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II
Ils sont délicieux pourtant, délicieux surtout, parce
qu'en les caressant, alors qu'ils se frottent à notre chair, ronronnent et se
roulent sur nous en nous regardant de leurs yeux jaunes qui ne
semblent jamais nous voir, on sent bien l'insécurité de leur tendresse,
l'égoïsme perfide de leur plaisir.
Des femmes aussi nous donnent cette sensation, des
femmes charmantes, douces, aux yeux clairs et faux, qui nous ont choisis pour
se frotter à l'amour. près d'elles, quand elles ouvrent les bras, les lèvres
tendues, quand on les étreint, le coeur bondissant, quand on goûte la joie
sensuelle et savoureuse de leur caresse délicate, on sent bien qu'on tient une
chatte, une chatte à griffes et à crocs, une chatte perfide, sournoise,
amoureuse ennemie, qui mordra quand elle sera lasse de baisers.
Tous les poètes ont aimé les chats. Baudelaire
les a divinement chantés. On connaît son admirable sonnet :
Les
amoureux fervents et les savants austères
Aiment
également, dans leur mûre saison,
Les
chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui
comme eux sont frileux, et comme eux sédentaires.
Amis de la science et de la volupté,
Ils
cherchent le silence et l'horreur des ténèbres.
L'Erèbe les eût
pris pour ses coursiers funèbres
S'ils
pouvaient au servage incliner leur fierté ?
Ils
prennent, en songeant, les nobles attitudes
Des
grands sphinx allongés au fond des solitudes
Qui
semblent s'endormir dans un rêve sans fin.
Leurs
reins féconds sont pleins d'étincelles magiques.
Et des
parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent
vaguement leurs prunelles mystiques.
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