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LA MATIÈRE PREMIÈRE
Ce procédé dénommé par son inventeur, Caustographie ne donna pas
les résultats escomptés et fut abandonné.
M. J. Langlois crée encore des
plaques indicatrices de rues et indique un dispositif d’attache, il fabrique en
porcelaine des rouets de poulies pour le gréément des bateaux, des roulettes de
lit, des barils à acides, des capsules et instruments de chimie, etc.
Dans toutes les expositions auxquelles il prend part, il obtient de hautes
récompenses.
Mais en 1830 M.
Langlois meurt.
Sa veuve et son fils Frédéric continuent avec zèle et succès l’œuvre commencée.
Ils abandonnent peu à peu la fabrication de la porcelaine de luxe qui ne peut
lutter comme finesse et comme prix avec les produits de Sèvres et de Limoges et
se spécialisent dans la confection des ustensiles de laboratoire et de chimie
pour lesquels la porcelaine de Bayeux est sans rivale.
Frédéric Langlois s’étant, par la suite, séparé de sa mère, celle-ci
continua à diriger la manufacture avec ses deux filles jusqu’en 1847 époque à
laquelle elle mourut.
Cette disparition qui privait la manufacture de porcelaine d’une direction
entendue eut de plus pour conséquence fâcheuse le morcellement de la
succession.
La Révolution de 1848 qui survint et la crise commerciale qui l’accompagna,
ajoutèrent encore à la gravité de la situation et rendirent quelque temps
précaire l’existence de la Manufacture.
Il y eut bien
quelque chômage, la production dut bien forcément descendre jusqu’au niveau
très bas des demandes ; malgré tout l’usine ne ferma point ses portes.
En août 1849, M.
Gosse en devint propriétaire.
Ayant à sa disposition d’importants capitaux, le nouveau directeur s’attacha à
améliorer ses produits et à augmenter le rendement de sa fabrication.
Un abaissement notable des prix, allant même jusqu’à 30 à 50 % sur certaines
catégories, en résulta. C’est une chose qui est toujours agréable aux acheteurs
et aux tributaires.
La porcelaine de Bayeux
connut donc bientôt un nouvel essor.
Lorsque M. Gosse était arrivé, la fabrique n’occupait plus que 25 ouvriers. Peu
d’années après, elle comptait 130 et la production de 30 tours suffisait à
peine aux commandes.
Puis ce fut la construction du chemin de fer de Paris à Cherbourg qui vint
offrir en 1858 une plus grande facilité dans le transport du kaolin qui était
jusqu’alors acheminé par voie de mer jusqu’à Port-en-Bessin. La même année, M.
Gosse imagina de substituer le charbon de terre au bois dans le chauffage des
fours.
Il modifia ceux-ci en conséquence et son système, qu’il fit du reste breveter,
fonctionna avec une telle perfection que l’on n’a pas trouvé mieux et que c’est
encore celui-là qui est à présent en usage. Cette innovation abaissa de près de
moitié le prix de cuisson des fournées.
La prospérité de la manufacture allait croissant. En 1866, 130 ouvriers et
ouvrières y étaient employés.
A l’Exposition Universelle de 1867,
M. Gosse obtint pour ses produits une grande médaille
d’or et pour lui-même la croix de Chevalier de la Légion d’honneur.
Pour faire un civet il faut un lièvre - c’est la Sagesse des Nations qui
l’affirme, - encore que certains maîtres-queux trouveraient sans doute le moyen
de tourner la difficulté. Il n’en est pas de même pour la porcelaine,
dont la confection ne peut se passer de kaolin.
Qu’est-ce que le kaolin et où le trouve-t-on ?
Le kaolin en termes simples est une argile d’une espèce particulière produite
par la décomposition de roches granitiques.
Ces roches, fedspath ou pegmatite, sous l’influence des agents atmosphériques
passent progressivement de l’état granulaire à l’état kaolinique et offrent à
ce moment une consistance savonneuse et friable, assez semblable à celle d’un
mastic à demi desséché.
La coloration blanc pur des
très beaux kaolins est fréquemment altérée par la présence dans les terres de
sels de fer qui leur communiquent une teinte légèrement bleue ou grisâtre. Si
c’est précisément le cas du kaolin usiné à Bayeux, par contre sa grande teneur en
alumine augmente la propriété qu’ont ses produits d’aller impunément au feu.
Les kaolins sont des silicates d’alumine. Celui qui nous occupe est composé de
55 parties de silice et 45 d’alumine sans aucune trace de potasse.
Ajoutons pour ceux de nos lecteurs qui trouveraient cette description trop peu
scientifique, la formule chimique de composition des kaolins purs ou kaolinite
:
2SiO2, Al2O3
+ 2H2O.
Il est inutile de rappeler que les Chinois et les Japonais connaissent depuis
un temps immémorial la fabrication de la porcelaine ; on sait aussi à quel
degré de perfection ils l’ont amenée.
Cette fabrication commença seulement en Europe
vers le début du siècle dernier, et la façon dont fut découverte, en Saxe, le
premier gisement de kaolin ne manque pas d’originalité.
L’Electeur de Saxe avait chargé un certain Bottger, de recherches sur la
possibilité de confectionner de la porcelaine dans ses Etats.
Malgré son zèle, Bottger n’avait rien trouvé, lorsqu’il fut frappé par la
nature bizarre de la poudre dont son barbier blanchissait sa perruque au lieu
et place de la farine de froment, jusqu’alors employée. C’était tout uniment du
kaolin pulvérisé, provenant du gisement de la Vallée d’Aue.
La porcelaine de Saxe, la première porcelaine européenne a fait depuis son
chemin.
Une cinquantaine d’années après, on découvrait, en France
cette fois, à Saint-Yrieix, près de Limoges,
un gisement analogue qui fournissait la matière de la première porcelaine
française.
D’importants gisements de kaolin existent en Bavière, en Italie à Chiesi, en
Angleterre dans le pays de Cornouailles et dans le Devonshire, aux Etats-Unis,
etc…
En France on en trouve aux environs de Bayonne, dans l’Allier, dans la vallée
de la Nièvre
et enfin à 19 kilomètres de Cherbourg dans la commune des Pieux.
L’honneur d’avoir découvert et expérimenté ce kaolin revient à un
maître-tourneur originaire du pays, M. Le Masson, qui devint par la suite
directeur de la manufacture de porcelaine de Valognes. Les améliorations et
perfectionnements qu’il apporta à l’exécution des poteries et porcelaines de la Manche lui valurent même
une récompense nationale de six cents livres qui lui fut remise le 31 octobre
1792.
C’est cette précieuse terre embarquée en gare de Couville qui fournit à Bayeux son indispensable
matière première.