II
SAINT FRANÇOIS DE SALES ET J.-J. ROUSSEAU
C’EST aujourd’hui jour
de marché à Annecy.
Il fait très beau temps. Très haut
dans le ciel bleu, les nuages semblent se poursuivre. Ici, sur la place,
la foule est dense. Des bandes de pigeons la rayent
dans tous les sens. De temps en temps, des voitures
aux roues bruyantes la partagent en tronçons. Mais cette foule est sage ; aucun mot grossier ne s’en échappe. Au bout du pont,
près du canal où s’abritent les bateaux, la statue de saint François de Sales,
assis, avec de gros bouquins à ses pieds, dresse sans
orgueil son front chauve. S’il n’était de bronze, il
impressionnerait cette humanité qui ondule avec tant d’indifférence autour de
son piédestal. Ce front haut, cette longue barbe, ce
profil ferme sont très savoyards. Je regarde autour de moi.
Grands, découplés, coiffés de leur grand feutre à larges bords, il ne leur
manque qu’une rapière au côté ou, à la main, une croix, à ces grands hommes
graves comme des prêtres. Saint François de Sales est
de cette race-là, étant né à Thorens, sur la route de Genève. Contrée
austère, très vallonnée. Le château des de Sales est bâti sur la pente verdoyante d’un ravin assez profond. Seules les tours du château pointent sur la
plaine, au-dessus de laquelle cheminent les montagnes. C’est un
paysage curieux où l’on voit très bien évoluer des moines. Il
est tout naturel que ce saint que nous admirons en bronze soit sorti de là. Du
reste, s’il y a en lui du prêtre, il y a aussi du
soldat.
Je me retourne pour regarder
mes voisins. C’est que je sens sur moi peser le regard
intense de deux yeux. Ils sont là, tout près. Celui de
qui ils dépendent enlève son chapeau, et j’aperçois
sur des lèvres très rouges, une moustache, puis une barbe longue. Se pourrait-il ? la moustache s’agite, les
lèvres s’entr’ouvrent pour laisser passer ces mots :
- Enfin, vous me reconnaissez ?
- Sans doute, mais, grand saint, je ne crois pourtant pas aux fantômes…
- Qui vous parle de fantômes ? Me prenez-vous pour un
de ces intrigants qui mystifient les vivants ? Ne
savez-vous donc pas qu’on ne meurt jamais, et qu’au moindre appel nous accourons ? Et le plus efficace des
appels, c’est une oeuvre d’art. Or Dieu a permis que tous les éléments qui ont
composé notre vie et dont nous étions si fiers, pauvres humains que nous étions ! restent pour ainsi dire à
portée de notre main, de façon à nous reconstituer, au contact de notre image… Mais oui, simple ébahi que vous êtes, le monde, l’air, les
lointains que vous admirez, sont pleins de Turennes, d’Henri IV, de rois, de
reines, de peuples. Si vous pouviez voir le brouillard
épais qu’ils forment à eux tous, vous en seriez stupéfait.
- Mais…
En me regardant au visage, il me dit :
- D’ailleurs, vous ne tarderez pas à vous en rendre compte, car, de gré ou de
force, il vous faudra venir à nous.
Comme secoué par une interruption de courant, je ne pus répondre à ces quelques
mots que par mon silence. Devinant mon trouble, il reprit :
- Je vois que je vous fais de la peine… Regardons plutôt ce
bronze. Vous rend-il l’idée que vous vous faites de moi ?
- Mais, dis-je, ce front me paraît être digne de celui que Votre
Grandeur me montre.
- Et le reste ? ajouta-t-il.
- Le reste me paraît avoir une haute mine ; on la
souhaiterait à tous les évêques, et même à des papes.
- Oui, me répondit-il. Se penchant à mon oreille, il ajouta
cependant : j’étais bien mieux que cela ! Tout à l’heure, une voix de femme,
dans la foule, disait : « Mais enfin, il n’est pas
assez beau ! » Cette femme qui ne m’a jamais vu disait vrai.
L’ironie et la satisfaction avec lesquelles il prononça ces paroles
m’obligèrent à constater une fois de plus que tout homme, fut-il philosophe,
tient à la qualité de sa représentation physique, et que, même après sa mort
devenu saint, il sera sans indulgence pour son portrait.
- Grand saint, lui dis-je, ne vous alarmez pas ; la ressemblance n’est qu’une
convention. Dans les musées, sur la place publique, ici même, pour les gens qui
passent, vous êtes surtout un vaste front, une barbe
longue, enfin un masque derrière lequel la mémoire des hommes se blottit pour
vous juger à son aise.
Mais je le vois s’agiter, sa main s’élève, me faisant signe sans doute de ne
pas aller plus loin, et, d’un air un peu vexé, il ajoute :
- C’est vraiment bien la peine de se donner tout le mal que j’ai pris à essayer
de concilier les désirs des hommes avec leur goût de la vie, et ceux des femmes
avec leur dignité, pour n’être plus aux yeux de ces hommes ou de ces femmes,
qu’un symbole ; moins que cela : un front et une barbe !
Il avait baissé la tête. Mais bientôt il ajouta :
- Avouez que, en sculpture surtout, la beauté seule fixe votre souvenir dans la
mémoire des hommes. Et je ne dis pas beauté morale,
mais je parle de l’autre, la vraie, que l’on dit si funeste : la beauté
physique. Oui,
oui, elle d’abord.
L’autre vient ensuite. Pour séduire les hommes, Dieu
créa les anges et Il les fit beaux ! Les hommes laids,
on ne les regarde pas : à moins que leur laideur ne
leur fasse une réclame. Voyez Socrate ! Ah ! c’est un enseignement bien
fâcheux que ce goût de la
Beauté, et il faut aux artistes une prodigieuse énergie pour
s’y soustraire. Tous les gens qui se font peindre exigent qu’on les fasse beaux !
Comme sur un escalier de Versailles,
il me salua du revers de la main, puis, comme s’il allait me
quitter :
- A propos ! fit-il en se retournant, avez-vous vu la
demeure de ma chère Philotée, tout près d’ici ? Elle y
revient parfois. Pour moi, je n’y vais plus. Vous me comprenez : je suis si changé… Là-bas ou là-haut, comme vous voudrez,
cela n’a pas d’importance ; mais, ici, il serait malséant de lui rappeler le passé,
qui est son passé à elle aussi… J’aime mieux m’abstenir…
Et sa longue silhouette se perdit dans la foule : il était en vérité semblable
à tous les Savoyards.
- Quel vaniteux que cet ex-prince-évêque, dit une voix auprès de moi. En voilà
un qui sut profiter de ses chances ! Avec quelle
adresse il se servit des sympathies féminines !
Aujourd’hui, vous diriez de lui : « C’est un homme à
femmes. » Ce serait surtout un
homme du monde.
Je me retournai et reconnus, à ses petits yeux
brillants sous de gros sourcils noirs, Jean-Jacques Rousseau, de Genève.
- Et vous donc, illustre maître ? repris-je aussitôt. Que diriez-vous de
vous-même, si, dans vos séjours terrestres, vous relisiez vos ouvrages ; Madame
d’Épinay, Madame d’Houdetot, Madame de Luxembourg et tant d’autres, depuis la
pauvre fille, la servante au ruban de Turin, jusqu’à votre Thérèse…
Je le vis rougir :
- Ne craignez rien, lui dis-je, c’est un accident, je n’en parlerai pas. J’éveillerai plutôt le souvenir de celle
dont les lumineuses mains vous ouvrirent le séjour de toutes les clartés. Dès sa première rencontre elle vous donna du génie. Ne lui
devez-vous pas le tableau ravissant, je veux dire la page inoubliable, de toute
volupté, où vous retracez en peintre et en poète le moment divin où, sous un
rayon de soleil illuminant ses cheveux blonds, elle ouvrit la lettre par
laquelle un de vos protecteurs vous recommandait à elle ? Songez qu’au moment
juste où il vous importait de n’être plus un enfant,
elle se trouva sur votre route. Les autres ne furent que des
dilettantes. Elle vous rendit amoureux au plus bel âge de la vie : celui dont on se souvient toujours. Et
ce n’est pas de vous seulement qu’elle fit la conquête, mais de tous ceux qui
vous lisent. Il est de mode d’en dire du mal.
Elle fut ce qu’elle fut, cela n’importe pas. Jouissez
en paix de vos souvenirs. Et si vous la rencontrez, là
où vous êtes, dites-lui qu’ici-bas tous les hommes jeunes sont encore amoureux
d’elle… Ne fut-elle pas blonde, bonne et… un peu grasse ? en un mot, une charmante
maman ? Et vous, un petit snob. N’en dites pas de mal. Depuis que vous avez quitté ce monde, le docteur Poncet, de Lyon, nous a renseignés sur
le mal dont vous souffriez dans… votre amour-propre, et à propos duquel vous
revêtîtes cet habit d’Arménien qui vous fit une fameuse réclame, tout en vous
couvrant de ridicule. Vous deviez être charmant ainsi… Comment un homme si
simple, un philosophe n’a-t-il pas craint ?...
- Chut ! fit-il. Vous l’avouerai-je
: j’aimais le costume. Oui, avec ma physionomie ombrageuse,
j’avais cette faiblesse.
A ce moment, je regardais ses yeux : sous les gros
sourcils, un feu sombre brûlait au fond des prunelles, et il rougissait. Pourtant,
il riait aussi. Je riais comme lui, pensant qu’il est bien possible que les hommes aient un carnaval
intérieur, qui leur impose l’amour du déguisement. Par exemple
: les militaires, les hauts dignitaires, les grandes institutions, les
juges, enfin… les académiciens ;
Une question me contractait les lèvres :
- Et le lac d’Annecy, lui lançai-je tout à coup, ce beau lac de Savoie,
l’aimez-vous ?
- Je ne l’ai jamais vu.
- Je m’en doutais, bien que cela soit assez étrange. Vous avez habité auprès de
lui cependant, si ce n’est sur ses rives ? Le bruit
des orages a dû maintes fois vous révéler sa présence
par l’agitation de ses eaux, par la voix de ses tempêtes tandis que les arbres
se saluaient en gestes véhéments.
- De mon temps, reprit cette ombre un peu chagrinée et
fatiguée, on ne voyait pas la nature… ou plutôt, on ne la prisait pas dans son
ensemble.
- Il fallait qu’elle fût attifée, elle aussi, comme les femmes, m’empressai-je d’affirmer ; on n’en vantait que les premiers plans : les
douces fleurs, qui, de tous temps, ont émaillé les gazons, les buissons, les
prairies ; le reste étant confié à la fantaisie. Vous disiez
: « Ruisseaux, chalets, vallons heureux… » C’était la cadence du vers
qui en donnait la vie. Ce sommaire poétique vous suffisait pour laisser à son
plan un devoir dont l’existence n’intéressait pas vos
regards parce que vous ne saviez pas regarder. La Vérité vous dédaignait. Tel vers de Jocelyn peint toute la Savoie.
Me regardant dans les yeux, l’ombre me dit :
- Conscient de cette poésie de la nature et pouvant en réaliser les accents,
j’aurais donc pu être plus grand !
- Ou plus heureux, fis-je.
Il se détourna, et, les yeux dans les doigts, murmura :
- Ah ! fatale prostate ! Sans cette infirmité ma vie
eût été tout autre !
… A ce moment, je sentis qu’une présence
m’abandonnait. Je me retournai : Rousseau n’était plus
là.
Les douze coups de midi sonnaient à toute volée et le soleil, comme un gardien
de musée, semblait chasser la foule vers les rues et les routes
: chacun vers sa demeure… L’on arrivait peu à peu à cet instant
de la journée où la lumière appesantie du jour fait
penser à la nuit. Même désert
aux carrefours où la foule, il n’y a qu’un moment,
roulait sur elle-même. Même opacité des ombres, puisque la lumière vient du zénith. Même silence dans les rues, car c’est l’heure
du repas en attendant celle de la sieste. Cela fait du silence partout. Instant
précis où la faim se fait sentir. Quel mauvais pauvre on ferait alors,
si l’on ne trouvait sous la main aucune trattoria pour l’apaiser.
On sent noircir son âme à de pareils pensers. L’impérieuse voracité
frappe à la porte. Allons donc !
Il faut manger.
Ah ! voici, au fond d’un antre obscur, sous mes chères arcades, une table à l’ombre, un couvert mis, une nappe blanche, une chaise :
c’est la grotte rêvée, et je vais m’y blottir jusqu’à l’heure où le ciel apaisé
me fera signe que, sur les routes, toute crainte d’insolation a disparu.
*
* *
Non seulement le visage d’Annecy est charmant, mais
son coeur est mystérieux et plein de surprises. Je ne me
serais jamais imaginé tant de pittoresque dans l’intérieur de ces petites cours
réservées entre les maisons. Des charmilles y viennent prendre leur part
d’oxygène et teintent de mousse le sol qu’elles
abritent. Car on ne peut dire que cette mousse soit autre chose qu’une teinture ; mais de quel vert adorable !
Il y en a, de ces courettes, qui forment des passages d’un quartier à l’autre ; le plus souvent elles datent de la Renaissance, offrant
tout d’un coup sur la muraille une petite fenêtre dont la fine ornementation,
empâtée cependant par des couches séculaires de céruses ou de simple boue,
prend une saillie mordante du fait d’être à peine effleurée par la lumière ; On
ferait de ces coins ignorés des réduits charmants si malheureusement une pensée
importune ne venait vous inquiéter. A quoi pouvaient bien servir ces cours ? N’étaient-elles pas l’issue prévue des amas, tantôt
frivoles, tantôt abjects, que chaque matin, de nos jours, les ménagères lancent
sur le trottoir ? Il n’est pas hors de propos de
supposer qu’au temps d’Hubert aux blanches mains, et même à l’époque où le
personnage élégant bien qu’austère de Mme de Chantal parfumait de sa sainte
présence les rues d’Annecy, ces mêmes débris fussent d’une plus belle couleur
que les nôtres. Je n’en doute pas.
L’aspect des choses varie beaucoup avec la nuance de l’atmosphère.
La qualité de la lumière éveille la couleur de
telle sorte que le tas de chiffons, vu à Londres, éclairé par la lumière de
Rome, pourrait fort bien s’apparenter à l’une de ces humbles fleurs qui
naissent ici et là du choc d’un rayon de soleil. C’est pour cette simple cause
que, parfois, notre oeil, en quête d’harmonies,
contemple avec volupté certains tas d’ordures parce qu’ils lui offrent le régal
d’une belle couleur.
*
* *
Pour rejoindre la grande route, celle du retour à Talloires, il me
faut repasser sur les nombreux petits ponts qui franchissent le Thiou et ses
affluents. Le courant rapide des eaux qui s’échappent du lac menaçait les
fondations de toutes ces vieilles maisons ; les voilà
pour cette fois quittes de tout risque d’inondation. Car la municipalité les a
remises à neuf.
Les paysans qui encombraient le marché ont maintenant rassemblé leurs voitures
dans la rue Royale. Avant d’y prendre place, ils tâchent de persuader les veaux et les cochons qu’ils ont
achetés d’y prendre place. Ils ont fort à
faire. Enfin tout ce monde se case et s’écoule par la
belle route ombragée du Pâquier, vers Menthon-Saint-Bernard, Talloires et
Faverges, d’où l’on gagne la haute montagne.
De chaque rue, de chaque avenue, sortent des groupes
de paysans. Les uns ont acheté des denrées, les autres des
bestiaux. Beaucoup sont descendus des blondes
solitudes alpestres et y retournent à pied, la sacoche pleine de monnaie. Le
chemin est long avec une vache au bout d’une corde. Ceux
qui ont acheté de jeunes bêtes les mettent derrière le siège de la voiture, où il y a une place pour elles. Les pourceaux, malgré leur
groin, ont des mines de gamins révoltés ; ils sont
turbulents ; on ne peut les faire taire ; à chaque passage d’auto, ils se
bousculent, comme épouvantés par l’apparition d’un sinistre. Les
bêlements des agneaux sont attendrissants. Les mères vont à pied,
pauvres femelles massées les unes contre les autres comme des captives, autour
du char qui transporte leur progéniture…
Dans les foules composées d’animaux, je cherche toujours un
âne. Je n’en vois jamais. N’en fait-on plus ? On me dit qu’ils sont devenus très chers et que leur travail n’est pas assez rémunérateur. Quel
malheur si l’âne, ce grand méconnu, désertait la vie
des champs ! Lui, le compagnon intelligent de notre ami le chien !
Mais un char veut passer au
milieu de nous : Ce gros cheval bai à courte croupe
tombante nous met ses naseaux sous les yeux. Les moutons ne sont ni dociles ni intelligents, de sorte qu’il n’est pas aisé de
les décider à se ranger de chaque côté de la route. Et quelle poussière, et
quel tapage, quels cris, quels bêlements ! C’est à
croire, qu’en passant, cette lourde voiture a écrasé
quelques-uns de nos compagnons. Mais le nuage s’éloigne et s’en va poudrer
d’autres groupes, jusqu’à ce que, bientôt seul sur la
grande route, je puisse à mon tour marcher un peu au pas.
Je m’aperçois que, distancé par le troupeau, je reste
en arrière, non loin d’une génisse. Je la vois de dos
; la croupe, accidentée comme un col de montagne, me cache la tête. Cette bête a-t-elle conscience de la situation ? toujours est-il
qu’elle se retourne fréquemment pour me regarder. Peut-être me demande-t-elle secours : elle pousse un beuglement. Elle
est fort gracieuse, étant encore très jeune ; sa robe,
couleur de marron d’Inde à demi pelé, est d’une grande richesse. Mais je ne peux rien pour elle.
Va-t-elle, au prochain tournant, bifurquer sur Thônes, ou bien la mènera-t-on
jusqu’à Faverges ? Quant à moi, fort imprudemment,
j’ai laissé partir le bateau, de sorte qu’il me faut rentrer à pied à
Talloires, et nous ne sommes qu’à Chavoires où, pour
me consoler, un groupe de toits, merveilleux il est vrai, m’arrête, comme
toujours, quand je viens d’Annecy. A eux quatre ils
valent un poème. Surtout quand, par un jour d’hiver
brumeux, des enfants coiffés d’un large feutre détachent d’un volumineux amas
de fascines les fagots destinés à allumer le feu qui cuira le repas du soir.
Ces toits ont l’aspect recueilli de moines en prières.
Ils sont d’une composition sobre comme les belles oeuvres ;
ils sont secrets comme la pensée et discrets comme l’expérience. Leur apparence
ne trompe pas le voyageur ; leur vêtement dit assez
que, s’ils sont hospitaliers, du moins ils ne sont pas des hôtels…
*
* *
Quarante-deux ans se sont écoulés depuis le radieux jour de septembre, où, dans
la splendeur d’un après-midi azuré, alors que, sous les marronniers
jaunissants, tout au bord de l’eau bleue, le sol se jonchait de l’or des
feuilles mortes, nous nous sommes fiancés à cette nature splendide. Silencieusement
émus d’une même pensée, il nous a semblé à tous deux
salutaire de bâtir ici une demeure pour abriter notre bonheur à venir. Si à cet
avenir ont manqué les chances sur lesquelles nous comptions, nous nous sommes résignés ; et comme ce doux pays est l’une des joies
durables dont le temps nous a fait don, chaque année, en septembre, au bord
d’un azur qui est encore celui d’autrefois, nous renouvelons notre pacte
d’amour pour cette contrée dont la beauté ne nous a jamais déçus.
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