1869-repon | repor-y
Partie
1 I| pour la dernière fois, en 1869, propre, vêtue de vignes,
2 II| noircie par le feu.~3 mars 1884~ ~
3 | 23e
4 II| Césaire Rivot,~ "Soldat de 2e classe au 23e de marche. "~
5 | 3
6 II| demanda :~ "Comment le feu a-t-il pris ?"~ Elle prononça :~ "
7 II| toute charge nouvelle les accable, ceux qu'on tue par masses,
8 II| de terre, laver le linge, accomplir toutes les besognes de la
9 II| écrire sur un papier, avec l'adresse de leurs familles, et, reposant
10 II| guère d'ailleurs. C'est affaire aux hommes, cela ! Elles
11 II| vieille ne tomba point. Elle s'affaissa comme si on lui eût fauché
12 II| mangeait point encore. Elle affirma qu'elle avait des crampes.
13 II| lui venaient une à une, affreuses, torturantes. Elle ne l'
14 II| Seuls chez cette femme âgée, ils se montrèrent pleins
15 II| auraient moins froid; et ils l'aidèrent. Ils entassaient les bottes
16 II| mille petits soins. Elle les aimait bien, d'ailleurs, ses quatre
17 I| un charme sensuel. On les aime d'un amour physique. Nous
18 | ainsi
19 | air
20 II| dernières lueurs du feu, elle ajusta encore ses lunettes, puis
21 I| minces cours d'eau.~ J'allais, léger comme une chèvre,
22 II| Sauvage, un peu courbée, allant à lentes enjambées par la
23 II| avait des crampes. Puis elle alluma un bon feu pour se chauffer,
24 II| tendit son bras maigre vers l'amas rouge de l'incendie qui
25 II| finie.~ "Je vous salue amicalement.~ " Césaire Rivot,~ "
26 I| sensuel. On les aime d'un amour physique. Nous gardons,
27 II| humains, d'appels déchirants d'angoisse et d'épouvante. Puis, la
28 I| écrevisses, des truites et des anguilles ! Bonheur divin ! On pouvait
29 II| tout rouge aussi, comme cet animal encore palpitant.~ Elle
30 II| tellement impassible qu'ils ne s'aperçurent de rien.~ Tout à coup,
31 II| était seule au logis, elle aperçut au loin dans la plaine un
32 II| le château du pays, qui m'appartenait."~ Moi, je pensais aux
33 II| haines patriotiques; cela n'appartient qu'aux classes supérieures.
34 I| destructeur de gibier. On les appelait les Sauvage.~ Etait-ce
35 II| de hurlements humains, d'appels déchirants d'angoisse et
36 II| sans éclaircie. Le paysan apprend un peu de gaieté bruyante
37 II| de leur face n'ont point appris les mouvements du rire.~
38 II| L'officier prussien s'approcha. Elle était presque coupée
39 II| femme assise sur un tronc d'arbre, tranquille et satisfaite.~
40 II| effroyable, un gigantesque four ardent, dont la lueur jaillissait
41 II| effondra, et la carcasse ardente de la demeure lança dans
42 II| ne comprennent guère ces ardeurs belliqueuses, ce point d'
43 II| devant son logis détruit, armée de son fusil, celui du fils,
44 II| détonation retentit.~ Des gens arrivaient, des paysans, des Prussiens.~
45 II| prévenir au jour même s'il lui arrivait malheur.~ "J'ai pris
46 II| Vous écrirez comment c'est arrivé, et vous direz à leurs parents
47 II| bout à l'autre, depuis l'arrivée de la lettre jusqu'au dernier
48 II| Un jour les Prussiens arrivèrent. On les distribua aux habitants,
49 II| On trouva la femme assise sur un tronc d'arbre, tranquille
50 II| pourtant ! Un des soldats l'assomma d'un coup de poing derrière
51 II| là-dedans; et à l'héroïsme atroce de cette autre mère, fusillée
52 II| le plus cruellement des atroces misères de la guerre, parce
53 II| suivit aussitôt. Un coup attardé partit tout seul, après
54 II| Elle avait compris; elle attendait.~ Un ordre retentit,
55 I| souvent et qui nous ont attendris à la façon des événements
56 II| elle leur expliqua qu'ils auraient moins froid; et ils l'aidèrent.
57 II| longue détonation suivit aussitôt. Un coup attardé partit
58 II| pour elle, lui épargnant, autant qu'ils le pouvaient, des
59 I| y retournai chasser, à l'automne, chez mon ami Serval, qui
60 I| Le fils, que j'avais vu autrefois, était un grand garçon sec
61 I| Et il me conta cette aventure.~
62 II| crispée elle tenait sa lettre baignée de sang.~ Mon ami Serval
63 I| Bonheur divin ! On pouvait se baigner par places, et on trouvait
64 II| rendu son mari, avec sa balle au milieu du front ?~
65 II| à la chair blonde, à la barbe blonde, aux yeux bleus,
66 I| cent mètres sur ma droite, battait un champ de luzerne. Je
67 | beau
68 I| on trouvait souvent des bécassines dans les hautes herbes qui
69 II| comprennent guère ces ardeurs belliqueuses, ce point d'honneur excitable
70 I| de forêt, ou un bout de berge, ou un verger poudré de
71 II| linge, accomplir toutes les besognes de la maison, comme quatre
72 II| les oreilles. Une fois la bête morte, elle fit sortir le
73 II| emprisonnait ses cheveux blancs, que personne n'avait jamais
74 II| la barbe blonde, aux yeux bleus, demeurés gras malgré les
75 I| bonne femme m'avait fait boire un verre de vin là-dedans,
76 | bonne
77 I| herbes qui poussaient sur les bords de ces minces cours d'eau.~
78 II| Elles ont l'âme triste et bornée, ayant une vie morne et
79 II| put manger, pas même une bouchée. Ils dévorèrent le lapin
80 II| à vingt mètres. Elle ne bougea point. Elle avait compris;
81 II| faisait sur sa lèvre un bourrelet de poils noirs. Elle demandait
82 I| habitants. Le père, vieux braconnier, avait été tué par les gendarmes.
83 II| soldats ?"~ Elle tendit son bras maigre vers l'amas rouge
84 II| des quatre doux garçons brûlés là-dedans; et à l'héroïsme
85 II| au nez crochu, aux yeux bruns, à la forte moustache qui
86 II| apprend un peu de gaieté bruyante au cabaret, mais sa compagne
87 I| luzerne. Je tournai les buissons qui forment la limite du
88 | ça
89 II| peu de gaieté bruyante au cabaret, mais sa compagne reste
90 II| revenaient du village. Elle cacha bien vite la lettre dans
91 II| à coup s'effondra, et la carcasse ardente de la demeure lança
92 II| la cuisine, frotter les carreaux, casser du bois, éplucher
93 II| cuisine, frotter les carreaux, casser du bois, éplucher les pommes
94 | celui
95 II| hier par un boulet, qui l'a censément coupé en deux parts. J'étais
96 | cent
97 II| salue amicalement.~ " Césaire Rivot,~ "Soldat de 2e
98 II| Mais elle pensait sans cesse au sien, la vieille, à son
99 | cet
100 II| ainsi une sorte de grande chambre avec quatre murs de fourrage,
101 I| sur ma droite, battait un champ de luzerne. Je tournai les
102 II| plaisantait point. Les femmes des champs ne rient guère d'ailleurs.
103 | chaque
104 II| sont pauvres et que toute charge nouvelle les accable, ceux
105 II| reconnut, c'était le piéton chargé de distribuer les lettres.
106 I| qui ont pour les yeux un charme sensuel. On les aime d'un
107 I| quinze ans. J'y retournai chasser, à l'automne, chez mon ami
108 II| quatre murs de fourrage, chaude et parfumée, où ils dormiraient
109 II| jeta contre les murs encore chauds de son logis. Puis douze
110 II| alluma un bon feu pour se chauffer, et les quatre Allemands
111 II| le matin, en manches de chemise, mouillant à grande eau,
112 II| tête et emprisonnait ses cheveux blancs, que personne n'avait
113 I| allais, léger comme une chèvre, regardant mes deux chiens
114 I| chèvre, regardant mes deux chiens fourrager devant moi. Serval,
115 II| de paille, monta dans le ciel comme une immense flamme
116 I| printemps, avec une toilette claire et transparente, et qui
117 II| maison, puis ce fut une clameur de hurlements humains, d'
118 II| ressortit et regarda.~ Une clarté violente illumina en quelques
119 II| Rivot,~ "Soldat de 2e classe au 23e de marche. "~
120 II| cela n'appartient qu'aux classes supérieures. Les humbles,
121 II| teintée de rouge.~ Une cloche, au loin, se mit à sonner.~
122 II| sentait se refroidir et se coaguler, la faisait trembler de
123 II| canon de l'arme dépassant la coiffe noire qui lui serrait la
124 I| pays infiniment. Il est des coins du monde délicieux qui ont
125 II| il faisait aux heures de colère.~ Qu'est-ce qu'on avait
126 I| certains étangs, certaines collines, vus souvent et qui nous
127 II| excitable et ces prétendues combinaisons politiques qui épuisent
128 II| bruyante au cabaret, mais sa compagne reste sérieuse avec une
129 II| trouvions côte à côte dans la compagnie et qu'il me parlait de vous
130 II| bas savoir tu tout." Et, comprenant sa peine et ses inquiétudes,
131 II| les moins résistants, ne comprennent guère ces ardeurs belliqueuses,
132 II| nous sommes ensemble." Ils comprirent, non sans peine, ce qu'elle
133 II| bougea point. Elle avait compris; elle attendait.~ Un
134 II| enfants, bien qu'en pays conquis. Seuls chez cette femme
135 II| sur son grand nez, elle considéra cette écriture inconnue,
136 II| sérieuse avec une physionomie constamment sévère. Les muscles de leur
137 I| gens de là?"~ Et il me conta cette aventure.~
138 II| rire.~ La mère Sauvage continua son existence ordinaire
139 | côté
140 II| foin dans le grenier où ils couchaient.~ Ils s'étonnèrent de
141 I| la sensation du bonheur coudoyé.~ A Virelogne, j'aimais
142 II| dont elle se servait pour coudre; puis elle lut: "Madame
143 II| approcha. Elle était presque coupée en deux, et dans sa main
144 I| traversée par des ruisseaux qui couraient dans le sol comme des veines,
145 II| la grande Sauvage, un peu courbée, allant à lentes enjambées
146 I| les bords de ces minces cours d'eau.~ J'allais, léger
147 II| chaumière, qui fut bientôt couverte par les neiges. Elle s'en
148 II| qu'elle maniait, qui lui couvrait les mains, du sang tiède
149 II| fusil, celui du fils, de crainte qu'un des hommes n'échappât.~
150 II| affirma qu'elle avait des crampes. Puis elle alluma un bon
151 II| crépitement de l'incendie, le craquement des murs, l'écroulement
152 II| plus rien dedans que le crépitement de l'incendie, le craquement
153 II| oubliez pas."~ L'officier criait des ordres en allemand.
154 II| en deux, et dans sa main crispée elle tenait sa lettre baignée
155 II| son grand maigre au nez crochu, aux yeux bruns, à la forte
156 II| du fils, rouillé, avec la crosse usée par le frottement de
157 II| l'ai mis."~ On ne la croyait pas, on pensait que le désastre
158 II| grande eau, dans le jour cru des neiges, leur chair blanche
159 II| souffrent enfin le plus cruellement des atroces misères de la
160 II| de la main; et elle était curieuse à voir, la grande Sauvage,
161 II| La lettre était datée de trois semaines.~ Elle
162 II| hurlements humains, d'appels déchirants d'angoisse et d'épouvante.
163 II| Lorsque la guerre fut déclarée, le fils Sauvage, qui avait
164 II| rouvrit sans bruit la porte du dehors, et elle retourna chercher
165 | déjà
166 II| besogne pour préparer le déjeuner; mais, quand il fallut tuer
167 I| avec son squelette debout, délabré, sinistre ?~ Je me rappelai
168 I| Il est des coins du monde délicieux qui ont pour les yeux un
169 I| d'échassier.~ Je lui demandai :~ "Que sont devenus
170 II| bourrelet de poils noirs. Elle demandait chaque jour, à chacun des
171 II| ne pleurait point. Elle demeurait immobile, tellement saisie,
172 II| blonde, aux yeux bleus, demeurés gras malgré les fatigues
173 II| neige, le canon de l'arme dépassant la coiffe noire qui lui
174 II| pouvaient, des fatigues et des dépenses. On les voyait tous les
175 II| arrivée de la lettre jusqu'au dernier cri des hommes flambés avec
176 I| que je l'avais vue pour la dernière fois, en 1869, propre, vêtue
177 II| pour les distinguer aux dernières lueurs du feu, elle ajusta
178 II| assomma d'un coup de poing derrière les oreilles. Une fois la
179 | Dès
180 II| croyait pas, on pensait que le désastre l'avait soudain rendue folle.
181 II| l'autre, elle ajouta, en désignant les ruines rouges d'un coup
182 I| âme et dans la chair un désir inapaisé, inoubliable, la
183 I| également pour un féroce destructeur de gibier. On les appelait
184 II| maison. Elle n'oublia pas un détail de ce qu'elle avait ressenti
185 I| demandai :~ "Que sont devenus les gens de là?"~ Et
186 II| pas même une bouchée. Ils dévorèrent le lapin sans s'occuper
187 II| dormiraient à merveille.~ Au dîner, un d'eux s'inquiéta de
188 II| ce qu'elle voulait, et dirent leurs noms. Cela ne lui
189 II| comment c'est arrivé, et vous direz à leurs parents que c'est
190 II| deux papiers, et, pour les distinguer aux dernières lueurs du
191 II| Prussiens arrivèrent. On les distribua aux habitants, selon la
192 II| était le piéton chargé de distribuer les lettres. Il lui remit
193 I| des anguilles ! Bonheur divin ! On pouvait se baigner
194 | donc
195 II| chaude et parfumée, où ils dormiraient à merveille.~ Au dîner,
196 II| elle sortait le fusil au dos, le fusil du fils, rouillé,
197 II| pieds, dans la neige, si doucement qu'on n'entendait rien.
198 II| montèrent à ses yeux, et la douleur envahit son coeur. Les idées
199 | doute
200 II| pensais aux mères des quatre doux garçons brûlés là-dedans;
201 II| chauds de son logis. Puis douze hommes se rangèrent vivement
202 I| Serval, à cent mètres sur ma droite, battait un champ de luzerne.
203 II| crainte qu'un des hommes n'échappât.~ Quand elle vit que
204 I| en vint de son long pas d'échassier.~ Je lui demandai :~ "
205 II| ayant une vie morne et sans éclaircie. Le paysan apprend un peu
206 II| La campagne, blanche, éclairée par le feu, luisait comme
207 II| et jetait sur la neige un éclatant rayon.~ Puis un grand
208 I| On pêchait là-dedans des écrevisses, des truites et des anguilles !
209 II| suffisait pas; elle se les fit écrire sur un papier, avec l'adresse
210 II| et elle reprit:~ "Vous écrirez comment c'est arrivé, et
211 II| nez, elle considéra cette écriture inconnue, puis elle plia
212 II| est leurs noms pour qu'on écrive chez eux." Elle tendit tranquillement
213 II| Puis, la trappe s'étant écroulée à l'intérieur, un tourbillon
214 II| le craquement des murs, l'écroulement des poutres. Le toit tout
215 II| poutres. Le toit tout à coup s'effondra, et la carcasse ardente
216 II| puis ce fut un brasier effroyable, un gigantesque four ardent,
217 I| grand garçon sec qui passait également pour un féroce destructeur
218 II| un tourbillon de feu s'élança dans le grenier, perça le
219 | Elles
220 II| torturantes. Elle ne l'embrasserait plus, son enfant, son grand,
221 II| bottes de paille dont elle emplit sa cuisine. Elle allait
222 II| qui lui serrait la tête et emprisonnait ses cheveux blancs, que
223 II| riaient tous les quatre, enchantés, car ils rapportaient un
224 II| inégaux des quatre soldats endormis.~ Quand elle jugea suffisants
225 II| fatigues qu'ils avaient endurées déjà, et bons enfants, bien
226 II| avaient endurées déjà, et bons enfants, bien qu'en pays conquis.
227 II| bottes, et, lorsqu'elle fut enflammée, elle l'éparpilla sur les
228 II| alors trente-trois ans, s'engagea, laissant la mère seule
229 II| courbée, allant à lentes enjambées par la neige, le canon de
230 II| fut refermée, la vieille enleva l'échelle, puis rouvrit
231 II| d'ailleurs, ses quatre ennemis; car les paysans n'ont guère
232 II| un mois que nous sommes ensemble." Ils comprirent, non sans
233 II| et ils l'aidèrent. Ils entassaient les bottes jusqu'au toit
234 II| du front ?~ Mais elle entendit un bruit de voix. C'étaient
235 II| Alors, comme tout le monde l'entourait et l'écoutait, elle dit
236 II| ses yeux, et la douleur envahit son coeur. Les idées lui
237 II| prévenances pour elle, lui épargnant, autant qu'ils le pouvaient,
238 II| elle fut enflammée, elle l'éparpilla sur les autres, puis elle
239 II| officier, qui la tenait par les épaules, et elle reprit:~ "Vous
240 II| carreaux, casser du bois, éplucher les pommes de terre, laver
241 II| déchirants d'angoisse et d'épouvante. Puis, la trappe s'étant
242 II| combinaisons politiques qui épuisent en six mois deux nations,
243 II| ayant eu le temps de bien essuyer ses yeux.~ Ils riaient
244 II| heures de colère.~ Qu'est-ce qu'on avait fait de son
245 I| appelait les Sauvage.~ Etait-ce un nom ou un sobriquet?~
246 I| certains bois, certains étangs, certaines collines, vus
247 II| rouge de l'incendie qui s'éteignait, et elle répondit d'une
248 II| fumée, un grand panache d'étincelles.~ La campagne, blanche,
249 II| ils couchaient.~ Ils s'étonnèrent de cette besogne; elle leur
250 II| lueur jaillissait par l'étroite fenêtre et jetait sur la
251 II| plié et elle tira de son étui les lunettes dont elle se
252 | eu
253 | eût
254 I| attendris à la façon des événements heureux. Quelquefois même
255 II| belliqueuses, ce point d'honneur excitable et ces prétendues combinaisons
256 II| mère Sauvage continua son existence ordinaire dans sa chaumière,
257 II| cette besogne; elle leur expliqua qu'ils auraient moins froid;
258 I| nous ont attendris à la façon des événements heureux.
259 II| parce qu'ils sont les plus faibles et les moins résistants,
260 | faire
261 II| volé sans doute, et ils faisaient signe à la vieille qu'on
262 II| déjeuner; mais, quand il fallut tuer le lapin, le coeur
263 II| avec l'adresse de leurs familles, et, reposant ses lunettes
264 I| là-dedans, un jour de grande fatigue, et que Serval m'avait dit
265 II| affaissa comme si on lui eût fauché les jambes.~ L'officier
266 II| jaillissait par l'étroite fenêtre et jetait sur la neige un
267 I| passait également pour un féroce destructeur de gibier. On
268 II| reçut tranquillement avec sa figure ordinaire, ayant eu le temps
269 II| reporter quand la guerre sera finie.~ "Je vous salue amicalement.~ "
270 II| toit de paille; et ils se firent ainsi une sorte de grande
271 II| torche; et toute la chaumière flamba.~ On n'entendait plus
272 II| au dernier cri des hommes flambés avec sa maison. Elle n'oublia
273 II| le ciel comme une immense flamme de torche; et toute la chaumière
274 I| ou un verger poudré de fleurs, aperçus une seule fois,
275 II| elle se mit à monter du foin dans le grenier où ils couchaient.~
276 II| désastre l'avait soudain rendue folle. Alors, comme tout le monde
277 I| retourne vers un coin de forêt, ou un bout de berge, ou
278 II| aux habitants, selon la fortune et les ressources de chacun.
279 II| effroyable, un gigantesque four ardent, dont la lueur jaillissait
280 II| chambre avec quatre murs de fourrage, chaude et parfumée, où
281 I| regardant mes deux chiens fourrager devant moi. Serval, à cent
282 II| français comme un fils de France, lui demanda :~ "Où sont
283 II| expliqua qu'ils auraient moins froid; et ils l'aidèrent. Ils
284 II| avec sa balle au milieu du front ?~ Mais elle entendit
285 II| avec la crosse usée par le frottement de la main; et elle était
286 II| voyait nettoyer la cuisine, frotter les carreaux, casser du
287 II| au milieu d'un nuage de fumée, un grand panache d'étincelles.~
288 II| atroce de cette autre mère, fusillée contre ce mur.~ Et je
289 I| seule fois, par un jour gai, et restés en notre coeur
290 II| paysan apprend un peu de gaieté bruyante au cabaret, mais
291 I| un amour physique. Nous gardons, nous autres que séduit
292 I| un féroce destructeur de gibier. On les appelait les Sauvage.~
293 II| un brasier effroyable, un gigantesque four ardent, dont la lueur
294 II| quatre qu'ont trouvé leur gîte."~ Or, un matin, comme
295 II| aux yeux bleus, demeurés gras malgré les fatigues qu'ils
296 II| quatre.~ C'étaient quatre gros garçons à la chair blonde,
297 II| il mâchait le coin de sa grosse moustache, comme il faisait
298 II| paysans n'ont guère les haines patriotiques; cela n'appartient
299 II| hommes, une rude vieille, haute et maigre, qui ne riait
300 I| des bécassines dans les hautes herbes qui poussaient sur
301 II| immobile, tellement saisie, hébétée, qu'elle ne souffrait même
302 I| ou un sobriquet?~ Je hélai Serval. Il s'en vint de
303 I| bécassines dans les hautes herbes qui poussaient sur les bords
304 II| brûlés là-dedans; et à l'héroïsme atroce de cette autre mère,
305 II| moustache, comme il faisait aux heures de colère.~ Qu'est-ce
306 I| la façon des événements heureux. Quelquefois même la pensée
307 II| garçon Victor a été tué hier par un boulet, qui l'a censément
308 I| Serval m'avait dit alors l'histoire des habitants. Le père,
309 II| au loin dans la plaine un homme qui venait vers sa demeure.
310 II| belliqueuses, ce point d'honneur excitable et ces prétendues
311 II| voyait la chose, la chose horrible: la tête tombant, les yeux
312 II| une clameur de hurlements humains, d'appels déchirants d'angoisse
313 II| classes supérieures. Les humbles, ceux qui paient le plus
314 II| puis ce fut une clameur de hurlements humains, d'appels déchirants
315 | I
316 II| sans parler, mûrissant une idée, et le visage tellement
317 II| douleur envahit son coeur. Les idées lui venaient une à une,
318 II| II~ Lorsque la guerre fut
319 II| Une clarté violente illumina en quelques secondes tout
320 I| en notre coeur comme ces images de femmes rencontrées dans
321 II| monta dans le ciel comme une immense flamme de torche; et toute
322 II| pleurait point. Elle demeurait immobile, tellement saisie, hébétée,
323 II| et le visage tellement impassible qu'ils ne s'aperçurent de
324 I| et dans la chair un désir inapaisé, inoubliable, la sensation
325 II| considéra cette écriture inconnue, puis elle plia la feuille
326 II| les ronflements sonores et inégaux des quatre soldats endormis.~
327 I| Prussiens.~ J'aimais ce pays infiniment. Il est des coins du monde
328 I| chair un désir inapaisé, inoubliable, la sensation du bonheur
329 II| Au dîner, un d'eux s'inquiéta de voir que la mère Sauvage
330 II| comprenant sa peine et ses inquiétudes, eux qui avaient des mères
331 II| jour, à chacun des soldats installés à son foyer : "Savez-vous
332 II| seule dans cette maison isolée si loin du village, sur
333 II| four ardent, dont la lueur jaillissait par l'étroite fenêtre et
334 II| si on lui eût fauché les jambes.~ L'officier prussien
335 II| par l'étroite fenêtre et jetait sur la neige un éclatant
336 II| endormis.~ Quand elle jugea suffisants ses préparatifs,
337 II| eux qui avaient des mères là-bas, ils lui rendaient mille
338 II| trente-trois ans, s'engagea, laissant la mère seule au logis.
339 I| transparente, et qui nous laissent dans l'âme et dans la chair
340 II| carcasse ardente de la demeure lança dans l'air, au milieu d'
341 II| maintenant." Puis peu à peu les larmes montèrent à ses yeux, et
342 II| éplucher les pommes de terre, laver le linge, accomplir toutes
343 I| cours d'eau.~ J'allais, léger comme une chèvre, regardant
344 II| un peu courbée, allant à lentes enjambées par la neige,
345 II| chargé de distribuer les lettres. Il lui remit un papier
346 II| moustache qui faisait sur sa lèvre un bourrelet de poils noirs.
347 I| buissons qui forment la limite du bois des Saudres, et
348 II| pommes de terre, laver le linge, accomplir toutes les besognes
349 II| loin du village, sur la lisière du bois. Elle n'avait pas
350 | long
351 II| Un ordre retentit, qu'une longue détonation suivit aussitôt.
352 | lorsqu
353 II| II~ Lorsque la guerre fut déclarée,
354 II| masure. Comme on parlait des loups, elle sortait le fusil au
355 II| gigantesque four ardent, dont la lueur jaillissait par l'étroite
356 II| distinguer aux dernières lueurs du feu, elle ajusta encore
357 II| blanche, éclairée par le feu, luisait comme une nappe d'argent
358 II| servait pour coudre; puis elle lut: "Madame Sauvage, la présente
359 I| droite, battait un champ de luzerne. Je tournai les buissons
360 | ma
361 II| yeux ouverts, tandis qu'il mâchait le coin de sa grosse moustache,
362 II| coudre; puis elle lut: "Madame Sauvage, la présente est
363 II| maniait, qui lui couvrait les mains, du sang tiède qu'elle sentait
364 | maintenant
365 II| yeux bleus, demeurés gras malgré les fatigues qu'ils avaient
366 II| jour même s'il lui arrivait malheur.~ "J'ai pris dans sa
367 II| autour du puits, le matin, en manches de chemise, mouillant à
368 II| voir que la mère Sauvage ne mangeait point encore. Elle affirma
369 II| mais la vue du sang qu'elle maniait, qui lui couvrait les mains,
370 II| tuer le lapin, le coeur lui manqua. Ce n'était pas le premier
371 II| comme on lui avait rendu son mari, avec sa balle au milieu
372 II| encore noircie par le feu.~3 mars 1884~ ~
373 II| accable, ceux qu'on tue par masses, qui forment la vraie chair
374 II| elle retournait dans sa masure. Comme on parlait des loups,
375 II| parfumée, où ils dormiraient à merveille.~ Au dîner, un d'eux
376 | mes
377 II| là-bas, ils lui rendaient mille petits soins. Elle les aimait
378 I| poussaient sur les bords de ces minces cours d'eau.~ J'allais,
379 II| C'est moi qui l'ai mis."~ On ne la croyait pas,
380 II| cruellement des atroces misères de la guerre, parce qu'ils
381 II| perça le toit de paille, monta dans le ciel comme une immense
382 II| vous."~ Et elle se mit à monter du foin dans le grenier
383 II| ai pris dans sa poche sa montre pour vous la reporter quand
384 II| cette femme âgée, ils se montrèrent pleins de prévenances pour
385 II| et bornée, ayant une vie morne et sans éclaircie. Le paysan
386 II| en manches de chemise, mouillant à grande eau, dans le jour
387 II| face n'ont point appris les mouvements du rire.~ La mère Sauvage
388 II| mère, fusillée contre ce mur.~ Et je ramassai une
389 II| regardait de côté, sans parler, mûrissant une idée, et le visage tellement
390 II| constamment sévère. Les muscles de leur face n'ont point
391 II| le feu, luisait comme une nappe d'argent teintée de rouge.~
392 II| épuisent en six mois deux nations, la victorieuse comme la
393 II| soupe. Puis on les voyait nettoyer la cuisine, frotter les
394 | ni
395 II| une petite pierre, encore noircie par le feu.~3 mars 1884~ ~
396 II| arme dépassant la coiffe noire qui lui serrait la tête
397 II| lèvre un bourrelet de poils noirs. Elle demandait chaque jour,
398 I| Sauvage.~ Etait-ce un nom ou un sobriquet?~ Je
399 II| canon, parce qu'ils sont le nombre, ceux qui souffrent enfin
400 II| blanche et rose d'hommes du Nord, tandis que la mère Sauvage
401 | notre
402 II| sa cuisine. Elle allait nu pieds, dans la neige, si
403 II| dans l'air, au milieu d'un nuage de fumée, un grand panache
404 II| dévorèrent le lapin sans s'occuper d'elle. Elle les regardait
405 II| ont trouvé leur gîte."~ Or, un matin, comme la vieille
406 II| elle attendait.~ Un ordre retentit, qu'une longue
407 II| L'officier criait des ordres en allemand. On la saisit,
408 II| coup de poing derrière les oreilles. Une fois la bête morte,
409 II| flambés avec sa maison. Elle n'oublia pas un détail de ce qu'elle
410 II| Victoire Simon, la Sauvage ! N'oubliez pas."~ L'officier criait
411 II| la tête tombant, les yeux ouverts, tandis qu'il mâchait le
412 II| supérieures. Les humbles, ceux qui paient le plus parce qu'ils sont
413 II| par semaine, chercher du pain et un peu de viande; puis
414 II| comme cet animal encore palpitant.~ Elle se mit à table
415 II| nuage de fumée, un grand panache d'étincelles.~ La campagne,
416 II| elle tira de sa poche deux papiers, et, pour les distinguer
417 II| et la mit dans sa poche, par-dessus la lettre qui lui disait
418 II| arrivé, et vous direz à leurs parents que c'est moi qui a fait
419 II| murs de fourrage, chaude et parfumée, où ils dormiraient à merveille.~
420 II| disait dans le pays, en parlant des Allemands de la mère
421 II| regardait de côté, sans parler, mûrissant une idée, et
422 II| foyer : "Savez-vous où est parti le régiment français, vingt-troisième
423 II| censément coupé en deux parts. J'étais tout près, vu que
424 I| un grand garçon sec qui passait également pour un féroce
425 II| paysans n'ont guère les haines patriotiques; cela n'appartient qu'aux
426 II| le plus parce qu'ils sont pauvres et que toute charge nouvelle
427 II| morne et sans éclaircie. Le paysan apprend un peu de gaieté
428 II| sortir le corps rouge de la peau; mais la vue du sang qu'
429 I| portant le sang à la terre. On pêchait là-dedans des écrevisses,
430 II| appartenait."~ Moi, je pensais aux mères des quatre doux
431 I| heureux. Quelquefois même la pensée retourne vers un coin de
432 II| élança dans le grenier, perça le toit de paille, monta
433 II| ses cheveux blancs, que personne n'avait jamais vus.~
434 II| Et je ramassai une petite pierre, encore noircie par
435 II| du bois. Elle n'avait pas peur, du reste, étant de la même
436 II| reste sérieuse avec une physionomie constamment sévère. Les
437 I| On les aime d'un amour physique. Nous gardons, nous autres
438 II| Et je ramassai une petite pierre, encore noircie par le feu.~
439 II| le reconnut, c'était le piéton chargé de distribuer les
440 I| On pouvait se baigner par places, et on trouvait souvent
441 II| seule au logis. On ne la plaignait pas trop, la vieille, parce
442 II| aperçut au loin dans la plaine un homme qui venait vers
443 II| souvent et avec qui on ne plaisantait point. Les femmes des champs
444 II| âgée, ils se montrèrent pleins de prévenances pour elle,
445 II| trois semaines.~ Elle ne pleurait point. Elle demeurait immobile,
446 II| écriture inconnue, puis elle plia la feuille et la mit dans
447 II| Il lui remit un papier plié et elle tira de son étui
448 II| sa lèvre un bourrelet de poils noirs. Elle demandait chaque
449 II| soldats l'assomma d'un coup de poing derrière les oreilles. Une
450 II| prétendues combinaisons politiques qui épuisent en six mois
451 II| casser du bois, éplucher les pommes de terre, laver le linge,
452 I| le sol comme des veines, portant le sang à la terre. On pêchait
453 II| la présente est pour vous porter une triste nouvelle. Votre
454 I| bout de berge, ou un verger poudré de fleurs, aperçus une seule
455 I| vêtue de vignes, avec des poules devant la porte. Quoi de
456 II| Ce n'était pas le premier pourtant ! Un des soldats l'assomma
457 I| dans les hautes herbes qui poussaient sur les bords de ces minces
458 II| murs, l'écroulement des poutres. Le toit tout à coup s'effondra,
459 II| épargnant, autant qu'ils le pouvaient, des fatigues et des dépenses.
460 I| anguilles ! Bonheur divin ! On pouvait se baigner par places, et
461 II| manqua. Ce n'était pas le premier pourtant ! Un des soldats
462 II| Sauvage allait et venait, préparant la soupe. Puis on les voyait
463 II| elle jugea suffisants ses préparatifs, elle jeta dans le foyer
464 II| suite à la besogne pour préparer le déjeuner; mais, quand
465 | près
466 II| lut: "Madame Sauvage, la présente est pour vous porter une
467 | presque
468 II| Là-dedans !"~ On se pressait autour d'elle. Le Prussien
469 II| honneur excitable et ces prétendues combinaisons politiques
470 II| se montrèrent pleins de prévenances pour elle, lui épargnant,
471 II| parlait de vous pour vous prévenir au jour même s'il lui arrivait
472 I| dans la rue, un matin de printemps, avec une toilette claire
473 I| dernière fois, en 1869, propre, vêtue de vignes, avec des
474 II| leur toilette autour du puits, le matin, en manches de
475 II| Prussiens, mais elle ne put manger, pas même une bouchée.
476 | quelque
477 I| des événements heureux. Quelquefois même la pensée retourne
478 | quelques
479 I| revenu à Virelogne depuis quinze ans. J'y retournai chasser,
480 | Quoi
481 II| reste, étant de la même race que ses hommes, une rude
482 II| contre ce mur.~ Et je ramassai une petite pierre, encore
483 II| logis. Puis douze hommes se rangèrent vivement en face d'elle,
484 II| quatre, enchantés, car ils rapportaient un beau lapin, volé sans
485 II| sur la neige un éclatant rayon.~ Puis un grand cri partit
486 II| demeure. Bientôt elle le reconnut, c'était le piéton chargé
487 I| Serval, qui avait enfin fait reconstruire son château, détruit par
488 II| dans sa poche et elle les reçut tranquillement avec sa figure
489 II| Dès que la trappe fut refermée, la vieille enleva l'échelle,
490 II| tiède qu'elle sentait se refroidir et se coaguler, la faisait
491 II| puis elle ressortit et regarda.~ Une clarté violente
492 II| occuper d'elle. Elle les regardait de côté, sans parler, mûrissant
493 I| léger comme une chèvre, regardant mes deux chiens fourrager
494 II| Savez-vous où est parti le régiment français, vingt-troisième
495 II| distribuer les lettres. Il lui remit un papier plié et elle tira
496 I| comme ces images de femmes rencontrées dans la rue, un matin de
497 II| des mères là-bas, ils lui rendaient mille petits soins. Elle
498 II| désastre l'avait soudain rendue folle. Alors, comme tout
499 II| de son fils.~ Quand le repas fut fini, elle dit aux hommes :~ "
500 II| garçon est dedans."~ Ils répondaient : "Non, bas su, bas savoir
501 II| qui s'éteignait, et elle répondit d'une voix forte :~ "
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