardant le feu,
29 | aussi
30 3 | qui vais la voir, chaque automne. Je suis donc ici, seule,
31 | autour
32 | aux
33 3 | Mon fils Henry est avocat : il vient me voir deux
34 5 | Mille baisers, ma vieille amie.~Adélaïde. ~
35 | bas
36 4 | jeunesse, des élans même, des battements de coeur, toute cette sève
37 4 | propos de rien, se mettent à bavarder sans fin, à raconter tout
38 4 | trouve dans le fouillis des bibelots usés ces vieux petits objets
39 | bon
40 3 | et tous les horizons de bonheurs entrevus !~ Rien de cela
41 4 | traits, les yeux aimants, la bouche, la voix sont disparus à
42 4 | tant il me revient des bouffées d'autrefois, des sensations
43 3 | avec son mari à l'autre bout de la France, et c'est moi
44 4 | idées, tout, les petits bouts de songe, de désir et de
45 4 | et vive au frôlement des branches, mes moindres petites idées,
46 3 | ceux qui savent prendre bravement leur parti de la vie.~
47 3 | premier choc, notre coeur se brise. Nous attendons, l'âme ouverte,
48 4 | Je me dis : "Tiens, j'ai brisé cela, le soir où Paul est
49 3 | attendons, l'âme ouverte, des cascades d'événements heureux ; il
50 4 | me font songer longtemps, celles-là ! Elles me représentent
51 3 | nous combinions dans nos cervelles de vingt ans et tous les
52 3 | objets familiers qui sans cesse me parlent des miens, et
53 4 | pleines de rosée, et la chaleur du grand astre plongeant
54 | chambre
55 3 | chose qui a eu lieu, moins charmant, moins poétique, mais suffisant
56 4 | tout de suite après, une chasse à cheval dans la forêt d'
57 4 | suite après, une chasse à cheval dans la forêt d'Uville,
58 3 | souffrir. Et, au premier choc, notre coeur se brise. Nous
59 | chose
60 | cinquante
61 3 | je passe à rêver le plus clair de mon temps. Que ferais-je
62 3 | jamais élevées avec l'idée de combattre, de lutter, de souffrir.
63 3 | les aventures que nous combinions dans nos cervelles de vingt
64 4 | tu ne comprendras jamais complètement le vers de M. de Sainte-Beuve :~
65 4 | la mienne.~ Mais tu ne comprendras jamais complètement le vers
66 4 | Colette, tu ne dois guère comprendre tout cela, et tu vas sourire
67 4 | autres Parisiens, vous ne connaissez point cette vie en dedans,
68 4 | bons meubles amis que nous connaissons depuis l'enfance, et auxquels
69 3 | rêves, j'ai appris à le connaître. Il ne consiste point dans
70 4 | de vivant aujourd'hui n'a connues, dont personne ne sait l'
71 4 | effet de ces gens qu'on a connus indéfiniment sans qu'ils
72 | côté
73 4 | étrangement l'autre soir un coucher de soleil sur le Mont Saint-Michel,
74 | coup
75 3 | arrière.~ Comme c'est court, une vie ! surtout celles
76 3 | sont bien rares et bien courtes, les grandes félicités,
77 3 | dans la jeunesse à trop croire au bonheur ! Nous ne sommes
78 4 | joies ou de tristesses, des dates de notre histoire ; qui
79 4 | toit, une grande chambre de débarras, qu'on appelle la "pièce
80 4 | propre coeur. Vous vivez en dehors, avec toutes vos pensées
81 4 | place, comme tu pourras demain te mettre à la mienne.~
82 4 | des abandonnées dont les derniers amis sont morts.~ Toi,
83 4 | petits bouts de songe, de désir et de sentiment, tout, tout
84 3 | ont changé d'objet, mes désirs n'étant plus les mêmes.
85 4 | que dans la maison on ne détruit rien. Nous avons en haut,
86 | dis
87 3 | étant plus les mêmes. Je te disais donc que je passe à rêver
88 4 | dedans des choses qui ne disent rien, qui viennent de mes
89 4 | la bouche, la voix sont disparus à jamais. Mais je trouve
90 | dit
91 | dix
92 4 | coeur, toute cette sève de dix-huit ans ; et j'ai, nettes comme
93 4 | ma chère Colette, tu ne dois guère comprendre tout cela,
94 3 | deux manières. Je te les donne ; elles te serviront peut-être.~
95 4 | compagnons de nos heures douces ou sombres, les seuls compagnons,
96 4 | grand astre plongeant dans l'eau, et la tiédeur mouillée
97 4 | cinquante ans ne s'étaient pas écoulés depuis, qui ont refroidi
98 4 | témoins anciens. Ils me font l'effet de ces gens qu'on a connus
99 4 | sensations de jeunesse, des élans même, des battements de
100 3 | Nous ne sommes jamais élevées avec l'idée de combattre,
101 3 | des morts, et des vivants éloignés.~ Je ne lis plus beaucoup,
102 4 | l'on est ; le rêve vous emporte ; on retraverse son existence
103 3 | passent tout entières au même endroit :~Naître, vivre et mourir
104 4 | nous connaissons depuis l'enfance, et auxquels sont attachés
105 4 | de mes niaiseries, de mes enfantines et sentimentales manies.
106 2 | ensemble et qui est resté enfoncé dans ma tête ; car il me
107 4 | retraverse son existence entière.~ Et souvent j'ai l'illusion
108 3 | celles qui se passent tout entières au même endroit :~Naître,
109 3 | seule, toute seule, mais entourée d'objets familiers qui sans
110 3 | les horizons de bonheurs entrevus !~ Rien de cela ne s'
111 3 | est doux ; car je suis là enveloppée de souvenirs.~ Mon fils
112 | es
113 3 | heureuse ; c'est l'horizon d'espérances ; c'est donc l'illusion
114 3 | née, où j'ai vécu, et où j'espère mourir. Ce n'est pas gai
115 | étaient
116 4 | est revenu comme si j'y étais encore, comme si cinquante
117 3 | changé d'objet, mes désirs n'étant plus les mêmes. Je te disais
118 4 | devant mon feu, j'ai retrouvé étrangement l'autre soir un coucher
119 | eu
120 4 | que j'ai pensé alors, mon exaltation poétique devant les lointains
121 4 | emporte ; on retraverse son existence entière.~ Et souvent
122 3 | je ne rêve point à ma façon d'autrefois. Tu te rappelles
123 3 | vieille que je suis, je m'en fais encore et chaque jour, seulement
124 3 | mais entourée d'objets familiers qui sans cesse me parlent
125 3 | dans la venue d'une grande félicité, car elles sont bien rares
126 3 | bien courtes, les grandes félicités, mais il réside simplement
127 3 | si souvent, nous autres femmes ? C'est qu'on nous apprend
128 3 | clair de mon temps. Que ferais-je d'autre ? J'ai pour cela
129 4 | sable humide et celles des feuilles pleines de rosée, et la
130 4 | mes promenades de jeune fille ! Là, sur mon fauteuil,
131 4 | souvent j'ai l'illusion d'être fillette, tant il me revient des
132 | fils
133 3 | autrefois. Tu te rappelles nos folles imaginations, les aventures
134 4 | histoire ; qui ont pris, à force d'être mêlés à notre vie,
135 4 | chasse à cheval dans la forêt d'Uville, avec les odeurs
136 4 | Mais je trouve dans le fouillis des bibelots usés ces vieux
137 | France
138 4 | jouissance heureuse et vive au frôlement des branches, mes moindres
139 3 | espère mourir. Ce n'est pas gai tous les jours, mais c'est
140 4 | premiers rayons tandis que je galopais dans les taillis. Et tout
141 4 | Ils me font l'effet de ces gens qu'on a connus indéfiniment
142 4 | était jeune. Oui, tout a glissé, comme s'il s'agissait d'
143 | grand
144 3 | rares et bien courtes, les grandes félicités, mais il réside
145 4 | rien, qui viennent de mes grands-parents, des choses donc que personne
146 4 | chère Colette, tu ne dois guère comprendre tout cela, et
147 3 | deux mois par an. Jeanne habite avec son mari à l'autre
148 4 | détruit rien. Nous avons en haut, sous le toit, une grande
149 4 | sombres, les seuls compagnons, hélas ! que nous sommes sûrs de
150 3 | souvenirs.~ Mon fils Henry est avocat : il vient me
151 3 | des cascades d'événements heureux ; il n'en arrive que d'à
152 4 | renaît comme si c'était d'hier. On ne sait plus où l'on
153 4 | aller au salut, les soirs d'hiver."~ Il y a même là dedans
154 3 | attente heureuse ; c'est l'horizon d'espérances ; c'est donc
155 3 | de vingt ans et tous les horizons de bonheurs entrevus !~
156 4 | personne de vivant aujourd'hui n'a connues, dont personne
157 4 | avec les odeurs du sable humide et celles des feuilles pleines
158 | ici
159 3 | sommes jamais élevées avec l'idée de combattre, de lutter,
160 4 | branches, mes moindres petites idées, tout, les petits bouts
161 3 | il n'y a de bon que les illusions ; et toute vieille que je
162 3 | te rappelles nos folles imaginations, les aventures que nous
163 4 | tout à coup, prennent une importance, une signification de témoins
164 4 | ces gens qu'on a connus indéfiniment sans qu'ils se soient jamais
165 3 | simplement dans l'attente infinie d'une suite d'allégresses
166 4 | poétique devant les lointains infinis de la mer, ma jouissance
167 4 | ces vieux petits objets insignifiants qui ont traîné pendant quarante
168 4 | leur être et toute leur intimité qu'on ne soupçonnait nullement.~
169 3 | me voir deux mois par an. Jeanne habite avec son mari à l'
170 4 | ce qui ne sert plus est jeté là. Souvent j'y monte et
171 4 | souvenirs d'événements, de joies ou de tristesses, des dates
172 4 | lointains infinis de la mer, ma jouissance heureuse et vive au frôlement
173 3 | en fais encore et chaque jour, seulement elles ont changé
174 4 | comme s'il s'agissait d'une journée : le matin, le midi, le
175 3 | retourner vers les choses laissées en arrière.~ Comme c'
176 4 | Ah ! voilà la petite lanterne de maman, dont elle se servait
177 4 | de l'un à l'autre avec de légères secousses au coeur. Je me
178 3 | est autre chose qui a eu lieu, moins charmant, moins poétique,
179 3 | vivants éloignés.~ Je ne lis plus beaucoup, je suis vieille ;
180 4 | exaltation poétique devant les lointains infinis de la mer, ma jouissance
181 | longtemps
182 2 | Sainte-Beuve que nous avons lu ensemble et qui est resté
183 3 | l'idée de combattre, de lutter, de souffrir. Et, au premier
184 4 | soir où Paul est parti pour Lyon", ou bien : "Ah ! voilà
185 4 | propriétaires. Personne n'a vu les mains qui les ont maniées, ni
186 | maintenant
187 3 | Sais-tu pourquoi nous sommes malheureuses si souvent, nous autres
188 4 | voilà la petite lanterne de maman, dont elle se servait pour
189 4 | vu les mains qui les ont maniées, ni les yeux qui les ont
190 4 | attentes. Mais mon autre manière de revivre l'autrefois est
191 3 | autre ? J'ai pour cela deux manières. Je te les donne ; elles
192 4 | enfantines et sentimentales manies. Tu es une Parisienne, et
193 3 | Jeanne habite avec son mari à l'autre bout de la France,
194 5 | vieille amie.~Adélaïde. ~31 mars 1882~ ~
195 4 | Les souvenirs sont massés, serrés ensemble ; et quand
196 4 | agissait d'une journée : le matin, le midi, le soir ; et la
197 4 | autrefois est de beaucoup la meilleure.~ Tu sais ou tu ne sais
198 4 | ont pris, à force d'être mêlés à notre vie, une sorte de
199 3 | désirs n'étant plus les mêmes. Je te disais donc que je
200 | mer
201 4 | soir, à propos de rien, se mettent à bavarder sans fin, à raconter
202 4 | Ce ne sont point ces bons meubles amis que nous connaissons
203 4 | une journée : le matin, le midi, le soir ; et la nuit vient,
204 4 | pourras demain te mettre à la mienne.~ Mais tu ne comprendras
205 3 | sans cesse me parlent des miens, et des morts, et des vivants
206 5 | Mille baisers, ma vieille amie.~
207 4 | frôlement des branches, mes moindres petites idées, tout, les
208 | mois
209 3 | il n'en arrive que d'à moitié bons ; et nous sanglotons
210 4 | coucher de soleil sur le Mont Saint-Michel, et, tout de
211 4 | est jeté là. Souvent j'y monte et je regarde autour de
212 4 | dans l'eau, et la tiédeur mouillée de ses premiers rayons tandis
213 4 | perdre, les seuls qui ne mourront point comme les autres,
214 3 | cette maison où je suis née, où j'ai vécu, et où j'espère
215 4 | dix-huit ans ; et j'ai, nettes comme des réalités nouvelles,
216 | ni
217 4 | et tu vas sourire de mes niaiseries, de mes enfantines et sentimentales
218 4 | nettes comme des réalités nouvelles, des visions de choses oubliées.~
219 4 | intimité qu'on ne soupçonnait nullement.~ Et je vais de l'un
220 3 | seulement elles ont changé d'objet, mes désirs n'étant plus
221 4 | forêt d'Uville, avec les odeurs du sable humide et celles
222 3 | fauteuil doux à mes vieux os, et à m'en retourner vers
223 4 | nouvelles, des visions de choses oubliées.~ Oh ! comme je suis
224 3 | brise. Nous attendons, l'âme ouverte, des cascades d'événements
225 4 | on est vieille, il semble parfois qu'il y a à peine dix jours
226 4 | sentimentales manies. Tu es une Parisienne, et vous autres Parisiens,
227 4 | Parisienne, et vous autres Parisiens, vous ne connaissez point
228 4 | de moi. En me répondant, parle-moi donc un peu de toi, que
229 3 | familiers qui sans cesse me parlent des miens, et des morts,
230 4 | Vivant seule, je ne puis te parler que de moi. En me répondant,
231 3 | Je te disais donc que je passe à rêver le plus clair de
232 4 | heures et des heures, le passé renaît comme si c'était
233 3 | surtout celles qui se passent tout entières au même endroit :~
234 4 | ai brisé cela, le soir où Paul est parti pour Lyon", ou
235 2 | bien souvent rassuré mon pauvre coeur, depuis quelque temps
236 4 | semble parfois qu'il y a à peine dix jours qu'on était jeune.
237 4 | de riens auxquels je ne pensais plus, et qui me rappellent
238 4 | taillis. Et tout ce que j'ai pensé alors, mon exaltation poétique
239 4 | dehors, avec toutes vos pensées au vent. Vivant seule, je
240 4 | nous sommes sûrs de ne pas perdre, les seuls qui ne mourront
241 4 | notre vie, une sorte de personnalité, une physionomie ; qui sont
242 4 | ou bien : "Ah ! voilà la petite lanterne de maman, dont
243 4 | des branches, mes moindres petites idées, tout, les petits
244 | peu
245 3 | donne ; elles te serviront peut-être.~ Oh ! la première est
246 4 | sorte de personnalité, une physionomie ; qui sont les compagnons
247 4 | débarras, qu'on appelle la "pièce aux vieux objets". Tout
248 4 | puisse aussi me mettre à ta place, comme tu pourras demain
249 4 | humide et celles des feuilles pleines de rosée, et la chaleur
250 4 | la chaleur du grand astre plongeant dans l'eau, et la tiédeur
251 | pourquoi
252 4 | mettre à ta place, comme tu pourras demain te mettre à la mienne.~
253 3 | lutter, de souffrir. Et, au premier choc, notre coeur se brise.
254 3 | serviront peut-être.~ Oh ! la première est bien simple ; elle consiste
255 4 | tiédeur mouillée de ses premiers rayons tandis que je galopais
256 3 | suffisant pour ceux qui savent prendre bravement leur parti de
257 4 | les revoit tout à coup, prennent une importance, une signification
258 4 | notre histoire ; qui ont pris, à force d'être mêlés à
259 4 | par des souvenirs de mes promenades de jeune fille ! Là, sur
260 4 | qui, soudain, un soir, à propos de rien, se mettent à bavarder
261 4 | dedans, ces rabâchages de son propre coeur. Vous vivez en dehors,
262 4 | ne se rappelle même les propriétaires. Personne n'a vu les mains
263 | puis
264 4 | donc un peu de toi, que je puisse aussi me mettre à ta place,
265 4 | insignifiants qui ont traîné pendant quarante ans à côté de nous sans
266 | quelque
267 4 | cette vie en dedans, ces rabâchages de son propre coeur. Vous
268 4 | mettent à bavarder sans fin, à raconter tout leur être et toute
269 4 | aventures ; dont personne ne se rappelle même les propriétaires.
270 4 | pensais plus, et qui me rappellent un tas de choses. Ce ne
271 3 | félicité, car elles sont bien rares et bien courtes, les grandes
272 2 | vers ; et il a bien souvent rassuré mon pauvre coeur, depuis
273 4 | mouillée de ses premiers rayons tandis que je galopais dans
274 3 | Rien de cela ne s'est réalisé : ou plutôt c'est autre
275 4 | et j'ai, nettes comme des réalités nouvelles, des visions de
276 4 | écoulés depuis, qui ont refroidi mon sang et bien changé
277 4 | nuit sans aurore !~ En regardant le feu, pendant des heures
278 4 | Souvent j'y monte et je regarde autour de moi. Alors je
279 4 | ni les yeux qui les ont regardées. Elle me font songer longtemps,
280 4 | sans qu'on les ait jamais remarqués, et qui, quand on les revoit
281 4 | et des heures, le passé renaît comme si c'était d'hier.
282 4 | parler que de moi. En me répondant, parle-moi donc un peu de
283 4 | longtemps, celles-là ! Elles me représentent des abandonnées dont les
284 3 | grandes félicités, mais il réside simplement dans l'attente
285 2 | avons lu ensemble et qui est resté enfoncé dans ma tête ; car
286 3 | mes vieux os, et à m'en retourner vers les choses laissées
287 4 | le rêve vous emporte ; on retraverse son existence entière.~
288 4 | autour de moi. Alors je retrouve un tas de riens auxquels
289 4 | fauteuil, devant mon feu, j'ai retrouvé étrangement l'autre soir
290 4 | qu'ils se soient jamais révélés, et qui, soudain, un soir,
291 4 | sentiment, tout, tout m'est revenu comme si j'y étais encore,
292 3 | disais donc que je passe à rêver le plus clair de mon temps.
293 3 | le vrai bonheur de nos rêves, j'ai appris à le connaître.
294 4 | être fillette, tant il me revient des bouffées d'autrefois,
295 4 | Mais mon autre manière de revivre l'autrefois est de beaucoup
296 4 | remarqués, et qui, quand on les revoit tout à coup, prennent une
297 4 | Alors je retrouve un tas de riens auxquels je ne pensais plus,
298 4 | des feuilles pleines de rosée, et la chaleur du grand
299 4 | Uville, avec les odeurs du sable humide et celles des feuilles
300 4 | coucher de soleil sur le Mont Saint-Michel, et, tout de suite après,
301 3 | leur parti de la vie.~ Sais-tu pourquoi nous sommes malheureuses
302 4 | se servait pour aller au salut, les soirs d'hiver."~
303 4 | depuis, qui ont refroidi mon sang et bien changé mes attentes.
304 3 | à moitié bons ; et nous sanglotons tout de suite. Le bonheur,
305 3 | suffisant pour ceux qui savent prendre bravement leur parti
306 4 | l'autre avec de légères secousses au coeur. Je me dis : "Tiens,
307 4 | quand on est vieille, il semble parfois qu'il y a à peine
308 4 | bouffées d'autrefois, des sensations de jeunesse, des élans même,
309 4 | de songe, de désir et de sentiment, tout, tout m'est revenu
310 4 | niaiseries, de mes enfantines et sentimentales manies. Tu es une Parisienne,
311 4 | Les souvenirs sont massés, serrés ensemble ; et quand on est
312 4 | objets". Tout ce qui ne sert plus est jeté là. Souvent
313 4 | lanterne de maman, dont elle se servait pour aller au salut, les
314 3 | te les donne ; elles te serviront peut-être.~ Oh ! la première
315 | ses
316 | seulement
317 4 | battements de coeur, toute cette sève de dix-huit ans ; et j'ai,
318 4 | prennent une importance, une signification de témoins anciens. Ils
319 3 | Oh ! la première est bien simple ; elle consiste à m'asseoir
320 3 | félicités, mais il réside simplement dans l'attente infinie d'
321 | soient
322 4 | pour aller au salut, les soirs d'hiver."~ Il y a même
323 4 | autre soir un coucher de soleil sur le Mont Saint-Michel,
324 4 | de nos heures douces ou sombres, les seuls compagnons, hélas !
325 4 | regardées. Elle me font songer longtemps, celles-là ! Elles
326 4 | être mêlés à notre vie, une sorte de personnalité, une physionomie ;
327 4 | jamais révélés, et qui, soudain, un soir, à propos de rien,
328 3 | combattre, de lutter, de souffrir. Et, au premier choc, notre
329 4 | toute leur intimité qu'on ne soupçonnait nullement.~ Et je vais
330 4 | comprendre tout cela, et tu vas sourire de mes niaiseries, de mes
331 | sous
332 3 | charmant, moins poétique, mais suffisant pour ceux qui savent prendre
333 4 | hélas ! que nous sommes sûrs de ne pas perdre, les seuls
334 | ta
335 4 | que je galopais dans les taillis. Et tout ce que j'ai pensé
336 4 | mouillée de ses premiers rayons tandis que je galopais dans les
337 | tant
338 4 | importance, une signification de témoins anciens. Ils me font l'effet
339 2 | est resté enfoncé dans ma tête ; car il me dit bien des
340 [Titre]| Texte~
341 4 | plongeant dans l'eau, et la tiédeur mouillée de ses premiers
342 4 | secousses au coeur. Je me dis : "Tiens, j'ai brisé cela, le soir
343 4 | Nous avons en haut, sous le toit, une grande chambre de débarras,
344 | toutes
345 4 | objets insignifiants qui ont traîné pendant quarante ans à côté
346 4 | les autres, ceux dont les traits, les yeux aimants, la bouche,
347 4 | comme je suis surtout traversée par des souvenirs de mes
348 4 | événements, de joies ou de tristesses, des dates de notre histoire ;
349 | trop
350 4 | disparus à jamais. Mais je trouve dans le fouillis des bibelots
351 4 | le fouillis des bibelots usés ces vieux petits objets
352 4 | à cheval dans la forêt d'Uville, avec les odeurs du sable
353 4 | comprendre tout cela, et tu vas sourire de mes niaiseries,
354 3 | où je suis née, où j'ai vécu, et où j'espère mourir.
355 4 | avec toutes vos pensées au vent. Vivant seule, je ne puis
356 3 | ne consiste point dans la venue d'une grande félicité, car
357 4 | qui ne disent rien, qui viennent de mes grands-parents, des
358 3 | combinions dans nos cervelles de vingt ans et tous les horizons
359 4 | réalités nouvelles, des visions de choses oubliées.~
360 3 | miens, et des morts, et des vivants éloignés.~ Je ne lis
361 4 | ma jouissance heureuse et vive au frôlement des branches,
362 4 | de son propre coeur. Vous vivez en dehors, avec toutes vos
363 2 | quelque temps surtout. Le voici :~Naître, vivre et mourir
364 | voilà
365 4 | yeux aimants, la bouche, la voix sont disparus à jamais.
366 | vos
367 3 | de suite. Le bonheur, le vrai bonheur de nos rêves, j'
368 | vu
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