Victor Hugo
Les contemplations

TOME I AUTREFOIS 1830-1843

LIVRE TROISIÈME LES LUTTES ET LES RÊVES

IX.

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IX.

 

Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans.

Ton regard dit : Matin, et ton front dit : Printemps.

Il semble que ta main porte un lys invisible.

Don Juan te voit passer et murmure : « Impossible ! »

Sois belle. Sois bénie, enfant, dans ta beauté.

La nature s’égaye à toute ta clarté ;

Tu fais une lueur sous les arbres ; la guêpe

Touche ta joue en fleur de son aile de crêpe ;

La mouche à tes yeux vole ainsi qu’à des flambeaux.

Ton souffle est un encens qui monte au ciel. Lesbos

Et les marins d’Hydra, s’ils te voyaient sans voiles,

Te prendraient pour l’Aurore aux cheveux pleins d’étoiles.

Les êtres de l’azur froncent leur pur sourcil,

Quand l’homme, spectre obscur du mal et de l’exil,

Ose approcher ton âme, aux rayons fiancée.

Sois belle. Tu te sens par l’ombre caressée,

Un ange vient baiser ton pied quand il est nu,

Et c’est ce qui te fait ton sourire ingénu.

 

Février 1843.

 


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