Victor Le Fort
La porcelaine de Bayeux, 1812-1912

PRÉPARATION DE LA BARBOTINE

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PRÉPARATION DE LA BARBOTINE

Voici donc l’argile kaolinique arrivée à pied-dœuvre. Elle n’est pas à l’état de pureté, il s’agit de l’y amener par une série de lavages et de décantations qui élimineront les sables et les particules de grès quartzeux qui s’y trouvent mélangés.

Le kaolin est donc placé dans un premier délayeur, assez analogue à une baratte à beurre, dans lequel il est mouillé et transformé en une bouillie plus ou moins épaisse. La barbotine.

Pour fixer le temps nécessaire à ce délayage et pour qu’il s’opère d’une façon uniforme, un avertisseur électrique prévient l’ouvrier du degré de chargement de la cuve.

Cette bouillie descend alors dans une auge divisée en trois parties au fond desquelles se déposeront déjà les sables les plus lourds qui représentent environ le ⅓ des terres traitées.

De là, la barbotine passe dans une série de bacs de décantation à plans étagés communiquant entre eux par un écoulement insensible et qui retiennent chacun des sables de plus en plus fins.
Il ne demeure en suspension dans l’eau que le kaolin pur.

Un système de pompe aspire la barbotine dans le dernier décanteur et la refoule dans un autre délayeur où se fera le dosage des matières qui constituent la pâte œuvrable. Les éléments fusibles, sables feldspathiques et quartzeux provenant des lavages et la craie, qui donneront à la porcelaine la dureté et le liant, y sont incorporés dans des proportions rigoureusement déterminées.

Ce composé est brassé longuement par un mélangeur, d’où par un jeu de robinet la même pompe le renvoie dans un malaxeur à hélice qui ressemble beaucoup au pétrin mécanique des boulangers.

Dans cet appareil on ajoute à la barbotine les résidus non-cuits provenant des déchets de tour et de pièces brisées au séchage : puis de là, la purée kaolinique repasse dans un nouveau délayeur qui parachève le mélange.

On pourrait supposer que cette série d’épurations suffirait à donner une pâte assez fine : il n’en est rien.

Pour éliminer les impuretés qu’elle peut encore contenir, elle est aspirée et refoulée par une pompe, d’abord dans un premier tamis rotatif dont la toile fait 90 fils au , puis dans une seconde bluterie constituée par un tamis plus fin de 120 fils.

Toujours aqueux, le kaolin est repris à nouveau par un délayeur destiné à maintenir l’homogénéité du liquide.

La barbotine traverse encore un filtre-presse qui a pour but de l’amener à l’état pâteux.

Cette machine est composée d’une série de plateaux creux, percés d’un orifice central et revêtus d’une toile perméable.

Une pompe à membrane refoule le liquide dans ces plateaux, à une pression de 9 kilogs contrôlée par un manomètre.

A mesure que cette pression s’élève, l’eau s’écoule à la partie inférieure des plateaux par une série de petits trous ; le kaolin en suspens est retenu par les toiles sur lesquels il est recueilli sous forme de galettes.


A L’ÉTAT PATEUX

Les galettes sont soumises à l’action d’une marcheuse composée de deux cylindres extrêmement lourds roulant sur une table circulaire, où elles sont pétries. Cette opération qui se faisait autrefois au pied - d’où le nom de l’appareil - a pour but de chasser les bulles d’air et de donner plus de consistance à la pâte.

La matière ainsi préparée est mise à pourrir dans des cuves de pierre revêtues de zinc et de plomb dans lesquelles elle séjourne le plus longtemps possible.

La légende assure que les porcelainiers chinois l’y laissaient un siècle !

Dans ces bassins qui contiennent de 25 à 30.000 kilogs de pâte, les oxydations naturelles se produisent, les échanges chimiques se font, l’équilibre hygrométrique s’assure, réalisant l’homogénéité la plus absolue de la masse.

En sortant des cuves de pourrissage, la pâte à porcelaine est pétrie par une nouvelle marcheuse semblable à celle déjà indiquée.

Le fer est soigneusement proscrit de tout le matériel en contact avec la pâte à cause de la rouille qu’il lui communiquerait ; les tables sont recouvertes de plomb ou de zinc, les instruments sont en bois ou en cuivre.

Toutes les machines dont nous venons de décrire les délicates fonctions de même que les autres appareils de fabrication sont mûs par la vapeur.



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