32 Lorsque
tant de grands hommes. Cicéron paraît se ressouvenir ici de quelques
phrases d'Isocrate, à la fin de l'Éloge d'Évagoras : « Je pense, ô
Nioclès ! qu'il ne faut pas dédaigner les statues et les tableaux qui nous
représentent l'extérieur des grands hommes ; mais j'estime bien plus l'image
fidèle de leurs actions et de leurs pensées, que d'habiles écrivains peuvent
seuls nous offrir. Je préfère un tel portrait, d'abord parce que je vois
l'homme de bien et d'honneur moins jaloux de la beauté du corps que des belles
actions et de la gloire ; ensuite, parce que les statues et les tableaux
restent nécessairement immobiles chez ceux qui les possèdent, tandis qu'un
ouvrage éloquent parcourt la
Grèce entière, et va de tous côtés faire les délices des
connaisseurs, juges dont l'approbation vaut mieux que tous les suffrages ;
enfin, parce que les chefs-d'oeuvre des sculpteurs et des peintres ne nous
serviront jamais de modèles pour réformer notre extérieur, au lieu que les
moeurs et les sentiments d'autrui, recueillis par un écrivain, peuvent aisément
servir d'exemples à quiconque ne craint pas de nobles efforts et chérit la
vertu. » ( Traduct. nouvelle. ) On trouve à peu près la même pensée dans
Xénophon ( Éloge d'Agésilas, XI, 7 ), et dans Tacite ( Vie d'Agricola,
ch. XLVI ). ( Note de M. LE CLERC. )
33
Dans l'oeuvre du génie. On trouve un reflet de ces belles
idées de Cicéron dans ces vers de Delille :
Tiens, reçois cet écrit ; c'est mon plus cher
ouvrage.
Tous ces portraits, de moi trop infidèle image,
Ne peignaient que mes traits : celui-ci peint mon coeur ;
J'y déposai mes voeux, mes plaisirs, ma douleur.
Ma défaillante main le fie à ta tendresse :
Dans cet écrit si cher c'est moi que je te laisse ;
C'est moi qui me survis, etc.
Testament du Poète.
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Une semence de gloire et d'immortalité.
Non omnis moriar ; multaque
pars mei
Vitabit Libitinam ; usque ego postera
Crescam laude recens, etc.
HOR., lib. III, od. 30.
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