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Depuis cette heureuse découverte, les trois parents
vivaient dans une union parfaite. Ils étaient d'humeur gale, égale et douce.
Cachelin avait retrouvé toute son ancienne jovialité, et Cora accablait de
soins son mari. Lesable aussi semblait un autre homme, toujours content, et bon
enfant comme jamais il ne l'avait été.
Maze venait moins souvent et semblait, à présent, mal à
son aise dans la famille ; on le recevait toujours bien, avec plus de
froideur cependant, car le bonheur est égoïste et se passe des étrangers.
Cachelin lui-même paraissait éprouver une certaine
hostilité secrète contre le beau commis qu'il avait, quelques mois plus tôt,
introduit avec empressement dans le ménage. Ce fut lui qui annonça à cet
ami la grossesse de Coralie. Il la lui dit brusquement : "Vous savez,
ma fille est enceinte !"
Maze
jouant la surprise, répliqua : "Ah bah ! vous devez être bien
heureux."
Cachelin répondit : "Parbleu !" et
remarqua que son collègue, au contraire, ne paraissait point enchanté. Les
hommes n'aiment guère voir en cet état, que ce soit ou non par leur faute, les
femmes dont ils sont les fidèles.
Tous les dimanches, cependant, Maze continuait à dîner
dans la maison. Mais les soirées devenaient pénibles à passer ensemble, bien
qu'aucun désaccord grave n'eût surgi ; et cet étrange embarras grandissait
de semaine en semaine. Un soir même, comme il venait de sortir, Cachelin
déclara d'un air furieux : "En voilà un qui commence a m'embêter !"
Et
Lesable répondit : "Le fait est qu'il ne gagne pas à être beaucoup
connu." Cora avait baissé les yeux. Elle ne donna pas son avis. Elle
semblait toujours gênée en face du grand Maze qui, de son côté, paraissait
presque honteux près d'elle, ne la regardait plus en souriant comme jadis,
n'offrait plus de soirées au théâtre, et semblait porter, ainsi qu'un fardeau
nécessaire, cette intimité naguère si cordiale.
Mais un jeudi, à l'heure du dîner, quand son
mari rentra du bureau, Cora lui baisa les favoris avec plus de câlinerie que de
coutume, et elle lui murmura dans l'oreille :
"Tu vas peut-être me gronder ?
- Pourquoi ça ?
- C'est que... M. Maze est venu pour me voir tantôt. Et
moi, comme je ne veux pas qu'on jase sur mon compte, je l'ai prié de ne jamais
se présenter quand tu ne serais pas là. Il a paru un peu froissé !"
Lesable, surpris, demanda :
"Eh bien ! qu'est-ce qu'il a dit ?
- Oh ! il n'a pas dit grand-chose, seulement cela
ne m'a pas plu tout de même, et je l'ai prié alors de cesser complètement ses
visites. Tu sais bien que c'est papa et toi qui l'aviez amené ici, moi
je n'y suis pour rien. Aussi, je craignais de te mécontenter en lui fermant la
porte."
Une joie reconnaissante entrait dans le coeur de son mari :
"Tu as bien fait, très bien fait. Et même je t'en
remercie."
Elle reprit, pour bien établir la situation des deux
hommes, qu'elle avait réglée d'avance : "Au bureau, tu feras semblant
de ne rien savoir, et tu lui parleras comme par le passé : seulement il ne
viendra plus ici."
Et
Lesable, prenant avec tendresse sa femme dans ses bras, la bécota longtemps sur
les yeux et sur les joues. Il répétait : "Tu es un
ange !... tu es un ange !" Et il sentait contre son ventre la
bosse de l'enfant déjà fort.
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