Victor Hugo
Les contemplations

TOME I AUTREFOIS 1830-1843

LIVRE DEUXIÈME L’ÂME EN FLEUR

XVII. Sous les arbres

«»

Liens au concordances:  Normales En évidence

Link to concordances are always highlighted on mouse hover

XVII.

Sous les arbres

 

Ils marchaient à côté l’un de l’autre ; des danses

Troublaient le bois joyeux ; ils marchaient, s’arrêtaient,

Parlaient, s’interrompaient, et, pendant les silences,

Leurs bouches se taisant, leurs âmes chuchotaient.

 

Ils songeaient ; ces deux cœurs, que le mystère écoute,

Sur la création au sourire innocent

Penchés, et s’y versant dans l’ombre goutte à goutte,

Disaient à chaque fleur quelque chose en passant.

 

Elle sait tous les noms des fleurs qu’en sa corbeille

Mai nous rapporte avec la joie et les beaux jours ;

Elle les lui nommait comme eût fait une abeille,

Puis elle reprenait : « Parlons de nos amours.

 

Je suis en haut, je suis en bas », lui disait-elle,

« Et je veille sur vous, d’en bas comme d’en haut. »

Il demandait comment chaque plante s’appelle,

Se faisant expliquer le printemps mot à mot.

 

Ô champs ! il savourait ces fleurs et cette femme.

Ô bois ! ô prés ! nature où tout s’absorbe en un,

Le parfum de la fleur est votre petite âme,

Et l’âme de la femme est votre grand parfum !

 

La nuit tombait ; au tronc d’un chêne, noir pilastre,

Il s’adossait pensif ; elle disait : « Voyez

Ma prière toujours dans vos cieux comme un astre,

Et mon amour toujours comme un chien à tes pieds. »

 

Juin 18…

 


«»

Best viewed with any browser at 800x600 or 768x1024 on Tablet PC
IntraText® (VA2) - Some rights reserved by EuloTech SRL - 1996-2010. Content in this page is licensed under a Creative Commons License