Victor Hugo
Les contemplations

TOME I AUTREFOIS 1830-1843

LIVRE DEUXIÈME L’ÂME EN FLEUR

XIX. N’envions rien

«»

Liens au concordances:  Normales En évidence

Link to concordances are always highlighted on mouse hover

XIX.

N’envions rien

 

Ô femme, pensée aimante

Et cœur souffrant,

Vous trouvez la fleur charmante

Et l’oiseau grand ;

 

Vous enviez la pelouse

Aux fleurs de miel ;

Vous voulez que je jalouse

L’oiseau du ciel.

 

Vous dites, beauté superbe

Au front terni,

Regardant tour à tour l’herbe

Et l’infini :

 

« Leur existence est la bonne ;

« Là, tout est beau ;

« Là, sur la fleur qui rayonne,

« Plane l’oiseau !

 

« Près de vous, aile bénie,

« Lis enchanté,

« Qu’est-ce, hélas ! que le génie

« Et la beauté ?

 

« Fleur pure, alouette agile,

« À vous le prix !

« Toi, tu dépasses Virgile ;

« Toi, Lycoris !

 

« Quel vol profond dans l’air sombre !

« Quels doux parfums ! – »

Et des pleurs brillent sous l’ombre

De vos cils bruns.

 

Oui, contemplez l’hirondelle,

Les liserons ;

Mais ne vous plaignez pas, belle,

Car nous mourrons !

 

Car nous irons dans la sphère

De l’éther pur ;

La femme y sera lumière,

Et l’homme azur ;

 

Et les roses sont moins belles

Que les houris ;

Et les oiseaux ont moins d’ailes

Que les esprits !

 

Août 18…

 


«»

Best viewed with any browser at 800x600 or 768x1024 on Tablet PC
IntraText® (VA2) - Some rights reserved by EuloTech SRL - 1996-2010. Content in this page is licensed under a Creative Commons License